Si l'on se rappelait que la culture fait partie de la superstructure de la société? Si l'on se rendait compte qu'elle mène le monde tout autant que l'économie? La culture, en effet, est porteuse des aspirations qui sont propres à l'humanité, elle est faiseuse d'opinion, et l'art en son sein est son miroir. Elle est influente en "culture politique", en "culture d'entreprise". Ne sommes-nous pas agis par des ambitions aussi bien culturelles, philosophiques, morales, éthiques qu'économiques ou guerrières?
La nature humaine est culturelle, non naturelle. Les instincts "naturels" sont canalisés par l'éducation vers des qualités représentant ce que l'humain a de particulier, défendant les solidarités, les soutiens mutuels, l'élévation des sentiments en opposition avec les lois de la jungle, les égoïsmes ou encore, sur le même modèle, les lois du marché. Ainsi apprécie-t-on généralement mieux ceux qui vont à contre-courant de penchants "naturels" ou encore trouvent leur équilibre favorable entre pentes vers la facilité et hautes considérations.
Dès lors, il apparaîtra comme inhérent à la nature humaine de s'engager par la culture du côté de ce que nous avons de plus humain. Mener des actions culturelles dont les acteurs restent propriétaires, qu'ils soient artistes professionnels ou citoyens créatifs; des actions qui nous apprennent le monde, l'humain, avec ses côtés lumineux et ses sombres comportements; des actions qui permettent l'acquisition des moyens d'expression, ouvrent des pistes de connaissances vers des moyens de se réaliser, qui mènent vers une prise de conscience réfléchie ou intuitive face au monde et aux folies des moins humains.
Des actions aussi qui, dans ce monde complexe et nos sociétés multiculturelles, permettent de faire communauté ouverte, de construire un bout d'histoire commune avec ceux et celles qui proviennent d'autres terres, d'autres pays, qui fuient les conditions inhumaines qui leur sont imposées. Ils partagent sans doute des valeurs fondamentales qui nous sont proches.
Tout ceci n'est cependant pas facile. C'est pourquoi nous avons besoin de lieux, d'associations, de rencontres, de réflexions pour nous renforcer dans nos opinions, évaluer leur pertinence, approfondir leur bien fondé, pour mener ensemble cette belle aventure . Je ferais rimer en effet culture avec aventure, avec ses aspects découverte, excitation, passion, plutôt que les utilisations normatives dont elle est menacée.
Bien. L'engagement culturel va de soi. Mais allons-nous assez loin? De nombreux dispositifs sont mis en place pour démocratiser l'accès aux productions culturelles, pour pratiquer la démocratie culturelle. Cependant, certaines de ces actions sont seulement charitables, d'autres ressemblent à une nouvelle forme de marketing pour capter de nouveaux publics. Ce n'est pas suffisant. Notre propre fonctionnement, celui de nos institutions, le cadre légal qui les régit doivent aller vers plus de cohérence par rapport aux objectifs: ils doivent se laisser influencer par les personnes auxquelles ils s'adressent.
En route pour de nouvelles aventures. Mais l'aventure, cela se prépare. Au sein de Culture et Démocratie notamment. Embarquement immédiat.
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Marcel De Munnynck
Initiateur de la Zinneke Parade, chargé d’un développement
international des Parades citoyennes

