n°35
- 05/06/2009
Editorial
Lettre "spéciale élections"
!
La culture, nourriture indispensable de l’esprit,
ne sert pas à empiler les connaissances mais à
conduire sa vie.
Propos recueillis par Ma.D. auprès d’Edgar
Morin
dans Le Monde du mercredi 13 mai 2009,
dossier Education page 7.
Compte tenu de l'imminence des élections, cette lettre
sera toute entière dédiée à cet
évènement.
Dans la rubrique Coups de Coeur sont répertoriés
de façon non exhaustive plusieurs mémorandums,
issus principalement d'associations membres du réseau
de Culture et Démocratie, à destination des
politiques. En prendre connaissance permet de bien visualiser
"l'état" de la société et les
revendications formulées en vue de son amélioration.
Ensuite, deux textes signés par les membres du bureau
de Culture et Démocratie sont repris dans la rubrique
Faits et Opinions. Il s'agit là des versions
initiales. Des versions réduites ont été
publiées dans deux grands quotidiens francophones.
La première, parue dans Le Soir du 28 mai
2009, rappelle le positionnement très ferme de l'association
quant à l'urgence de donner, de façon structurelle,
une dimension culturelle à l'enseignement : ce projet
doit être celui de la prochaine législature.
La suivante, parue dans La Libre Belgique de ce 5 juin 2009,
décrit en six points les chantiers
où, par la culture, la démocratie a encore à
s'épanouir. Face à la crise, et plus que jamais,
la culture est une inépuisable ressource pour réinventer
l’avenir de notre démocratie.
Nous vous souhaitons une bonne lecture!
L'équipe de Culture et Démocratie
|
Les couleurs correspondent aux axes suivants :
- Politiques culturelles
- Culture et Solidarité (Art et Santé,
Art et Prison, CPAS)
- Culture et Ecole
- Interculturalité
- Culture et Citoyenneté
|
À vos agendas
Consultez également l'agenda
du site de Culture et Démocratie ...
Compte tenu des
élections, nous n'avons pas relevé d'agenda. N'oubliez
cependant pas d'aller voter ce 7 juin!
Coups de cœur
On travaille dur dans le secteur associatif ! Fortes
de leur expérience de terrain, de leur contact direct avec
la population, de leur implication réelle et locale dans
la société, les associations profitent des élections
pour faire le point : un état des lieux du terrain sur lequel
elles agissent et des propositions de mesures concrètes pour
améliorer le quotidien des personnes.
Culture et Citoyenneté
- Mémorandum de l'Association
des Editeurs Belges
- Mémorandum d'Amnesty
International
- Mémorandum du Centre
pour l'égalité des chances
- Mémorandum du Centre
National de Coopération au Développement (CNCD)
- Mémorandum du Conseil
de la jeunesse d'expression française
- Mémorandum de la Coordination
des ONG pour les droits de l’enfant (CODE)
- Mémorandum du
Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie
(MRAX)
- Mémorandum d'Inter
Environnement
- Mémorandum de Smart
- Mémorandum de l'Union
des Villes et Communes de Wallonie
- Mémorandum de l'Association
de la Ville et des Communes de la Région Bruxelles-Capitale
- Mémorandum de la Plate-forme
Vigilance – Action – Publicité (VAP)
- La Chronique de la Ligue des droites de l'Homme
"
Fureur d'élire"
- Les réflexions menées par l'asbl
Samarcande "Jeunes
en ville, Bruxelles à dos"
Culture et Solidarité
- Mémorandum de l'Afrahm
(Association Francophone d'Aide aux Handicapés Mentaux)
- Mémorandum du Secteur
des Centres de service social agréés et subventionnés
par la Région wallonne
- Mémorandum de la Fédération
laïque des centres de planning familial
- Mémorandum du Mouvement
Ouvrier Chrétien (MOC)
- Mémorandum du Réseau
financement alternatif
- Mémorandum du Réseau
Wallon de Lutte contre la Pauvreté
Culture et Ecole
- Mémorandum de la Plateforme
pour la réduction du coût des études - Respact
Deux sites sur internet référencent
également une liste de mémorandums :
- http://www.cbcs.be/new/default.asp?contentID=912
- http://www.saw-b.be/cms/dossier_memorandum.php?fchy
Faits et opinions
Entrer enfin dans le XXIe siècle : la culture pour sortir
de la crise ?
(Une version réduite a été publiée
comme carte blanche dans La Libre Belgique du 5 juin 2009)
Depuis l’été 2008, nous prenons la mesure
des conséquences économiques et sociales de la crise
financière mondiale pour notre système démocratique.
Sous cette insécurité économique, la Belgique
se prépare aux élections régionales et européennes.
Les préoccupations de chacune et de chacun vont donc prioritairement
à l’emploi, à la santé, au budget des
ménages et aux conditions de vie. On le comprend. Mais une
fois de plus, on risque de sous-évaluer les enjeux culturels de
la crise, et de sacrifier la culture et l’éducation
! « Culture et Démocratie » attire
l’attention des candidats et des électeurs sur les
priorités culturelles pour inventer l’avenir. La création
est un enjeu majeur de notre démocratie.
Cette crise qui bouleverse chaque famille est-elle uniquement économique
et financière ? Ne traduit-elle pas une crise culturelle
plus profonde de nos modèles de développement
hérités du XXe siècle ? Dès les années
1950, Hannah Arendt avait analysé les menaces que faisait
peser la consommation de masse sur notre société.
Dans « La crise de la culture » (1), elle
écrivait déjà que « la société
de masse, qui émancipe complètement l’homme
en tant qu’être vivant social, (…) peut menacer
d’anéantir l’être proprement humain des
hommes ; c’est comme si précisément l’espèce
humaine pouvait conduire l’humanité à son extinction. »
Les crises se succèdent. Ne témoignent-elles pas explicitement
de cette dérive ? Ne nous appartient-il pas d’inventer
de nouvelles manières d’exister ensemble, d’orienter
le développement de nos régions et de l’Europe
vers des valeurs fondamentales autres que le profit à court
terme et la logique de la (sur)consommation ? Qu’est-ce à
dire ? N’est-il pas temps d’entrer dans le XXIe
siècle ? De reconnaître le rôle de la culture
comme lieu d’invention pour sortir de la crise ?
Il y a six ans, notre association appelait à l’ouverture
d’un grand débat, d’une grande explication publique
à propos de la place de la culture dans la société
belge. En réponse à cet appel, des Etats généraux
de la culture ont été organisés par la
Ministre de la culture. Le Gouvernement de la Communauté
française y était associé. Les politiques culturelles
de la Communauté française ont été revisitées,
des améliorations significatives ont été apportées
à notre vie culturelle ; des refinancements ont eu lieu,
dans certains secteurs ! Cependant, il reste urgent d’évaluer
la place réservée aujourd’hui à la culture,
dans l’ensemble des politiques publiques !
1° Si nous voulons inventer de nouvelles manières
d’exister ensemble, il faut donner davantage de place à
l’imagination, à l’invention, à la création.
C’est vrai pour les arts en général, mais plus
encore pour les universités, les écoles, les entreprises,
les services publics, les associations, les partis, les syndicats,
les villes, les quartiers, les médias ! Pour inventer des
issues durables à la crise culturelle que nous traversons,
les artistes ont un rôle essentiel à jouer, en insufflant
l’esprit de création aux activités humaines,
en défrichant des territoires imaginaires insoupçonnés.
Culture et Démocratie demande que la dynamique de
la création artistique et culturelle soit amplement soutenue
et développée dans toutes les dimensions de la vie
en société. Les institutions culturelles qui font
le pari de la création ouvrent des voies nouvelles à
notre communauté. Nous avons dans notre pays de nombreux
créateurs. Apprenons à les valoriser, à reconnaître
les talents émergents, donnons-leur les moyens et les lieux
pour travailler librement, pour rechercher, pour expérimenter,
pour développer. Diversifions les résidences d’artistes
dans l'enseignement, l'économie, l'associatif...
2° Dans cette perspective, nous devons reconnaître
la persistance d’un déficit de formation artistique
dans l’enseignement général. Des progrès
ont été apportés ici et là, de manière
ponctuelle ; mais c’est loin d’être suffisant
pour ouvrir les imaginaires de nos enfants. Notre enseignement général
a besoin d’un réinvestissement culturel en profondeur
et à tous les étages, du maternel à l’enseignement
supérieur. Culture et Démocratie appelle
un ambitieux contrat culturel pour l'enseignement qui comprenne
des mesures à court, moyen et long terme pour réformer
en profondeur la politique d’enseignement et intégrer
structurellement les pratiques artistiques dans les pédagogies
du futur.
3° Nous devons renforcer les synergies entre
le monde des artistes et le monde associatif. La vitalité
associative est forte en Belgique francophone. Grâce à
des politiques modestes, nombreux sont celles et ceux qui ont perçu
l’enjeu de la création artistique : un facteur
efficace d’épanouissement humain. Les personnes fragilisées,
notamment, sont sensibles au dialogue avec les œuvres d’art.
Elles y trouvent une étincelle d’humanité, essentielle
et vitale trop longtemps refusée par la société.
La vie associative est un vecteur de diversité culturelle ;
son dialogue avec les artistes nourrit cette reconnaissance mutuelle
entre les cultures, que l’Europe a appelée de ses vœux
en 2008, année du dialogue interculturel. Pour Culture
et Démocratie, les pratiques artistiques et les pratiques
associatives sont au cœur du droit à l’épanouissement
culturel.
4° De même, il est grand temps que les
entreprises intègrent une dimension culturelle humaine, sous
des formes plus créatives que celles que nous connaissons.
Pour inventer de nouvelles manières d’exister ensemble,
de produire durablement, de redistribuer au profit du plus grand
nombre les fruits de la production, il est nécessaire de
transformer en profondeur les cultures d’entreprises. En ce
sens, Culture et Démocratie propose de multiplier
les échanges entre responsables d’entreprises et acteurs
culturels. Notamment à l’occasion de résidences
d’artistes, d’échanges culturels, bénéfiques
aux uns et aux autres.
5° L’art et la culture doivent jouer
un rôle moteur dans la dynamique économique et sociale
des villes et des régions. Glasgow, Bilbao, Lille ont connu
le déclin industriel, elles nous montrent, aujourd’hui,
les retombées mesurables de politiques publiques qui allient
excellence culturelle et participation démocratique. Mons
prépare son programme de capitale culturelle européenne
en 2015. La Région wallonne ne devrait-elle pas s’inspirer
du renouveau culturel qui a permis à d’autres régions
de sortir du marasme industriel ? Nos villes ne manquent-elles
pas d’ambitions culturelles ? Que ce soit pour la présence
d’œuvres d’art dans l’espace public ou le
soutien aux créateurs ? Que ce soit pour favoriser la
démocratie culturelle et la participation active des associations
et des artistes aux décisions culturelles ? Ne serait-il
pas temps que Bruxelles (Ville et Région) prenne conscience
de son potentiel de capitale européenne, et des enjeux culturels
qui accompagnent ce statut ?
6° En mai 2007, la Commission européenne
a adopté un « agenda culturel européen »
qui reconnaît l‘importance des enjeux culturels pour
la construction européenne : tous les aspects de la
politique européenne sont susceptibles de développer
une ou plusieurs dimensions culturelles. Culture et Démocratie
demande à nos futurs parlementaires européens de s’emparer
de ces priorités pour que ce programme de développement
de la culture de l’Europe se traduise en réalités
tangibles, transversalement au niveau des institutions européennes,
conjointement au niveau des Etats membres. Tournons le dos à
cette Europe sans âme et ouvrons la voie à l’Europe
des cultures, celles de tous ceux qui respirent dans les territoires
de l’Union ?
Tels sont pour Culture et Démocratie les véritables
enjeux culturels des choix politiques qui seront exprimés
par les électeurs ce 7 juin prochain. Face à la crise
financière, et plus que jamais, la culture est une inépuisable
ressource pour réinventer l’avenir de notre démocratie.
Pour Culture et Démocratie,
Roland de Bodt, Marcel De Munnynck, Sabine de Ville,
Bernard Foccroulle, Nicole Gesché, Georges Vercheval, membres
du bureau de l’association.
(1) : Hannah Arendt (1906-1975), La crise
de la culture, huit exercices de pensée politique,
Paris, Gallimard, Folio essais, numéro 113.
Un nouveau contrat culturel pour l’enseignement !
(Une version réduite a été publiée
comme carte blanche dans Le Soir du 28 mai 2009)
La culture, c’est ce qui permet de savoir
qui on est et de quoi on procède
Marcel GAUCHET
A l’aube des élections, les partis politiques inscrivent
l’enseignement en tête de leurs préoccupations.
Culture & Démocratie s’en réjouit et souhaite
apporter sa contribution au débat.
Les Actes du colloque organisé sous le titre « La culture
au cœur de l’enseignement, un vrai défi démocratique
» dressent les contours de ce qui nous semble être l’urgence
: un nouveau contrat culturel pour l’enseignement
qui réaffirme précisément la mission culturelle
de l’enseignement.
Où, ailleurs que dans l’enseignement, lieu démocratique
par excellence - au moins dans son principe -, donner l’occasion
d’une expérience culturelle et artistique répétée
et d’un contact avec les œuvres les plus exigeantes et
les plus audacieuses produites par l’humanité depuis
des siècles ? C’est bien au cœur de l’enseignement
qu’il faut construire des savoirs, des compétences
et des pratiques solides dans les champs de l’art et de la
culture ! C’est bien là qu’il faut mettre tous
les jeunes et a fortiori les futurs enseignants, en contact régulier
avec toutes les formes de la création : arts plastiques,
musiques, architecture, photographie, cinéma, danse…
c’est bien là qu’il faut créer pour tous,
sans exception, les conditions d’un usage éclairé
et fécond du droit à l’épanouissement
culturel garanti par la Constitution belge (Article 23,
alinéa 5).
Or l’enseignement, soucieux de répondre à l’injonction
d’une société qui lui prescrit de privilégier
des savoirs et des compétences présumés utiles
pour garantir une insertion professionnelle, ne le fait pas assez.
Nombre de disciplines à caractère culturel en ont
fait les frais. Certes, l’art et la culture ne sont pas totalement
ignorés. Les musées, théâtres, expositions
et autres lieux culturels sont fréquentés –
parfois massivement - par des groupes scolaires, des projets artistiques
ou culturels initiés par le décret Culture-Enseignement
ou par le programme Anim’action (deux des dispositifs les
plus importants). Si nous reconnaissons l’intérêt
de ces programmes, nous en stigmatisons les limites. Limités
sur le plan budgétaire, ils fonctionnent par appel à
projets et touchent souvent les enseignants déjà convaincus
de ce qu'une formation « avec l’art et la culture »
construit les jeunes autrement, ou ceux qui s’emparent de
l’art et de la culture pour tenter de répondre à
des difficultés sociales et éducatives croissantes.
Le système éducatif doit donc, de toute urgence, restituer
une place structurelle à l’art et
à la culture. Il doit s’accorder sur un socle commun
de savoirs et de compétences artistiques et culturelles à
développer de manière progressive dans la formation
obligatoire et le supérieur pédagogique.
En un mot, il faut refonder le contrat culturel de l’école.
Nous formulons cette nécessité en quatre points :
1. L’école doit renouer avec la dimension
culturelle des savoirs.
Pour Michel Develay, « les savoirs scolaires ne prennent sens
pour les jeunes que s’ils s’inscrivent dans une dimension
culturelle et anthropologique. Ils doivent leur apparaître
simultanément comme porteurs de l'histoire de l'humanité
et comme réfractant leur culture d'appartenance. Aucun savoir
ne peut être présenté, transmis, construit,
sans que le maître ne se questionne sur le lien à établir
entre ce qu'il enseigne et la culture dans laquelle et par laquelle
ce savoir prend du sens » . Il faut donc, pour qu’ils
reprennent enfin sens, remettre au jour la sédimentation
de tous les savoirs, faire de la place au récit de leur émergence
et de leur histoire et en permettre, mieux sans doute, l’appropriation
par les jeunes. C’est au cœur même de la construction
des savoirs scolaires que doit se construire, pour tous les jeunes,
l’accès à la culture.
2. L’école doit développer, dans une
perspective multiculturelle et de manière structurelle, des
savoirs et des compétences dans les champs de l’art
et de la culture.
L’approche des champs artistique et culturel suppose une démarche
particulière, critique, créative et sensible. L’art
ne se donne pas d’emblée. Il exige une curiosité
lente et patiente, il dit le monde autrement, subvertit l’évidence,
bouleverse, au sens strict. En cela, il ouvre l’esprit à
des aventures inédites, passionnantes, susceptibles d’irriguer
et de revivifier les autres apprentissages scolaires .
En matière de compétences, il en est une qui requiert
une attention particulière et des mesures urgentes : une
formation solide à la lecture de l’image, organisée
pour tous les jeunes de l’enseignement obligatoire et dispensée
par des professionnels spécialisés de l’enseignement
supérieur artistique. Cet apprentissage de base est indispensable
pour lire le monde de manière critique et l’enseignement
ne relève pas de manière suffisante ce défi
majeur au regard de la démocratie.
Construire du savoir et des compétences dans le champ artistique
et culturel, c’est aussi permettre l’émergence
de mémoires, d’identités et de valeurs à
partager collectivement. Il peut être passionnant, pour l’enseignant
confronté au brassage culturel de transmettre à la
fois l’héritage culturel occidental, fort de ses mélanges
et de ses assimilations, et la richesse infinie des autres cultures.
En assumant de manière déterminée cette mission
de transmission culturelle, l’enseignement mettrait au défi,
mieux qu’aujourd’hui, la tentation du repli identitaire.
3. L’école doit faciliter l’accès
à toutes les productions artistiques et culturelles.
Si les enseignants et les médiateurs culturels prennent le
temps de conjuguer leurs compétences spécifiques pour
initier les jeunes et si la démarche culturelle ou artistique
est dûment légitimée dans un projet pédagogique
global, les jeunes constituent – quelle que soit l’exigence
de ce qui leur est montré - un public formidablement enthousiaste,
critique et créatif.
Mais il faut pour cela :
- que toutes les formes de la création trouvent une place
légitime dans la pratique pédagogique : si la chose
est aisée pour le théâtre, dans quels champs
disciplinaires inscrire aujourd’hui la fréquentation
de la danse contemporaine, de l’architecture, de l’opéra,
des arts visuels ou des musiques ?
- que la formation des enseignants en fasse des passeurs avertis
et exigeants, capables de se frayer un chemin dans l’offre
culturelle massive qui leur est faite. Il faut donc revoir profondément
la nature et le volume de la formation artistique et culturelle
des étudiants du supérieur pédagogique.
- que les médiateurs intervenant dans les institutions culturelles
ou dans le territoire de l’enseignement soient des professionnels
dûment préparés aux défis de ce métier
nouveau par un cursus spécifique de niveau universitaire.
- que les sorties ou activités culturelles ne soient pas
reléguées dans les blancs de l’agenda
scolaire, donc réduites au statut de "loisir de qualité".
- que les coûts liés aux transports et les lourdeurs
administratives ne transforment pas chaque initiative culturelle
en parcours du combattant pour les enseignants.
Enfin, les efforts déployés par les opérateurs
culturels en matière d’accès, et particulièrement
de coûts, sont importants ; ils débordent d’ailleurs
largement le seul public scolaire. Au-delà de ces initiatives
prises en ordre dispersé, nous appelons de nos vœux
une initiative conjointe des Ministres de l’Education et de
la Culture pour mettre en œuvre, de manière structurelle,
un chèque ou un passeport culturel délivré
au monde de l’enseignement. Il permettrait un accès
égal pour tous à l’art et à la culture.
Il n’est pas acceptable – c’est le cas aujourd’hui
- que celui-ci dépende du statut socio-économique
des étudiants ou de la situation géographique de leur
établissement.
L'accès pour tous à l’offre culturelle passe
donc selon nous, par la formation des jeunes et des enseignants
à une démarche critique et créative, par la
légitimation de ces pratiques dans le temps de l’école
et par des initiatives nouvelles de la part du politique sur le
plan budgétaire.
4. L’école doit redevenir un lieu de pratique
artistique et culturelle.
Une école largement réinvestie par l’art et
la culture, c’est aussi une école où la pratique
de l’art sous toutes ses formes ressort de l’ordinaire
et non de l’extraordinaire. Cette pratique permet à
chacun de déployer sa propre créativité en
musique, chant, danse, écriture, arts plastiques, photographie,
vidéo, d’aiguiser son regard, son oreille, tous ses
sens ! Aujourd’hui, cette pratique est très inégalement
distribuée dans les académies, les lieux d’activités
extrascolaires ou dans les projets art/école dont nous avons
précisé les limites. Elle doit réinvestir tous
les lieux de formation et dans toutes les formes artistiques ; l’urgence
est vive pour la musique et le chant, leur absence dans l’enseignement
obligatoire étant désormais consommée…
Irriguée par une pratique artistique régulière,
par des rencontres avec des artistes et des créateurs, par
des résidences d’artistes, par la formidable créativité
des jeunes, toute la formation s'en trouverait revivifiée.
Culture et Démocratie l’affirme avec force : l’enseignement
doit être traversé par une ambition culturelle nouvelle.
C’est un enjeu démocratique, c’est une urgence
car la réponse aux défis contemporains passe par la
construction de jeunes inventifs, critiques et curieux, ouverts
à l’universel, au symbolique, à la différence
et à l’inédit.
Culture et Démocratie souhaite que les partis politiques
intègrent concrètement cette proposition dans leur
programme d’action pour l’enseignement.
Pour Culture et Démocratie,
Roland de Bodt, Marcel De Munnynck, Sabine de Ville, Bernard Foccroulle,
Nicole Gesché, Georges Vercheval
Membres du bureau de l’association Culture et Démocratie
La culture au cœur de l’enseignement : un vrai
défi démocratique. Cahier 2 de Culture et Démocratie,
Culture et Démocratie asbl, Bruxelles, mai 2009.
(1) M. DEVELAY, « L’école, les savoirs et la
culture, comme possible principe de régulation », article
paru sur le site ww.pedagopsy.eu, s.d. Voir aussi J. LEVINE, M.
DEVELAY, « Pour une anthropologie des savoirs scolaires. De
la désappartenance à la réappartenance »,
dans Pratiques et enjeux pédagogiques, ESF, 2003.
(2) Lire à ce propos l’intervention d’Alain
KERLAN, philosophe, professeur des Universités (Université
Lyon 2) lors du colloque de novembre : « L’art et la
culture pour réenchanter l’école ». Voir
aussi « Des artistes à la maternelle » publié
sous sa direction aux éditions Sceren, Lyon, 2005.
(3) Voir à ce sujet, l’expérience norvégienne
du Cartable culturel : info@denkulturelleskolesekken.no
Dernières nouvelles
La culture au coeur de l'enseignement. Un vrai défi démocratique
- Cahier 02 de Culture et Démocratie
En novembre 2008, Culture et Démocratie a organisé,
en collaboration avec la Fondation Marcel Hicter asbl, un colloque
intitulé "La culture au coeur de l'enseignement : un
vrai défi démocratique". Il réunit plus
de 360 personnes au Théâtre de la Place des Martyrs
venus écouter des intervenants issus du monde de l'éducation
et de la culture réaffirmer la dimension culturelle de tous
les savoirs scolaires et la nécessité d'introduire
des savoirs et des compétences culturelles et artistiques
dans l'enseignement et dans la formation des enseignants. Y a été
évoqué l’intérêt qu’il y
a, dans ce cadre, à poursuivre les projets culturels et artistiques
dans les écoles, la fréquentation des lieux de création
et la pratique artistique. La question d’un contrat culturel
fort pour l’Ecole, prise au sens large, a été
creusée, contrat culturel qui ne se traduise pas seulement
en termes de projets et de pratiques, même pluriannuelles,
mais en formation à long terme pour tous, sans exception.
Il s’agit là d’un véritable enjeu démocratique.
Les actes du colloque viennent d'être publiés. Ils
reprennent, en 120 pages, les textes des artistes, sociologues,
enseignants, médiateurs culturels, philosophes qui sont intervenus
lors de cette journée ainsi que les réactions des
participants et une bibliographie sommaire. Ce cahier constitue
un outil essentiel de sensibilisation et de réflexion sur
les enjeux d’une place structurelle pour la culture dans l’enseignement.
Son coût s’élève à 7€ (10€
avec les frais de poste) à verser sur le compte 001-3185141-28
avec la mention "Cahier 2 Culture et Démocratie".
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70, rue Emile Féron - 1060 Bruxelles
Tél. : 02/502 12 15
Fax : 02/512 69 11
Courriel : cultureetdemocratie@scarlet.be
Cette lettre d'information a été réalisée
par Marie Poncin et Baptiste De Reymaeker, grâce au soutien
de la Communauté française de Belgique.
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