Culture & Démocratie

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Les chantiers

Quelle place prise ou à prendre par les AS au sein des centres culturels de la Communauté française ?

Contrairement aux amours chantées par Brassens, il y a des hasards heureux. Il faut les saisir avant qu’ils s’enfouissent dans l’écume des jours, chère à Boris Vian.

Subtil amorçage culturel d’un propos sur la poursuite de la recherche entamée il y a plus de cinq ans par la commission Culture et travail social de Culture & Démocratie (C&D) sur la dimension culturelle du travail social, et au coin du bois, la dimension sociale du travail culturel.
Et voilà que, en droite ligne de la remarquable thèse de Céline Romainville sur les droits culturels, un fil rouge des débats au sein de C&D qui fête ses 20 ans, surgit l’avant-projet du futur nouveau décret sur les centres culturels, et l’affirmation d’une priorité donnée à l’analyse partagée avec tous les acteurs sociaux, culturels et socioculturels d’un territoire.

Usage immodéré de la boule de cristal ou nécessité de l’anticipation, la Commission avait, en 2011, proposé à un premier groupe d’élèves du Master en Ingénierie et Action sociales de HENALUX (Haute École Sociale de Namur) de conduire une réflexion sur « la place des travailleurs sociaux dans les institutions culturelles ».
L’enquête avait conclu par la négative mais surtout à la persistance de deux regards « tronqués » des « cultureux » sur les « sociaux » – et inversement – et à la juxtaposition de deux univers peu perméables l’un à l’autre. Sources réciproques de préjugés abreuvant deux approches différenciées des populations que côtoient, soutiennent, prennent en compte les acteurs de ces deux mondes avec des enjeux apparemment sans relation évidente.
Et voilà que le hasard – ou la logique occulte qui fait tout le sel des crises ? – en ce début 2013, met la commission Culture et travail social de C&D sur la piste des textes qui régiront les centres culturels dès 2015, dont les missions sont revisitées au regard de l’effectivité concrète des droits culturels – une formulation nouvelle de la démocratie culturelle ou plutôt, comme on aime à le dire à C&D, d’une culture de la démocratie.
Une seconde commande est aussitôt présentée à une nouvelle équipe du Master en Ingénierie et Action sociales qui, sous la tutelle remarquée de Mme S. Vella, va s’attacher à développer les constats de leurs prédécesseurs, avec l’avantage de voir leurs réflexions et questionnements soudain éclairés par un projet des plus actuels de texte réglementaire, d’une tenue particulièrement bousculante.

C’est au regard de ce « pré-projet » que la même question de la place des travailleurs sociaux dans les institutions culturelles est posée à la nouvelle équipe de seconde année.
Mais travaillée dans une démarche méthodologique en lien étroit avec le sujet, avec débats internes ou avec la Commission, la commande de C&D va trouver tout son sens dans sa reformulation par les futurs « masteurisés » particulièrement inspirés, qui va questionner plus fondamentalementla fonction sociale au sein des centres culturels et la place de ceux-ci au sein d’un territoire «habité» par une population que percole un tissu d’associations.
Les enquêtes rigoureusement préparées dans une grille d’entretien ouverte aux développements s’adressent consciemment aux plus hauts responsables dont les réponses vont faire apparaitre à ce niveau une réelle préoccupation pour cette fonction sociale qui le plus souvent ne veut pas se dire, par crainte d’une dévalorisation de la fonction culturelle stricto sensu.

Un des constats, qui devrait faire l’objet d’une nouvelle commande s’il n’est pas celui d’une thèse prochaine de membres de l’équipe, concerne les écarts d’ordre sémantique entre des termes apparemment communs mais colorés différemment selon les secteurs. Un lexique de compréhension mutuelle paraît indispensable pour partager d’abord les définitions : participation, culture, accès et droit à la culture, population, participation, travail en réseau, voire la fonction sociale elle-même...
Impossible de révéler toute la richesse de ce travail. Il se clôture sur une proposition qui pose en même temps une question que devront résoudre les Centres culturels actuellement penchés sur l’interprétation à donner aux modifications – s’il en est de réelles ? – de leurs missions dans le nouveau décret (désormais voté).

Dans ses conclusions, l’équipe estime que « la fonction sociale ne se situe ni dans le centre culturel ni dans les institutions sociales mais entre ces deux acteurs » : c’est à cet endroit que la recherche place la fonction de médiation, là où ce terme dans le monde culturel la conçoit entre les œuvres et le public.
Une divergence sémantique interpelante, à méditer.

Paul Biot
membre de la commission Culture et travail social de C&D

Documents

Téléchargez le Rapport final 2014 du Laboratoire d'Ingénierie et Action sociales (PDF). 

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