Culture & Démocratie

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13/12/2017 n°90

La
lettre

Éditorial

Une année incertaine et troublée se termine, une autre s’ouvrira sous peu, lourde de ses inconnues et riche de ses possibles. Parions. Il y aura des musiques et des danses, de la création – écritures, images, scènes – des solidarités, des élans et des idées nouvelles. Parions. Le meilleur n’est pas impossible, il est fait de volonté, de courage et d’obstination.

Coopération, équité, partages, rencontres, nouvelles formes de la « vie ensemble » : il y en eut en 2017, nous en rendons compte dans chacune de nos Lettres. Il y en aura encore. Parions.

Sabine de Ville

Présidente de Culture & Démocratie

La vie de l'association

L’agenda de Culture & Démocratie

Rendre le numérique habitable – Dominique Boullier

2ème conférence du cycle pour un numérique humain et critique, saison 3

Le 16/01/2018 de 10h30 à 12h00 au PointCulture Bruxelles. 5€

Plutôt que de rendre « la ville » « intelligente », le numérique pourrait-il contribuer à la rendre plus habitable et pourrions-nous restituer de l'urbanité à notre environnement numérique ?Numérique habitable

Pour cela, deux mouvements sont nécessaires, l'un qui reconstitue l'espace des choix politiques dans les décisions d'architectures techniques, l'autre qui reconstitue un possible habitat dans notre personal data ecosystem. Dans les deux cas, l'emprise et la prédation des plates-formes empêchent désormais l'urbanité qui devrait pourtant constituer la finalité de la ville comme « devenir avec » notre cosmos. Produire une habitèle, pour notre cosmos numérique, constitue un objectif politique de réorientation des innovations pour les applications urbaines comme pour les dispositifs les plus personnels. Car nous sommes capables d'habiter et non seulement de loger comme nous le faisons chez Facebook ou Google.

Intervenant : Dominique Boullier, sociologue du numérique.
Professeur de  sociologie, Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne, (EPFL), digital Humanities Institute. Docteur en sociologie (EHESS), HDR en Infocom, diplômé de linguistique. Chercheur contractuel sur les usages des TIC et la sociologie urbaine à Rennes (1981-1989), chercheur à UC Berkeley (1985-1986), chef d’entreprise (1989-1996). Directeur de Costech, UT Compiègne (1998-2005). Directeur de Lutin User Lab, Cité des Sciences (2004-2008), directeur scientifique du médialab de Sciences Po avec Bruno Latour (2008-2013). Spécialisé dans les enjeux socio-politiques du numérique. Dernier ouvrage paru : Sociologie du numérique, Paris, Armand Colin, 2016.

Ongles rouges

Documentaire écrit et réalisé par Valérie Vanhoutvinck. ©2017 Hélicotronc.

Une gorge, des mains aux ongles rouges, des jambes, un visage… Des images morcelées qui finissent par former le portrait en mosaïque, touchant, vivant et bruyant de sept femmes. Des femmes qui s’activent, rêvent, dansent, ressentent, parlent et rient, liées par les gestes du quotidien, qu’elles soient « dedans » ou « dehors ». Leurs rencontres, au sein de la prison, sont rythmées par des percussions endiablées, tandis que l’éloignement (et parfois l’isolement) physique se ressent dans les respirations épistolaires. À travers le récit textuel, oral et visuel de leur peau et de leur corps, on découvre à l’écran leurs forces, faiblesses, meurtrissures, cicatrices, fossettes et taches de rousseur qui les rendent belles, drapées dans leur humanité.

Le regard inhabituel du documentaire est profond, sous ses apparences d’effleurement, et n’impose rien au spectateur, qui peut se laisser émouvoir par la poésie des images. Si ce n’est pas son propos principal, il participe tout de même à la déconstruction de notre vision conditionnée de la vie en milieu carcéral. À l’immobilisme, l’ennui et l’isolement que l’on imagine généralement se substituent un affairement constant et une promiscuité imposée sans être forcément subie.

Le temps très long de création, par rapport au temps extrêmement court de tournage, aboutit à l’exploit de présenter le récit à la fois spontané et réfléchi d’un dialogue entre deux réalités qui n’ont pas l’habitude de communiquer. La volonté est clairement de maintenir et développer ce lien, en donnant notamment l’occasion au public d’envoyer des cartes postales aux protagonistes et en programmant des projections autant en milieu carcéral qu’à l’extérieur.

Morgane Degrijse

Agenda 

Cinéma Aventure – (Rue des Fripiers, 15 – 1000 Bruxelles)

  • Lundi 18 décembre 2017 à 19h30 : Séance-rencontre avec la réalisatrice et Dominique Deshayes, coordinatrice "Femmes" d'Amnesty International.
  • Mercredi 17 Janvier 2018 à 19h30 : Séance-rencontre avec la réalisatrice et Baptiste De Reymaeker, coordinateur de Culture & Démocratie.
  • Projection au sein de l'établissement pénitentiaire de Berkendael le mardi 9 janvier 2018 
    (Projection à destination des personnes détenues et du personnel pénitentiaire, non accessible au public)

Centre culturel Les Grignoux – Cinéma Le Parc – (Rue Paul-Joseph Carpay, 22 – 4020 Liège)

  • Lundi 15 janvier 2018 à 20h : Projection en partenariat avec les associations Philocité et Cefoc.
  • Projection au sein de l'établissement pénitentiaire de Lantin le vendredi 22 décembre 2017 (Projection à destination des personnes détenues et du personnel pénitentiaire, non accessible au public)

> Pour plus d’informations 

Dernières nouvelles

Culture & Démocratie s'associe à United Stages

Le secteur culturel uni pour les réfugiés

L'année 2017 a débuté par un appel lancé à tout le secteur culturel face aux horreurs de la guerre en Syrie et à l’afflux de migrants, premières victimes d’une politique d’accueil inhumaine. Pour exprimer haut et fort son soutien aux populations civiles en danger un peu partout dans le monde, victimes de ces violences ou de toute autre forme de mise en danger, le secteur culturel belge a souhaité utiliser les forces vives des arts vivants et du monde associatif ainsi que la proximité qu’ils entretiennent avec leurs publics pour initier des actions concrètes porteuses d’un changement positif pour leurs bénéficiaires.

De nombreux acteurs du secteur culturel se sont alors réunis durant plusieurs mois afin de les initier. De leur envie de s’unir et de s’engager est née la création d’un label : « United Stages ».

Une « United Stage » est une scène qui marque son engagement vers une politique migratoire basée sur l’hospitalité, le respect des droits humains et les valeurs de solidarité. Sous le label United Stages, les acteurs culturels signataires de la charte ont lancé une récolte de fonds à destination d’associations humanitaires (ne bénéficiant pas de soutiens structurels et institutionnels) œuvrant, en Belgique ou ailleurs, en faveur de populations civiles touchées par les violences dans des zones de conflit.

De son côté, Culture & Démocratie reverse 1,5€ au label à chaque vente d'un exemplaire de la revue Archipels #2, «Langues d'exil».

La première association à en bénéficier est La Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés, un mouvement citoyen qui souhaite « construire de la solidarité concrète avec tou.te.s les migrant.e.s. et qui dénonce et veut combattre les politiques migratoires belges et européennes actuelles ».

Les scènes partenaires de United Stages s’engagent également à soutenir les actions du secteur associatif en les partageant et les diffusant auprès de leur public. Elles soutiennent notamment celle des « Communes hospitalières », portée conjointement par des associations, des collectifs et des citoyens qui souhaitent voir leur commune s’engager pour une politique migratoire basée sur l’hospitalité, le respect des droits humains et les valeurs de solidarité.

 

 

 

Les partenaires

Les cosignataires du Label United Stages sont à ce jour : Le 140, La Bellone, Le Boson, Midis de la poésie, Théâtre la Balsamine, Théâtre Varia, Théâtre de l’Ancre, Action Sud CCR, Association des Centres Culturels, Réseau des Arts à Bruxelles | Brussels Kunstenoverleg, Globe Aroma, Théâtre Océan Nord, Choux de Bruxelles, Kaaitheater, Met-x Movingmusic, La Vénerie : Centre culturel de Watermael-Boitsfort, La Tentation, Passa Porta, La Maison de la Création, La Montagne Magique et Culture & Démocratie

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Publications

Cahier 07 – De quoi les Capitales européennes de la Culture sont-elles le nom ?

 Le projet des Capitales européennes de la Culture (CEC) suscite-t-il oui ou non un sentiment d’appartenance à une culture et à une mémoire européennes ? Les CEC sont-elles l’occasion d’un projet politique et culturel partagé au sein des communautés urbaines et au-delà ? Sèment-elles, durablement ou non, de nouvelles manières de faire culture et de faire société ? Créent-elles un commun européen ou sont-elles, comme d’aucuns le pensent, une entreprise plus économico-touristico-urbanistique que culturelle ? Peuvent-elles inspirer un autre projet européen à l’heure où la revitalisation de celui-ci s’impose ?

 Ces questions ont animé la réflexion portée lors de la journée d’étude organisée à Mons le 28 avril 2017 par Culture & Démocratie et précédée la veille d’une projection du documentaire La fête est finie sur Marseille-Provence 2013, dont ce Cahier 07 propose les actes. Ils viennent compléter le dossier du Journal de Culture & Démocratie n°43 – « Ce que sèment les Capitales européennes de la Culture » en réunissant des points de vue divers qui interrogent le dispositif des CEC et, au-delà, le projet européen. 

 

Pour aller plus loin :

Lire ou relire le Journal de Culture & Démocratie n°43 – Ce que sèment les Capitales européennes de la Culture.

À paraître

Neuf essentiels pour penser la culture en commun(s)

Parution janvier 2018

Envisagés comme manière spécifique de gérer une ressource, comme principe politique offrant une alternative au capitalisme ou encore comme l’ensemble des activités citoyennes fondées sur la participation, les communs interrogent les modèles dominants. Ce « Neuf essentiels » se propose d’éclairer les différentes représentations, pratiques et enjeux attachés à cette notion, et se penche plus particulièrement sur leur inscription dans le champ culturel. On y trouvera des balises claires pour comprendre le cadre théorique et pratique dans lequel ils s’inscrivent aujourd’hui, ainsi qu’une série de réflexions plus ciblées sur leur dimension juridique, leur articulation à la notion de droits culturels, leur mise en pratique en contexte artistique, mais aussi dans le champ du savoir ou du numérique.

Quelques points d’achoppement – autour de l’importance de la créativité des juristes, du rôle de l’État dans un contexte néolibéral répondant aux logiques de marché ou encore de la difficulté de trouver un langage critique accessible et appropriable autour de la notion de commun ­– émergent de plusieurs contributions : autant de réflexions à approfondir, mais dont ce « Neuf essentiels » se veut l’amorce. 

Journal de Culture & Démocratie n°46

Parution janvier 2018

Notre Journal 46 explorera la question de la langue. Espace de construction de soi dans la faculté peu à peu déployée de dire le monde et soi-même, de se relier, de partager, de raconter, espace de libertés infinies et souvent insoupçonnées. La langue est aussi, à contrario, le lieu de l’imposture et de la domination, explicites ou implicites. C’est peu de dire, notamment, que la globalisation et la toute puissance de la sphère économique et managériale transforment nos langues, nos manières de dire et partant, nos manières de faire.

Nous aborderons les registres de la langue par des entrées multiples, du numérique aux ateliers d’écriture, de la poésie à la langue des lieux – école, prison, entreprise ou hôpital – , de la langue policière à celle, imposée depuis peu, des travailleurs sociaux, de l’explicite à l’implicite, des métissages aux ségrégations langagières de tous types.

Coups de cœur

Peinture habitée, peinture habitante

Par Pierre Hemptinne – Directeur de la médiation culturelle à PointCulture

Jean Glibert peint, de couleurs et lumières, à même lieux publics et architectures privées ou collectives. Créateur de l’Atelier d’Espaces urbains et ruraux à La Cambre (1975), il fonde une pratique sensible qui éclaire nos relations à l’espace, aux lieux de vie. La Fédération Wallonie Bruxelles et Bozar lui rendent hommage. Mais comment s’éprouve cette peinture en bâtiment ? 

Je ne pense pas qu’il soit aisé de reconnaître pleinement ce qu’est le travail du peintre en bâtiment. Je ne pense pas que, du fait que cette peinture s’applique directement sur des lieux de vie, dans la rue, elle s’appréhende et s’expérimente forcément sans barrière symbolique à franchir, sans initiation. Au fur et à mesure que la peinture s’éloigne de la toile, ou de ses autres supports académiques, ne complexifie-t-elle pas les règles du jeu en rendant l’expérience esthétique beaucoup plus globale, enveloppante ?  Celle-ci, prise dans les jeux de surface et volumes ordinaires, imprégnant leurs textures ou juste posée là à la manière d’un nimbe provisoire (on songe aux lumières d’un arc-en-ciel, très vives puis s’estompant), comme toute peinture de bâtiment, peut passer inaperçue, être vue sans forcément être identifiée, fondue dans l’environnement, en harmonie immanente ou d’un hermétisme transparent. Intercalée dans le trop plein de choses qui accaparent l’œil, là, perdue, elle cultive, selon moi, l’art de la lettre volée. Elle est là dans une évidence qui la cache. Même dans les réalisations les plus éclatantes, les moins discrètes, je pense que beaucoup de personnes qui les voient ignorent que cela s’inscrit dans un engagement artistique réfléchi, inscrit dans la durée (il n’en va pas de même quand leurs présentations interviennent dans un cadre artistique bien défini, genre « exposition de groupe »). Et pourtant, une fois qu’on réalise sa présence, filtrant la saturation des formes, couleurs et volumes, désintricant le fouillis, y distillant une distinction, un début de lecture, une possibilité de résonner autrement avec ce qui nous entoure, de capter des scansions, des lumières, des respirations, des récits, se fait jour. Comme toute chose invisibilisée du fait d’être trop vue ou de se camoufler au sein du trop vu, elle peut certes modifier la perception du milieu qu’elle infiltre. Est-ce cela l’impact de ce que l’historien de l’art appelle mettre l’architecture « sous tension » ?

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Au-delà des frontières

Du 09 au 30 novembre 2017, La Concertation ASBL – Action Culturelle Bruxelloise, le CPCP (Centre Permanent pour la Citoyenneté et la Participation), l’ISFSC (Institut Supérieur de Formation Sociale et de Communication) et une cinquantaine d’autres associations bruxelloises ont décidé ensemble de faire le mur[1]. Ensemble nous nous sommes autorisés pendant trois semaines à sortir de nos habitudes et à créer de nombreuses occasions pour déconstruire les « murs de la honte »[2].

Travaillant quotidiennement en action et en réflexion à plus d’ouverture, de reconnaissance et de respect mutuels des différences, et de connexion entre les populations bruxelloises, La Concertation ASBL souhaitait continuer à mettre en débat la notion de frontière. Cette notion, déjà abordée en 2015-2016 avec le projet MURS MURS – centre culturel mobile[3], peut être perçue à la fois comme négative et positive. Les frontières représentent des limites qui empêchent la création de liens. Elles donnent aussi le sentiment d’être protégé, en sécurité. Elles symbolisent également la réalité des différences.

Le souci ne nous semble pas être les différences. Ce qui pose question aujourd’hui ce sont, d’une part, les démarches mises en œuvre pour respecter les identités des individus et, d’autre part, la manière dont nous réfléchissons et agissons à une véritable vision commune de la société que nous souhaitons pour le futur. 

Le projet Faites le mur ! a été l’occasion pour La Concertation ASBL de pousser la porte d’une Haute école bruxelloise. L’école, lieu privilégié de transmission des cultures, est un véritable levier pour l’équité sociale quand elle fédère les secteurs, quand elle s’ouvre à des partenaires extérieurs et quand elle implique activement les étudiants dans le processus. L’éducation culturelle passe par des actions qui permettent la connaissance de chacun.e dans le respect des identités singulières car « la singularité de soi permet de reconnaître celle de l’autre »[4]. Elle donne envie d’avoir une vie culturelle et développe l’implication de chaque individu dans le collectif.

L’enjeu principal qui est ressorti est de créer des opportunités de rencontres, de rassembler les personnes, de se sentir bien ensemble autour de choses que nous avons en commun et qui nous permettent de grandir. Robert Laffont a écrit : « […] l’homme peut se détruire pour des frontières, alors qu’il sait fraterniser pour une œuvre commune. »[5] 

Catherine Dauvister – La Concertation ASBL 


 

 

En partenariat avec La Concertation ASBL – Action Culturelle Bruxelloise, le Centre Permanent pour la Citoyenneté et la Participation (CPCP) et l’Institut Supérieur de Formation Sociale et de Communication (ISFSC). Avec le soutien du Service public francophone bruxellois (COCOF) et de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB).

_____________________ 

[1] L’expression « faire le mur », qui se disait avant le XXe siècle « sauter le mur », signifie quitter un lieu sans autorisation.

[2] L’expression « mur de la honte » fut utilisée pour désigner le mur de Berlin. Elle est aujourd’hui employée pour parler d’un mur dont les initiateurs de la construction soutiennent la séparation.

[3] Pour plus d’information sur MURS MURS – centre culturel mobile, voir le site : www.centreculturelmobile.be

[4] CORNIL, Jean (2015, hiver) « Frontières, limites et désirs d’infini », dans Agir pour la culture, n°44, p. 10.

[5] LAFFONT, Robert et LOZEREC’H, Brigitte (2005), Une si longue quête, Paris, éd. Carrière, p. 91.

Les petits gestes qui sauvent

Ongles rouges, documentaire écrit et réalisé par Valérie Vanhoutvinck. ©2017 Hélicotronc.

Par Pierre Hemptinne – Directeur de la médiation culturelle à PointCulture

D’emblée, mais lentement, un jeu de correspondances s’installe dont il est difficile de maîtriser tous les tenants et aboutissants, d’embrasser tout ce qui entreprend de (se) correspondre. Il ne s’agit pas simplement d’un procédé narratif convenu selon lequel un récit se construit au fil de la lecture de lettres que des personnes, séparées, s’écrivent et s’envoient à intervalles réguliers ou irréguliers, pour distendre et aérer l’absence qui les enveloppe. Cela ne se passe pas uniquement sur l’écran, ça déborde de l’image. Ce qui s’échange est plus vaste et touffu, plus hasardeux, ce sont des corps et leurs mémoires, leurs présents et leurs passés, des mondes de certitudes et des univers de doutes, des traits de lumières et des trous d’ombres. Au risque d’embrouiller les choses, mais peut-être en ont-elles besoin aussi, il faudrait évoquer les Correspondances de Baudelaire, les impressions que ce poème dégage. Être dans un lieu et soudain sentir qu’il se dédouble, le percevoir hanté par un agencement ou une architecture contemporaine mais située ailleurs, un site symétrique mais antérieur et qui se met à voyager dans le temps, qui revient. Dans l’état de correspondance, tout ce qu’enregistrent nos sens s’accompagne d’étranges échos. Tout ce que nous sommes en train de vivre, de dire, de faire, nous avons l’impression de l’avoir déjà vécu ailleurs, dans d’autres temps, ou nous avons la conviction que d’autres sont en train d’éprouver des choses semblables à celles qui viennent nous occuper l’esprit, affecter nos états d’âme. Les barrières, physiques ou mentales qui, en temps normal, empêchent de connaître des situations extérieures à nos réalités, s’estompent. « Comme de longs échos qui de loin se confondent/dans une ténébreuse et profonde unité/Vaste comme la nuit et comme la clarté/Les parfums, les couleurs et les sons se répondent. »

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Carnet de notes d’un prof à l’école

Hasard et Poésie

Par Sébastien Marandon – professeur de français, membre de la commission Culture et enseignement de Culture & Démocratie

 

« Aller en mer, affronter l’incertain et passer la planche »

Pascal, Pensées.

Répartie sur deux jours consécutifs – une journée du hasard et une journée de la poésie –, les élèves de 5 et 6 TQ de l’Institut Saint Joseph (14 rue Félix Hap, 1040 Bruxelles) plongent dans une aventure philosophique et pédagogique.

Le matin de la journée du hasard, par groupe de cinq, ils jouent aux dés leurs destinations sous les panneaux des départs des gares du Midi, Nord et Centrale. Une fois dans le train, ils sont accompagnés, non par un enseignant (ils partent seuls durant toute la journée) mais par un protocole qui règle leurs déplacements en ville et qui donne des consignes de recherches, de rencontres et de collectes sur la voie publique. 

Le lendemain, les élèves participent à des ateliers artistiques à l’école, nourris des hasards et des glanages de la veille, et présentent collectivement le résultat de leurs travaux l’après-midi.

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L'agenda de nos membres

Parution

Alternatives théâtrales # 133 – Quelle diversité culturelle sur les scènes européennes?

Novembre 2017 – 80 pages – 15 €

La faible présence d’artistes issus de l’immigration sur les scènes européennes (théâtre, danse, cirque, musique, marionnette, arts de la rue…) constitue un malaise grandissant au sein de nos démocraties représentatives : elle rend perceptible l’ambivalence de la figuration stéréotypée de l’altérité héritée de notre histoire et révèle la fracture coloniale de notre champ culturel. Ce numéro réunit les acteurs des mondes de l’art autour d’une mise en perspective historique et d’une comparaison internationale destinées à interroger l’inconscient culturel à l’œuvre derrière la notion ambivalente de diversité. Son ambition est de mettre en évidence les facteurs de blocage persistants à la diversification des plateaux, des salles et des équipes, tout autant que les leviers susceptibles de permettre de sortir de logiques d’assignation préjudiciables à l’émergence d’une politique de l’altérité vulnérable aux récupérations idéologiques, identitaires ou communautaires.

> Commandes et infos

Expositions

Virages – Parole/Saporosi

 Vernissage le 15/12 à 18H. Exposition les 16 & 17/12 de 14h à 18h. 9, Rue de Belgrade 1190 Forest.

Allez voir l’exposition « Virages ». Les images sont constituées de l’addition des photographies de Sophie Saporosi et des écritures de Parole formant un geste, une gestuelle commune.

Le résultat, combinaison de l’opacité de l’encre de chine du peintre et du négatif, révèle des images originales, sensibles et contagieuses.

À ne rater sous aucun prétexte.

 

Renaud De Heyn – Sortir de l’enfermement

Du 30/11 au 27/01 PointCulture Bruxelles

Du mardi au samedi de 11h à 18h30 | Entrée libre

 PointCulture présente le récit graphique de Renaud De Heyn.

Bruxelles est une enclave. À sa frontière, les vaches broutent devant des tours d'immeubles mais des projets immobiliers aux bénéfices juteux se multiplient : le stade de foot, des centres commerciaux et le projet de la plus grande prison de Belgique à Haren.

Renaud De Heyn, artiste engagé, signe notamment « Carceropolis » dans la Revue XXI où il met en images la situation actuelle des prisons bruxelloises et le projet de « méga prison » à Haren.

Une occasion pour s’emparer d’une estampe originale et numérotée par l’artiste (8 €) !

> Plus d’infos sur l’exposition

Participation

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Culture & Démocratie
70, rue Emile Féron - 1060 Bruxelles
Tél. : 02/502 12 15

Courriel : info@cultureetdemocratie.be

Merci à Catherine Dauvister, Morgane Degrijse, Sabine de Ville, Pierre Hemptinne, Sébastien Marandon et Joël Roucloux pour la rédaction et la préparation de cette lettre d'information.

Image : ©Olivier Sonck, dont les images accompagnent le Journal de Culture & Démocratie n°46, à paraître en janvier 2018.