Culture & Démocratie

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06/05/2015 n°78

La
lettre

Éditorial

Un printemps éditorial pour Culture & Démocratie qui publie dans la foulée un Neuf essentiels pour l’éducation artistique et culturelle et un Cahier 04 intitulé Culture & Démocratie, 20 ans de réflexion. À quoi s’ajoute un Journal remodelé et repensé pour porter notre réflexion critique sur les enjeux culturels contemporains.

Mais le printemps n’est pas qu’éditorial: il est meurtrier. La Méditerranée est devenue un sombre cimetière, conjugaison des violences et des désordres du Sud et des replis obstinés du Nord. L’apathie européenne est coupable, elle contredit les valeurs qui fondent notre culture démocratique, le respect de la dignité de tous et particulièrement des plus vulnérables. Le monde de la création atteste continûment de la richesse des brassages multiculturels. Pourtant, une logique sécuritaire absurde s’applique là aussi, aveuglément.

Nous voulons croire que ce printemps accouchera de mesures qui endigueront ce massacre silencieux, plus de stabilité et de justice au Sud et plus d’ouverture et de courage au Nord.
Nous en sommes loin.

Sabine de Ville
Présidente de Culture & Démocratie

La vie de l'association

Dernières nouvelles

Colloque sur le travail d’artiste

Artistes-travail_image-195x110.jpgPointCulture (anciennement médiathèque) a choisi pour thématique de printemps les «Artistes au travail». C’est ainsi qu’a eu lieu le 24 avril dernier au PointCulture Bruxelles un colloque sur le travail d’artiste dont Culture & Démocratie était partenaire, aux côtés du Centre Régional du Libre Examen (Librex), de la Fédération Pluraliste des Centres d’Expression et de Créativité (FPCEC), du Guichet des Arts et de SMart. Les actes de cette rencontre seront publiés en 2016 dans la collection des Cahiers de Culture & Démocratie.
> Voir le programme

Autour de la commission Art et santé

vera-vandegh_scale_270x380.jpgToujours dans le cadre de la thématique de printemps du PointCulture, le PointCulture de Louvain-la-Neuve et la commission Art et santé de Culture & Démocratie se sont associés pour mettre en lumière le travail des artistes en milieux de soins. Le 18 avril dernier, une exposition composite et participative s’est ouverte dans les locaux de PointCulture Louvain-la-Neuve. Le vernissage a eu lieu le 25 avril et a été suivi d’une table ronde à laquelle plusieurs membres de la commission ont participé. L’expo elle-même se prolongera jusqu’au 16 mai prochain (voir notre rubrique «L’agenda de Culture & Démocratie») 

La commission Art et santé de Culture & Démocratie a également été l’invitée du Centre culturel de Rochefort le 21 avril dernier: à l’occasion du colloque «Changer le regard» sur le handicap et la vieillesse, le Centre culturel a projeté le film d’Isabelle Rey L’artiste dans les milieux de soins, une cartographie, donnant ensuite la parole à Catherine Vanandruel, clown à l’hôpital et membre fondatrice de la commission, qui a échangé avec la salle autour de la pratique artistique en milieux de soins.

Le centre de documentation déménage

Le centre de documentation que Culture & Démocratie partage avec SMart a déménagé: ouvert de 9h à 17h du lundi au vendredi, il se trouve désormais à l’accueil du 70 rue Émile Féron (1060 Bruxelles), plus accessible qu’auparavant.
Peu de changement au niveau des modalités pratiques: les ouvrages ne peuvent être empruntés mais l’espace, équipé de tables, fauteuils et ordinateurs, se prête à l’étude. Une photocopieuse installée à l’accueil est également disponible pour la reproduction d’extraits (rappelons toutefois que la reproduction intégrale est interdite). Certains ouvrages, classés dans l’armoire sous clé, sont consultables sur demande auprès de l’accueil. Le catalogue reste accessible en ligne sur le site de SMart et sur place, une arborescence permet de repérer les différentes sections thématiques.
Pour tout renseignement complémentaire, contacter Héléna: her@smartbe.be ou Baptiste: baptiste@cultureetdemocratie.be

Assemblée générale: Culture & Démocratie accueille de nouveaux membres

À l’occasion de l’assemblée générale de Culture & Démocratie le 23 avril 2015, de nouveaux membres ont rejoint l’association: du côté des personnes physiques, ce sont Nadine Plateau et Pascale Vielle, et du côté des personnes morales, ce sont Alain de Wasseige pour le Créahm, Mattéo Segers pour l’Association des Centre culturels et Daphné Leclef pour la Concertation des Centre culturels bruxellois.

L'agenda de Culture & Démocratie

Exposition: «Artistes en milieux de soins»

vera-vandegh_s175x167_o0x33_masque-orangJusqu’au 16 mai 2015, PointCulture Louvain-la-Neuve, entrée libre. 

Comme mentionné plus haut, dans le cadre de la thématique de printemps du PointCulture «Artistes au travail», le PointCulture de Louvain-la-Neuve et la commission Art et santé de Culture & Démocratie s’associent pour mettre en lumière le travail des artistes en milieu de soin. Jusqu’au 16 mai, PointCulture Louvain-la-Neuve accueillera une exposition composite et participative constituée d’un ensemble de témoignages – physique, audio et vidéo –, un ensemble singulier qui entreprend de rendre compte de ce «quelque chose» qui naît de la rencontre entre l’artiste et le patient.
> Plus d’infos 

Sortie de presse pour la parution du Cahier 04

C&D%2020%20ans%20de%20r%C3%A9flexion.pngMardi 19 mai 2015, de 18h à 20h, PointCulture Bruxelles. Entrée libre sur inscription. 

Le Cahier 04 - Culture & Démocratie, 20 ans de réflexions, ouvrage collectif mis en œuvre par Paul Biot, retrace l’évolution des idées et des concepts travaillés par Culture & Démocratie en vingt ans d’expérience. À l’occasion de sa parution très prochaine, l’association organise une sortie de presse, durant laquelle Sabine de Ville, d’anciens présidents et des membres fondateurs prendront la parole pour revenir sur ce que Culture & Démocratie leur a apporté et sur les missions qu’ils entrevoient pour l’association dans l’avenir.
> Infos et inscriptions 

Analyses et études

Les «Neuf essentiels pour l’éducation artistique et culturelle» sont désormais disponibles en version papier!

C1%209essentiels%20EA.JPGDéficit d’éducation artistique et culturelle: l’expression ne suffit pas à décrire la situation d’un système éducatif qui, pour des raisons d’efficience supposée, fait l’impasse sur les contenus de savoir, les compétences et les pratiques relevant de l’artistique et du culturel. Cet ouvrage collectif, réalisé sous la direction de Sabine de Ville, reprendra toutes les raisons qui conduisent à penser cette éducation artistique et culturelle à l’aune de considérations politiques (droits culturels), philosophiques (appréhension du symbolique, émancipation personnelle) et pédagogiques (et si ce champ disciplinaire avait la capacité de construire des compétences nouvelles, capables de réenchanter/réaménager toute l’expérience scolaire?).
Les ouvrages référencés traiteront de la culture, de la médiation culturelle, des relations culture/création et enseignement, des résidences d’artistes, de l’éducation à l’image et plus généralement des enjeux politiques, philosophiques et pédagogiques de l’éducation artistique et culturelle.
> Commander les Neuf essentiels pour l’éducation artistique et culturelle

Journal n°37 - «Être artiste aujourd’hui: une passion, un statut, un travail»

C1_Journal_37.JPGÀ l’occasion du vingtième anniversaire de l’asbl, le Journal de Culture & Démocratie fait peau neuve. Il s’articule désormais autour d’un dossier thématique et de rubriques diverses, dont «Vent d'ici» et «Vent d'ailleurs».
Le dossier de ce numéro s’interroge sur le métier d’artiste et sur son statut, mais aussi sur la question de l’art et de la création. «Les contributeurs dressent, selon des perspectives multiples – expériences, témoignages, réflexion critique – le portrait de professionnels qui contribuent par leur travail à la mise en question radicale d'une utopie dangereuse et aujourd'hui menaçante, celle de la mise au pas, de l'uniforme et du lisse.»
Les textes du Journal 37 sont accompagnés des photographies de Jean-Louis Vanesch et de Lucia Radochonska.
> Consulter le sommaire ou commander le Journal n°37 

La question du statut du travail de l’artiste. Essai de contextualisation

Dans le cadre de la grève générale du 15 décembre 2014, Culture & Démocratie, PAC – Agir par la Culture et le Centre Régional du Libre Examen (Librex) se sont associés à SMart pour proposer un débat intitulé « Ensemble, parlons et agissons » sur les moyens d’action dont disposent les travailleurs du secteur créatif pour défendre leurs droits. Une cinquantaine de personnes issues de tous les secteurs artistiques sont venues échanger sur la question lors d’un «P’tit déj’» organisé par SMart le 12 décembre dernier. 

En écho à cette rencontre, Baptiste De Reymaeker a rédigé une analyse, «La question du statut du travail de l’artiste. Essai de contextualisation», parue dans le Journal 37 de Culture & Démocratie, qui s’interroge sur le métier d’artiste et sur son statut, mais aussi sur la question de l’art et de la création. 

Également publiée dans le sillage de la rencontre du 15/12, l’analyse de Solange De Mesmaeker, «La défense collective des travailleurs intermittents», est disponible depuis mars dernier sur le site de SMart.

> Télécharger ou consulter ces deux analyses 

Des favelas au musée, du musée aux favelas. Une approche communautaire

Une analyse de Nicole Gesché-Koning. 

«Le Mondial à peine terminé, toutes les polémiques quant à son organisation au détriment des populations locales semblent évaporées face aux nombreux conflits et crises actuelles. Même rassembleur, le football n’avait pas fait l’unanimité. Que dire alors du monde des musées issus, selon les plus démunis, le plus généralement d’une culture élitiste, dominante et cultivée dans un pays où règnent tant d’injustices sociales? Quelle place peut bien y trouver le monde des favelas si négativement connoté? Quel rôle les habitants de ces bidonvilles sont-ils amenés à jouer dans “leur” musée ou à travers un projet réalisé avec eux et pour eux?»
Ce texte propose des réponses à ces questions sous la forme de deux exemples: celui du Museu da Mare à Rio de Janeiro, et celui du Projet Morrinho présenté par le Musée d’art de Rio. 

> Lire l’analyse in extenso 

Austérité culturelle vs urgence culturelle

Analyse de Sabine de Ville, parue dans le numéro 436 de la revue Espace de Libertés du Centre d’action Laïque asbl. 

«Une fois pour toutes, évacuons l’idée que la culture puisse être une chose en soi, objectivable et extérieure à nous-mêmes et qu’il faudrait amasser ou dont il faudrait faire la preuve. La culture est, dès lors qu’il y a des hommes et des femmes. D’où que nous soyons, que nous le voulions ou non, nous sommes êtres en culture. Elle nous est intrinsèque et revêt au moins pour ses formes les plus essentielles, des contours communs : une langue, des rituels, des traditions, une relation au monde et aux humains, des récits, des formes dessinées, gravées ou peintes, des musiques et des danses.
Cela nous constitue, individuellement et collectivement et ce n’est pas la moindre des puissances de la culture : elle est expérience radicalement singulière mais aussi aventure collective, inscrite dans la geste politique, économique et sociale des sociétés humaines depuis l’origine. […]» 

> Lire l’analyse in extenso

Caverne et démocratie : désormais disponible en version papier

Caverne_et_democratie_2015_couverture2.pDisponible depuis 2013 au téléchargement sur notre site, cette étude existe désormais au format papier.
Caverne et démocratie. Sur la prison, le travail social et les pratiques artistiques est divisé en trois chapitres principaux, qui exposent brièvement ce qu’est la prison en Belgique, en quoi consiste le travail social dans ce lieu et ce qu’y sont les pratiques artistiques. Cette publication est destinée aux artistes désireux de mettre en place des projets en milieu carcéral afin qu’ils sachent « où ils mettent les pieds » mais aussi à quiconque s’intéresse à la question carcérale. Le texte a été rédigé par Lucile Beaudot sous la supervision des permanents de Culture & Démocratie, et s’accompagne de photographies de Frédéric Pauwels. 

> Commander Caverne et démocratie 

Autres publications

Code de déontologie de l’artiste intervenant en milieux d’accueil, d’aide et de soins

Codedeontologie2015.JPGLe «Code de déontologie de l’artiste intervenant dans les milieux d'accueil, d’aide et de soins», paru pour la première fois en 2008 et rééditée en 2010, a récemment fait l’objet d’un travail de réactualisation par une partie de ses rédacteurs initiaux et par les personnes ayant depuis rejoint la commission Art et santé de Culture & Démocratie. 
Parti d’une réflexion autour de la déontologie guidé par Sophie Jassogne (Unité d’éthique médicale, UCL) ce texte définit les principes éthiques de l’artiste professionnel intervenant en milieux d’accueil, d’aide et de soins. S’il a pour fonction première de garantir aux bénéficiaires des interventions artistiques une qualité de service rendu, il est également au service de la construction identitaire d'une profession et précise une ligne de conduite ainsi que des balises pour celle-ci.

> Consulter ou télécharger le Code de déontologie version 2015

Catalogue des publications de Culture & Démocratie

Vous souhaitez avoir un aperçu en un coup d’œil de toutes les publications disponibles de Culture & Démocratie? Ce catalogue est l’outil qu’il vous faut. On y trouve listées et présentées l’ensemble des parutions téléchargeables au format PDF sur notre site et des éditions papier disponibles, ainsi que des instructions pour vous les procurer, avec la possibilité de commander des lots d’ouvrages.

> Consulter ou télécharger le Catalogue

Coups de cœur

PAF, Professionnels de l’Audiodescription Francophone, nouvel acteur pour l’accessibilité à la culture

ImageAllRightsReserved.png«Né il y a environ un an, PAF est un collectif – composé de neuf auteurs, cinq déficients visuels /aveugles, une douzaine de voix professionnelles dont quatre directeurs d’acteurs, deux ingénieurs du son –, qui se positionne en tant que nouvel acteur d’accessibilité à la culture en proposant un service professionnel d’audiodescription et de sous-titrage pour sourds et malentendants notamment dans le secteur audiovisuel (cinéma, télévision, site Internet).
Petit rappel : l’audiodescription (abréviation AD) audiovisuelle permet de rendre des films ou des contenus audiovisuels accessibles aux personnes déficientes visuelles (en Belgique, on compte environ 1% de la population déficiente visuelle et ce chiffre, vu la population vieillissante, ne cesse d’augmenter). Une voix off qui décrit les éléments visuels de l’œuvre (actions, mouvements, expressions, décors, costumes, etc.) est placée entre les dialogues ou les éléments sonores signifiants. Cette pratique venue des États-Unis et introduite en France en 1988, est aujourd’hui en train de prendre un essor considérable en Europe depuis la directive européenne de 2007-1965/CE art. 64 (1) […].
PAF propose donc un service innovant en Fédération Wallonie-Bruxelles. Jusqu’à présent, l’audiodescription, sur notre territoire francophone, s’est limitée à une approche artisanale, occasionnelle, bénévole, et était davantage associée aux arts vivants. PAF souhaite se positionner en tant qu’acteur de la postproduction belge et professionnaliser l’audiodescription. Car il s’agit bien d’une réelle profession exigeante et créative qui demande dès lors beaucoup de pratique. Une bonne audiodescription exige en effet une analyse précise de l’œuvre. Elle doit pouvoir, par des mots judicieusement choisis, traduire et transmettre, tel un médiateur, les émotions, une texture cinématographique tout en respectant l'œuvre et en laissant la liberté aux personnes mal voyantes de se créer leur propre univers (on ne les prend pas par la main, on ne préjuge de rien). Ce sont des choix artistiques à chaque fois renouvelés ; on est loin d’une pratique automatisée. C’est un réel métier d’auteur qui demande du temps pour que l’œuvre ne se dénature pas. On préconise environ une heure de travail pour audiodécrire une minute de film. Malheureusement, avec l’augmentation des quotas dans la plupart des pays européens, l’audiodescription subit la concurrence du marché. On constate actuellement en France que les audiodescripteurs – qui sont formés à la volée, le secteur de la formation étant des plus lucratifs – acceptent de travailler pour des sommes dérisoires et dans des délais impossibles pour proposer un réel travail de qualité. On audiodécrit tout, mais on audiodécrit n’importe comment! […]»

> Pour lire l’intégralité de ce « coup de cœur » de Christelle Brüll, en savoir plus sur l’audiodescription et le collectif PAF, c’est par ici.

> Mais aussi, le site de PAF   

(1) Directive 2007/65/CE

Art et santé : les Clowns à l’hôpital

Clowns_Hop_light.pngLa commission Art et santé avait l’ambition dès 2005 d’assembler et de fédérer tous les arts en milieux d’accueil, d’aide et de soins, pour les personnes fragilisées physiquement et psychologiquement en Communauté française.
Voilà dix ans que le groupe de pilotage a vu le jour sous l’impulsion de Sabine Verhelst, alors coordinatrice de Culture & Démocratie, et de Catherine Vanandruel, responsable des Clowns à l’hôpital.
Les acteurs sur le terrain sont des artistes professionnels du spectacle intervenant en milieux de soins, il est important de le répéter, en ces temps où les amalgames sont légion.
Les artistes clowns travaillent par intermittence à l’hôpital, ils sont par ailleurs engagés dans des compagnies de théâtre et participent régulièrement à des spectacles (tout public et jeune public), certains animent des stages artistiques ou ateliers créatifs chez nous, d’autres voyagent très loin et proposent des spectacles dans des camps de réfugiés, parfois dans des pays en guerre, là où les populations déplacées attendent la suite de leur destinée. Après avoir réuni ces conditions de base, en plus du cœur et du talent, notre pratique singulière exige une bonne dose de stabilité. Il s’agit «d’être à l’écoute» de manière empathique face à l’enfant douloureux et sa famille, d’entretenir la bonne humeur — ou la discrétion — et d’ajuster sa posture en fonction des circonstances et des personnes, dans un grand respect des diversités.
Outre l’apport culturel évident, le but de notre action est de participer, de façon poétique ou humoristique, au bon déroulement de l’hospitalisation de l’enfant et d’offrir aux services de pédiatrie un moment de respiration et de légèreté.
Les «Clowns à l’hôpital» s’adaptent à la vie d’une équipe médicale, ils tiennent compte de paramètres sociaux et médicaux, ils ont toujours un contact avec les infirmières avant de commencer leur travail, ils restent attentifs au souhait des familles. Ils sont tenus de respecter les règles du code de déontologie. Ils sont conscients de faire un très beau métier.
Aujourd’hui, ils sont heureux de vous annoncer la mise en ligne de leur NOUVEAU site internet.
Vous y trouverez toutes les informations sur leur activité de clowns professionnels en pédiatrie à Érasme et à Saint-Pierre : www.clowns-hopital.be
Un bouton rouge porte l’indication: «Faites un don!»… Suivez cet excellent conseil!

Catherine Vanandruel

Art et santé : Goupil, fripon sur un fil… entre la personne et le groupe

photo.jpgSuite à leurs parcours respectifs et complémentaires (chant, improvisation,…), Valérie Decruyenaere et Sébastien Gratoir, tous deux formés au clown et au théâtre action, créent en 2014 l’association Goupil pour rassembler leurs aspirations communes. Convaincus que travail collectif et travail individuel se nourrissent mutuellement, ils proposent des interventions clownesques en milieux de soin, des ateliers de théâtre action pour tout public (femmes apprenant le français, enfants d’École de devoirs,…) et des créations théâtrales.
Pourquoi Goupil? L’ancien nom du renard est une des formes animales du trickster (fripon), archétype mythique présent dans toutes les cultures. On le retrouve sous la figure du clown (tiens, tiens?), ce sage fou, rusé et passeur entre les mondes… Audacieux, il propose un autre regard, miroir des absurdités de notre temps…
La philosophie et les interventions de Goupil se fondent principalement sur ce «fripon-trickster». Spontanés mais n’imposant rien, disponibles à ce qui est et en relation constante avec l’autre, Valérie et Sébastien proposent un espace-temps où la personne rencontrée peut, si elle le souhaite, se (re)connecter à son propre pouvoir.
Dans les couloirs de l’institution (maison de repos, hôpital ou centre de soins…), le clown, par sa seule présence décalée, incongrue, ouvre une brèche… Par l’écoute, la relation et le jeu, il donne à la personne la possibilité de (re)prendre la parole.
Bien que la démarche puisse paraître différente, les ateliers de théâtre action, s’accordent à cette dynamique car ils permettent aux participants de s’exprimer, de construire théâtralement une parole collective sur des questions de société. Elle vise à combattre le fatalisme ambiant, à impulser, tant chez les acteurs que les spectateurs, l'idée qu’il est possible d’être acteur-créateur de sa propre vie. L’aboutissement peut, mais sans obligation, déboucher sur une représentation théâtrale.
Par exemple, Félicie Tassion et Théophile Scratch, après une escapade au service oncologie d’un hôpital bruxellois, atterrissent dans le Home Vanhellemont à Anderlecht. Vêtus de leurs nez rouges et sortis d’une garde-robe des années 30-40, ils gambadent tous les quinze jours à la rencontre des résidents. Écoute de ce qui est présent, chansons, voyage dans l’imaginaire,… Ils les invitent aussi à se préparer à l’événement festif du 26 juin de cette année : la présentation d’une création collective issue d’un atelier d’expression, chapeauté par d’autres collègues animatrices. Ce projet est réalisé en partenariat avec le centre culturel Escale du Nord dans le cadre d’un contrat de quartier et avec le soutien du Collectif 1984, compagnie de théâtre-action. Il illustre la préoccupation de Goupil d’articuler axes individuel et collectif.

Joyeusement soutenus par leur «marraine», Catherine Vanandruel de l’asbl Fables Rondes (Clowns à l’hôpital), ils ont récemment intégré la commission Art et santé de Culture & Démocratie, lieu où artistes et soignants tentent de créer des ponts entre leurs deux planètes humaines…
Pendant ce temps, au-dessus des têtes et à côté des cœurs, un «fripon» observe et titille innocemment les contradictions. Entre nuages noirs et soleil ardent, il accroche un fil de sagesse…
> Infos et contact

Valérie Decruyenaere et Sébastien Gratoir

Culture et prison : IncarCréation

IncarCr%C3%A9ation_plan_light.pngÉlaboré par quatre étudiantes de l’IHECS (Institut des Hautes Études des Communications Sociales) dans le cadre de leur travail de fin d’études, le projet IncarCréation est un atelier de fiction radio. Lancé en septembre 2013, celui-ci a été mis en place en octobre 2014 à la maison d’arrêt pour femmes de Berkendael, alors que les activités artistiques et culturelles représentent un espace de libertés généralement jugé incompatible avec l’univers carcéral.
Seuls trois weekends consécutifs leur ont été accordés pour mener le projet à bien. Le premier objectif de l’atelier était de proposer aux détenues un espace de création: les étudiantes souhaitaient que ce projet devienne aussi le leur. De plus, la production d’une fiction sonore va de pair avec une certaine évasion créative.
Afin de recruter des participantes, un dépliant d'information et une liste d’inscriptions ont circulé au sein de la prison. Est alors survenu un obstacle de taille: l’atelier avait lieu durant les heures de visites et celles consacrées aux cultes. Quelques détenues se sont inscrites malgré tout, mais seules deux d’entre elles se sont présentées à la première séance. La déception des étudiantes a été de courte durée, puisque les candidates ont convaincu deux de leur codétenues – dont une anglophone – de se lancer dans l’aventure. Bien que la condition de départ était de parler couramment le français, la barrière de la langue a finalement été dépassée avec brio.
Lors des séances, les participantes ont échangé leurs idées, les ont mises bout à bout et ont élaboré leur histoire. Avec l’aide et le soutien des étudiantes, elles ont créé leurs personnages et leur ont donné vie, sous couvert d’un anonymat imposé par l’administration pénitentiaire.
Malheureusement, les détenues n’ont pas eu l’opportunité de prendre part au montage de leur production: le court laps de temps octroyé pour le projet ne permettait pas de les impliquer jusqu’au bout de l’aventure. Ce sont donc les étudiantes qui se sont chargées de mêler des sons de l’extérieur aux voix des participantes pour faire naître leur histoire.
Au total, ce sont plus de vingt heures d’enregistrement qui ont été nécessaires pour réaliser une fiction sonore de quinze minutes, et quelques capsules dévoilant les impressions des huit femmes. En bout de course, la promesse de valoriser leur travail en partageant cette expérience en-dehors des murs. Une belle aventure humaine à découvrir.
> Voir le site IncarCréation

Mélissa Santantonio

Deux jeunes musiciens sur les océans pour combattre la pauvreté et le sous-développement

Le lundi 21 juillet 2014, le Florestan a largué les amarres pour un tour du monde à la voile. À son bord, deux jeunes musiciens amoureux de la mer. Tout au long du périple, ils contribueront à faire de la musique un moyen de lutte contre la pauvreté et le sous-développement. Ils s’engagent aux côtés de l’ONG belge Music Fund, reconnue par la Commission européenne et l’ONU pour son action en faveur de l’enseignement de la musique à travers le monde.
Des cours de musique donnés dans les conservatoires partenaires de Music Fund, l’organisation de concerts, l’observation et la description de la situation de l’enseignement musical à travers le monde ou encore la réalisation d’un film documentaire sont quelques-uns des moyens qu’ils déploieront pour mener à bien cette mission.
Un projet à découvrir, partager et pourquoi pas, à soutenir.

Sabine de Ville

Lettre du Florestan – 15 avril 2015

img_4129.jpg?w=640&h=427Il faut un certain temps pour que la vue s’accoutume à l’obscurité du lieu. Encore un peu plus de temps pour que l’oreille perçoive et comprenne ce qui s’y trame. Dans le noir, Haendel Léon donne des cours de piano. La classe est un ancien garage. Jusqu’il y a peu, une ampoule économique diffusait juste ce qu’il fallait de lumière, mais aujourd’hui, l’école doit faire sans électricité. Le tonitruant tintamarre provient de trois pianos joués simultanément par six pianistes en herbe. Nous sommes à Cap-Haïtien, dans le nord de la République d’Haïti, au Cemuchca, une petite école de musique fondée en 2007. Comme tous les professeurs de l’école, M. Haendel est bénévole. Et comme tous ses collègues, il doit s’adapter à l'extrême exiguïté d’un lieu où transitent pourtant chaque jour des dizaines d’élèves. Les portraits de Beethoven, Vivaldi ou Bach affichés aux murs parlent d’eux-mêmes: ici on enseigne et on pratique la musique classique. Pour le plaisir d’abord, mais aussi pour sa dimension sociale et pour les liens qu’elle permet de tisser entre les individus. Toutes les classes sociales s’y côtoient. De l’élite locale aux jeunes des quartiers les plus démunis, à l'image de l’immense bidonville qui s’étend en marge du centre historique de la ville.

Le Cemuchca bénéficie désormais d’une aide structurelle de l’ONG belge Music Fund. De nombreux instruments de musique sont livrés régulièrement, et des formations en lutherie sont proposées aux musiciens. Lorsque nous avons quitté Nieuport le 21 juillet dernier à bord de notre voilier Florestan, c’était avec l’intention de soutenir et de promouvoir l’objectif de cette remarquable petite organisation. Un tour du monde de deux ans par l’équateur afin de mettre en lumière le potentiel de la culture comme outil de développement. 50 000 kilomètres à la voile, à la rencontre de musiciens qui, tels Haendel Léon, transmettent leur passion et leurs connaissances dans des contextes politiques, économiques et sociaux difficiles. Une circumnavigation pour souligner l’universalité de la musique et pour signifier la nécessaire implication de nos institutions culturelles européennes auprès des acteurs de terrain de par le monde. Quatre semaines au Cap-Haïtien nous ont permis de prendre la mesure des besoins d’une école comme le Cemuchca, mais aussi de l’ouverture d’esprit et de la détermination de ses responsables. Les nombreuses heures de cours que nous y avons dispensées dans des domaines aussi variés que le solfège, la pédagogie, la gestion ou la comptabilité ne sont qu’une goutte d’eau dans l’océan. Mais elles nous ont laissé entrevoir tout l’intérêt d’un tel échange ainsi que le potentiel inouï du projet en matière de cohésion sociale et de développement personnel et collectif.
Aujourd’hui, Florestan a repris la mer. Devant l’étrave, de nouvelles perspectives de rencontres et de collaboration, dans le sillage de l’une des expériences humaines les plus fortes qu’il nous ait été donné de vivre. Une conviction aussi: celle que nos politiques culturelles se construiront à l’avenir sur le dialogue avec les pays du Sud et que, à l’instar du postulat de Music Fund, une telle approche sera source de développement. De part et d’autre.

Jérôme Giersé (organiste, directeur artistique adjoint de BOZAR MUSIC) et Alexandra Gelhay (musicologue)
http://florestanaroundtheworld.com

Fred Deltenre, «Y’a plus d’boulot» (2015, CD autoproduit)

fred_2.jpg?itok=X3zmQpfPFred Deltenre, plutôt formé au dessin et actuellement formant les jeunes au dessin (au 75), a commencé la guitare et la chanson il y a quinze ans. En artisan obstiné et perfectionniste. La livraison de son dernier CD autoproduit permet de mesurer le chemin parcouru, le travail accompli pour construire un style et affirmer une personnalité. À l’heure où beaucoup de chanteurs et chanteuses, quels que soient leurs discours, critiques ou pas, se fondent dans l’idéologie du marché fade de la musique industrielle, Fred Deltenre a choisi l’indépendance et a considéré, au départ, que Woody Guthrie était toujours une inspiration pertinente. Pas seulement pour le jeu des cordes et la manière de tourner les vers, mais aussi dans la manière d’interroger la société, d’être témoin des relations de domination et d’essayer de comprendre la marche du monde. Du coup, pour lui, «chanteur engagé» n’est pas devenu un gros mot. Après avoir officié un certain temps en un duo baptisé Les Terrils, il évolue à présent en solo, en homme-orchestre.
Il forge son répertoire sur le fil de l’actualité qui fragilise nos démocraties, le travail de sape de l’État de droit par le marché capitaliste. Mais surtout, il façonne son jeu et sa voix au contact du public. Il joue énormément, dans de petits lieux, et souvent dans des circonstances qui font sens. Dernièrement à La Carotte pour l’exposition du journal Kairos.
Dans Y’a plus de boulot, il transforme la rengaine sinistre et banalisée qui tend à culpabiliser les chômeurs – si vous ne trouvez pas de boulot, c’est que vous ne cherchez pas bien ou n’êtes pas encore prêts à accepter n’importe quoi comme job – en comptine douce-amère, ballade a capella, retournant le déni social et politique à l’expéditeur, avec humour. L’humour, il le manie bien, dans le jeu de langage, un peu à la Boby Lapointe, et dans la morgue second degré, légèrement cynique, un peu Dutronc. Mais ça ne ressemble qu’à lui, élégant faux naïf.
Depuis l’interrogation sur l’omniprésence de la pub et la compulsion d’achat traitée avec dérision – «Un besoin d’acheter! Oui mais quoi? C’est plus compliqué! Un p’tit coup de pub, c’est réglé» –, en passant par le passionné d’aquariophilie, histoire de décrire avec sensibilité les manières de se créer un monde à soi, plein de subtilités qui semblent étranges aux non-initiés, jusqu’à une version actualisée de l’éternel cocu de la chanson, Fred Deltenre croque des réalités pas souvent dites, il cisèle des textes bien envoyés dont la ligne claire poétique et parfois caustique n’est, malgré les apparences, jamais déconnectée de nos réalités complexes. Entre les chansons, des instrumentaux, harmonica, guitare slide, des blues urbains psychotiques, travaillés au rasoir, virtuosité exacerbée, perles sismographes des fêlures urbaines, subies et ensuite défoulées, jetées. Ou, délicieusement bancales, de petites échappées sonores serinées au coin du feu, bien mijotées et barges. C’est enlevé, aspérités comprises, ce qui fait que ça ne s’use pas facilement.
Évidemment, ce n’est pas distribué, vous le trouvez à l’occasion à la Microboutiek du Nova. Ou en écrivant à l’auteur : fredoryk@yahoo.fr

Pierre Hemptinne

«Le droit de la liberté. Esquisse d’une éthicité démocratique», d’Axel Honneth

product_9782070133642_195x320.jpgC’est une brique au grain dense. Je ne parlerai pas du contenu, simplement de ce qui relève de l’expérience immédiate, physique. L’immanence de la lecture. Les intuitions avant l’appareil analytique. Cela tient évidemment au style d’écriture. Et à l’organisation de la pensée toujours tournée pour transmettre, expliquer, faire comprendre. Le texte, entre lecteur et auteur, est un espace délibératif, d’égal à égal. Le livre est épais parce que la matière est complexe – retracer l’histoire des formes de liberté et de leurs conditions dans nos sociétés – mais aussi parce que l’enjeu est de saisir cette complexité à bras le corps, et d’y tracer des pistes qui peuvent générer luminosité et simplicité. Le ton méthodique, sensible et intelligent fait que l’on progresse dans ce texte touffu avec plaisir, pas à pas, sans jamais se presser. En éprouvant un épanouissement cognitif progressif. Le plaisir attentionnel précède la compréhension et l’examen des propositions (auxquelles l’on peut adhérer ou non). On sent l’auteur attentif à toutes les composantes de la société. Par exemple, il n’oublie jamais le féminin, contrairement à beaucoup d’auteurs qui continuent à écrire comme s’il était normal que le masculin soit le genre universel. La corporéité textuelle d’Axel Honneth communique, via la musique de la méthode rigoureuse qui s’y déploie et parle aux composantes subconscientes de l’intellect, l’impression que l’effort nécessaire pour le comprendre nous rend apte à favoriser l’émergence d’un «espace public démocratique» comme «une sorte de communauté de recherche expérimentale qui examine les conditions sociales d’une coexistence pacifique et développe, à partir de là, une vision commune de ce qui mérite d’être désiré et poursuivi au plan politique» (p. 417). Une sorte de cantate sociologique, austère et enivrante, parce qu’elle dissèque et apporte des lumières.

Axel Honneth, Le droit de la liberté. Esquisse d’une éthicité démocratique, Gallimard essais, Paris, 2015, 590 pages.

Pierre Hemptinne

Coups de griffes

Bouleversement sémantique et politique dans le secteur des arts de la rue, des arts forains et du cirque

Il y a entre ces disciplines d’évidentes similitudes mais aussi des différences subtiles. Vivant tour à tour des dynamiques communes et des replis sur soi, fruits de convergences et d’interactions aussi bien que de besoins spécifiques, un contexte institutionnel commun les associe depuis 2003 dans un même parcours décrétal de reconnaissance et de subventionnement. Portés par des enjeux similaires, parallèles ou complémentaires, c’est sous un seul titre à rallonge que le Décret de 2003 les a reconnues comme formant ensemble une des quatre dimensions constitutives des Arts de la scène de statut professionnel.
Les appellations sous lesquelles ces disciplines étaient appréhendées reflètent déjà pour chacune d’entre elles des diversités multiples – et parfois très sensibles lorsqu’il s’agit de revendiquer un appui public. Ces diversités s’ajoutent à celles déjà connues dans les autres secteurs ou sous-secteurs culturels – entre opérateurs, compagnies, festivals, prestataires de services, etc. – encore accrues des multiples formes de nomadisme propres à chacune de ces disciplines, et parfois à chaque structure.
La FAR, la Fédération qui a cherché à les réunir pour défendre leurs intérêts professionnels et de visibilité institutionnelle (paradoxalement, pour le public, la question se pose là moins qu’ailleurs), a au cours des années subi le contrecoup de la multiplicité de ces classifications à la fois administratives et nées de la nécessité de se définir. Confrontées, comme les autres secteurs des arts de la scène mais avec une plus grande urgence, à la mécanique destructive des politiques libérales, elles ont récemment décidé de rebattre le fer de leurs enjeux communs et des impératifs d’une lutte collective qui se traduiraient dans une politique où les lignes enfin se mettraient à bouger.
Après une première initiative à Latitude 50 à Marchin en 2014, puis encore début 2015 successivement à la Roseraie et au Centre des Arts de la Rue à Ath et réunis en débat de repositionnement le 23 mars au Centre culturel Jacques Franck, de nombreux acteurs très impliqués de ces disciplines y ont opéré un véritable et salutaire bouleversement d’ordre à la fois sémantique et politique: ils ont décidé que leur nouvelle coordination fédérative, en cours de reconstitution, abolira les divisions administratives de leurs champs d’action – rue, cirque, forain – qui les définit mais qui surtout les sépare, pour devenir l’expression commune de leurs spécificités – dont leur approche des publics – et refléter la complexité et la richesse de leurs modalités d’action.
Une communauté d’enjeux et de pratiques que, pour nombre d’entre eux, passions et nécessités les amènent à croiser concrètement, aujourd’hui acteur ou musicien dans la rue, demain circassien, après-demain forain pour autant que cette appellation ait un sens distinct…
Ils se réunissent le mardi 12 mai 2015 de 14h00 à 18h00 à Namur, place du Grognon, sous le chapiteau des Nouveaux Disparus, pour approuver leurs nouveaux statuts.
Des lignes bougeront.

Paul Biot

Les bonnes pages

«Éloge du conflit», Miguel Benasayag et Angélique del Rey, La Découverte, 2012 (1ère éd. 2007), 228 pages

in chapitre « Virtualisation du monde et lutte des “sans” », p.208-210

9782707171528.JPG«Les luttes [des sans] ne recouvrent [pas] seulement les mouvements de ceux qui se retrouvent aux frontières intérieures de la société, là où du multiple, du conflictuel, refuse de s’assimiler à l’unification synchronique. Un chercheur qui défend la recherche fondamentale contre l’exigence utilitariste est un sans. Un enseignant qui résiste à réduire son désir de transmettre ce qu’il enseigne à un “portefeuille de compétences” à faire acquérir à ses élèves est aussi un sans. Un artiste qui refuse de rider son désir de création au profit de la politique culturelle de la ville est aussi un sans, comme un chômeur qui résiste à être “flexible” dans un marché du travail qui n’achète plus ses “compétences”, etc.
Dans cette perspective, les sans le sont en un double sens: d’une part, ils sont “sans” par rapport au modèle dominant, qui les prive de l’accès à la norme ; et d’autre part, ils ne représentent pas un nouveau mode d’agencement, un hypothétique “autre monde possible” qui n’émerge pas encore. Cela n’est du reste pas nécessairement négatif, car c’est l’existence même des sans qui rend possible une résistance. Ils évoquent le sans-forme, l’excès de puissance et de vie sur la norme dominante, excès qui rend possible le déploiement des dimensions de la vie. Dire que les sans sont, dans nos sociétés disciplinaires, la source matérielle d’une résistance, c’est dire que la résistance relève de la création. Le sans-forme est en effet ce qui, ontologiquement, est source de toute création, mais a aussi vocation à s’épuiser dans la forme.
Ce que le devenir-sans nous révèle, c’est que le système-monde ne tient pas, et qu’on essaie de le remplir avec de la discipline. On essaie de suppléer l’absence de promesse avec du contrôle, à travers une unidimensionnalisation utilitaire des pratiques. Et cela produit des actes de barbarie, voire un désir de barbarie. Cela produit surtout des frontières dans lesquelles ceux qui se vivent comme des “sans” expérimentent que le devenir disciplinaire de la société cache un écrasement du conflit. Que le récit utilitariste cache des pratiques sacrificielles massives et irrationnelles. Que le “tout est possible” de la technique se heurte à des asymétries. Les sans désignent tous ceux qui expérimentent que, derrière la virtualisation du monde, le système-monde est en train d’épuiser ses formes. Et c’est ici que, aussi paradoxal que cela puisse paraître, celui qui lutte pour survivre dans un bidonville et l’artiste qui lutte pour que vive sa création ont quelque chose en commun. Même si ce quelque chose se définit plutôt négativement que positivement. Entre ces luttes apparemment éloignées, il existe des croisements insoupçonnés, car elles ont l’une et l’autre à voir avec la recherche d’un réel, mais aussi et surtout avec la découverte des effets de la virtualisation du monde et de son angle mort : le retour du conflit sous des formes barbares.»

L'agenda de nos membres

Conférences, rencontres

Rencontres Art à l’École du CDWEJ

7 & 8 mai 2015 à l’Éden, 18 & 19 mai, écuries de Charleroi/Danses

atelierombre.jpgL’éducation artistique et culturelle est l’une des préoccupations centrales et aussi l’une des plus anciennes de Culture & Démocratie. Le dernier ouvrage de la collection «Neuf essentiels», récemment rendu disponible au format papier, propose comme mentionné plus haut la synthèse des réflexions menées par l’association et la commission Culture et enseignement sur ce thème.
Ce rendez-vous de mai proposé par le CDWEJ et la cellule Culture-Enseignement de la FWB en collaboration avec le Centre culturel régional de Charleroi (Éden) et le Centre chorégraphique de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Charleroi/Danses) est une fenêtre ouverte sur des mises en pratique: «Temps fort de l’opération “Art à l’École”, cet événement rassemble élèves, enseignants, artistes et médiateurs culturels issus de toute la Wallonie. Basé sur l’ouverture et la curiosité, il donne à voir le travail réalisé en classe par les élèves au sein d’ateliers de création menés par un artiste en partenariat étroit avec un enseignant. D’autres artistes invités viendront partager leur travail et proposeront des performances collectives.»

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HH

3ème rencontre de périnatalogie: «Art, Artistes et Périnatalité»

19 mai 2015, ULB - Campus Erasme, Auditoire Bordet (Bât. F), 1070 Bruxelles. Sur inscription.

6000831_orig.jpgL’intervention des artistes en périnatalogie est très peu fréquente en Belgique alors qu’elle est régulière dans les services pédiatriques et d’autres secteurs de la santé: manque de connaissances, manque d’intérêt, manque de moyens ?
Une enquête réalisée en 2013 par la commission Art et santé au niveau des 11 services intensifs de néonatalogie (NIC) de la Fédération Wallonie-Bruxelles révélait que si aucun artiste ne visitait à l’époque les patients hospitalisés en NIC, dix responsables sur onze de ces services étaient disposés à accueillir des artistes. Les responsables se disaient peu au courant de la littérature scientifique concernant le sujet mais tous étaient prêts à participer à une réunion sur la place des artistes dans les NIC.
La Rencontre du 19 mai 2015 permettra aux deux mondes, l’artistique et le scientifique, de dialoguer: l’équipe du Pont des Arts relatera le bilan de ses interventions en périnatalogie et une néonatalogiste passera en revue la littérature scientifique sur le sujet pour montrer l’intérêt et l’importance de certaines interventions artistiques à l’aube de la vie.
La préparation du projet pour la néonatalogie par l’équipe du Pont des Arts a pu se faire dans des conditions idéales grâce aux échanges, conseils et réajustements par le réseau d’artistes français en services intensifs de néonatalogie coordonné par Geneviève Schneider d’Enfance et Musique (Geneviève, dont l’expérience dans ce service a débuté en 2003). Le Pont des Arts fait maintenant partie du réseau. Nous avons retenu l’importance de travailler côte à côte avec les soignants: les musiciens Régine Galle et Nicolas Castiaux ont donc d’abord mis sur pied une chorale avec les soignantes en automne 2013 qui, en 2014, a rendu visite aux parents et à leur enfant deux fois par mois. Le chansonnier s’étoffe sans cesse des propositions des parents, qui nous orientent vers la ou les chansons que leur enfant «préfère», précisent celle qu’il a le plus l’habitude d’entendre, celle qu’il a déjà entendue in utero ou encore celle que les parents ont envie de lui chanter pour la première fois.
L’artiste intervenant en milieux de soins est artiste mais, tout comme le travail côte à côte avec les soignants est d’une richesse illimitée, nous sommes convaincus de l’importance de créer des partenariats avec des chercheurs pour corroborer le travail. Dans les pays anglo-saxons la recherche se penche déjà activement sur l’effet de l’art en milieux de soins et il existe une volonté politique de développer et de parfaire ! Nous souhaitons qu’il en soit de même en Belgique.

Anne Pardou (néonatalogiste) et Inghe Van den Borre (conteuse et chargée de communication du Pont des Arts)

> Programme détaillé et inscriptions: secmed.medfoet@erasme.ulb.ac.be

Expositions

Les jeunes prennent parti

jpp07_04_2015-282x400.jpgDu 13 mai au 21 juin, Aquilone asbl, bvd Saucy 25, 4020 Liège. Vernissage le 13 mai de 18h à 20h30

«Les jeunes prennent parti» est un projet collectif coordonné par le C-Paje qui a, par l’intermédiaire de douze associations partenaires, donné la parole à 100 jeunes sur le thème de la crise financière et de ses impacts. Ces jeunes se sont rencontrés à plusieurs reprises en 2014 et 2015 pour « questionner la démocratie et ses réalités sociales avec leurs animateurs » et ont réalisé à l’issue de ces discussions une série d’affiches qui seront exposées dès la semaine prochaine dans les rues de Liège mais aussi dans plusieurs lieux partenaires (dont PointCulture et l’asbl Aquilone), et bien sûr sur le site du projet.
Une invitation à «sortir un moment de la file d’attente “pensée unique”»!

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HH

La grande évasion par les mots, la parole libérée

Du 11 au 28 mai 2015, prison de Saint-Gilles. Vernissage le 11 mai de 10h à 12 à la prison de Saint-Gilles (salle des visites)

«“Ne soyons pas dupes, ne soyons pas hypocrites, nous avons les prisons que nous méritons. La prison est tout simplement le reflet de notre société. Le reflet inversé, mais le reflet quand même, comme un négatif photographique, l’envers du miroir. Ce miroir nous renvoie un visage défiguré de nous-mêmes. Il faudrait avoir un jour le courage de le regarder en face.” Nous engageons chaque élu, citoyen et intervenant carcéral à oser ce face à face», écrit Juliette Béghin en citant Édouard Delruelle dans Caverne et démocratie, une publication de Culture & Démocratie tout récemment parue au format papier.
L’exposition «La grande évasion par les mots, la parole libérée» organisée par le SLAJ-V dans le cadre de «La langue française en fête» est justement le reflet d’un tel face à face : elle présente des «regards croisés entre des citoyens détenus et des citoyens en liberté».

> Pour plus d’infos, contacter Amandine Jansen amandine.jansen@slaj.be

HH

Dernières nouvelles

Appels

Appel à collaborations artistiques pour le projet «Caravane» des Centres culturels bruxellois

Remise des dossiers avant le vendredi 29 mai

La Région bruxelloise a enfin son projet d’action culturelle commune. Depuis peu, sous l’égide de la Concertation des Centres culturels bruxellois, le projet «Caravane» se développe.
L’appel comporte deux volets d’actions, l’un touchant à la création de l’objet mobile qui sera amené à circuler dans divers lieux de la capitale dès la rentrée de septembre 2015, et l’autre davantage centré sur la participation des publics, dans un souci de mieux appréhender la médiation culturelle dont on nous parle tant à l’heure actuelle.
En effet, face au cloisonnement quotidien, lié à la difficulté pour chacun de sortir de sa zone de confort et de s’aventurer hors de ses limites habituelles, le projet souhaite encourager chacun à prendre le risque de se perdre. Parce que se perdre, c’est inquiétant mais aussi stimulant et agréable. Se perdre, c’est à la fois explorer l’inconnu, favoriser la découverte et la rencontre, la confiance en soi et en l’autre. Parce que souvent, pour (mieux) se trouver, il faut d’abord accepter de se perdre : un peu, beaucoup, passionnément…
À tous les artistes que cette belle aventure humaine interpelle, vous avez jusqu’au 29 mai pour soumettre votre candidature.

> Plus d'infos

Béatrice Minh

Publications

Les éditions de l’Attribut lancent la revue NECTART

e0d10207dd3bc644459ef2f20742a2.pngLes éditions de l’Attribut lanceront cet été la revue NECTART, une publication semestrielle qui a pour ambition de «lier enjeux culturels, tendances artistiques et nouvelles technologies». Basées à Toulouse, les éditions de l’Attribut fêtaient récemment leurs 10 ans: elles ont publié depuis 2004 plus de 30 ouvrages visant à sensibiliser «le public le plus large possible aux politiques culturelles et à des démarches artistiques originales». La qualité et la pertinence de leur ligne éditoriale est reconnue par de nombreux professionnels du milieu culturel mais pas seulement, puisque la maison a à cœur de proposer des ouvrages accessibles à tous. On retrouve notamment à son catalogue des auteurs comme Marie-Christine Bordeaux, Jean-Gabriel Carasso, Jean Hurstel ou encore Serge Saada, qui ont contribué parmi d’autres et plus ou moins directement aux réflexions portées par Culture & Démocratie.
Le premier numéro de la revue NECTART proposera des articles tels «Politique culturelle: l’offre ou la demande?», «Les musées, enjeux de compétition mondiale» ou encore «Liberté artistique et droits culturels». Les éditions de l’Attribut lancent aussi une collecte de fonds pour financer le projet. Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site.

HH

Participation

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70, rue Emile Féron - 1060 Bruxelles
Tél. : 02/502 12 15

Courriel : info@cultureetdemocratie.be

Cette lettre d'information a été réalisée par Paul Biot, Christelle Brüll, Valérie Decruyenaere, Baptiste De Reymaeker, Sabine de Ville, Maëlig Feron, Sébastien Gratoir, Pierre Hemptinne, Hélène Hiessler, Béatrce Minh, Anne Pardou, Mélissa Santantonio, Catherine Vanandruel, Inghe Van den Borre et Georges Vercheval grâce au soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Image de Marat, dont les dessins sont notamment publiés dans le journal El Batia Moûrt Soû, et que l'on retrouvera prochainement dans le Journal 38 de Culture & Démocratie.