Michel Goyon, La Maison de Barbe Bleue, Hommage à Adolf Wölfli, 1987-2000. (c) Ilan Weiss
Michel Goyon, La Maison de Barbe Bleue, Hommage à Adolf Wölfli, 1987-2000. (c) Ilan Weiss
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Agora

Art contemporain, curiosité et démocratie : espèces menacées

Pierre Hemptinne, écrivain et membre de Culture & Démocratie

15-09-2026

La Biennale d’Enghien, une fois de plus, dans un cadre magnifique, excite la curiosité pour ce que l’art contemporain a de plus subtile, sensible, pluriel. Elle renouvelle l’expérience que cette curiosité se heurtera peut-être à des formes qui, de prime abord, ne sont pas comprises, ne disent rien. Puis, dans la patience, qu’elles libèrent des sensations inédites, des sentiments à apprivoiser, la joie d’accueillir de l’altérité, plaisir d’un horizon qui s’élargit, une joie intérieure, l’accès à de nouveaux possibles. Un élargissement différencié du monde vécu. Ni plus ni moins une culture de la curiosité indispensable à la démocratie et ses droits fondamentaux. Voici le récit d’une promenade dans le parc, récit d’une rencontre expérientiellen avec le choix éditorialisé des curateur·ices et réflexion sur les réductions budgétaires qui affaiblissent le secteur culturel. Comment ces œuvres, ces artistes peuvent-ils aider la démocratie à rester debout (à travers nous) ?

Biennale d’Enghien VI « Tenir Debout » du 4 au 20/09/26

Introduction à la problématique de la curiosité
Dans un livre récent, Yves Citton appelle à en finir, grâce à la curiosité, avec le « capitalisme extractiviste ». « Ce dont il faut impérativement sortir aujourd’hui, c’est du business as usual qui continue à envoyer dans l’atmosphère des quantités astronomiques de gaz à effet de serre, à ravager terres et forêts pour maximiser la production de viande, à multiplier les ressentiments par l’exacerbation des inégalités, à subordonner toute considération vitale à l’accumulation illimitée du capital financier. »n Face à cet effondrement, Citton invite à ouvrir un vaste chantier expérimental, tournant le dos à la délégation algorithmique de nos curiosités, afin d’opérer un « réaménagement de nos pratiques et de nos perceptions, réaménagement indispensable à la bifurcation anthropologique en cours »n. Face à l’exploitation de la curiosité par l’économie de l’attention et ses plateformes numériques, promulguant le même, le familier, il conviendrait de devenir acteur·ice d’une curiosité expérimentale comme « ouverture à différentes formes d’altérité » ; comme mouvement « hors des habitudes, hors des chemins battus, hors des conforts du déjà-connu ».n Pour ce faire, encore faut-il « tenir debout », ne pas craquer, jouir de toute son agentivité. Cette culture de la curiosité de l’altérité, indispensable à la démocratie, et d’où germerait la possibilité d’un autre monde, tissé d’autres formes d’identité, l’art contemporain en propose de multiples pistes narratives. « Tenir debout », est précisément le thème de la sixième Biennale d’Enghien. Ce « tenir » et ce « debout » renvoient à la dignité d’être qu’il devient urgent de préserver, alors que nos États se livrent sans vergogne à l’indignité d’écorner l’état de droit, de valider des politiques inégalitaires sanctionnant les fragiles, de cautionner des politiques anti-migration qui bafouent les droits humains les plus élémentaires, d’opter pour l’inaction face au dérèglement climatique par soumission aux logiques économiques toxiques.

Labyrinthe et monochromes, sas de décompression existentiel
« Tenir debout », ce n’est pas qu’une posture statique, c’est aussi un choix de trajectoire, à rebours des itinéraires algorithmiques préétablis et des traces de nos vies accaparées par les data centers et instrumentalisées en modes d’existence rigides, profitables aux milliardaires du numérique. C’est plutôt vivre en bonne intelligence avec un chemin à soi, singulier, imprévisible, à l’écoute de tous les micro-accidents, constitutifs du vivant, qui impliquent de s’adapter, se détourner, de « faire avec ». C’est transformer cette manière de traverser la vie, d’accumuler des expériences et des histoires, en habitat léger, modulable, pièce après pièce, à la manière dont certains animaux sécrètent leurs coquilles. C’est ce genre de colonne vertébrale que l’on peut visiter en pénétrant dans le labyrinthe de Krijn de Koning. Succession de chambres, de couloirs, de débarras, réseau de galeries articulées comme la musique d’une phrase souterraine. À parcourir en tous sens, sans cesse – physiquement ou mentalement –, en le découvrant chaque fois semblable et chaque fois nouveau. Marelle libératrice en 3D où aller et venir, à l’abri. Il n’y a pas de curiosité libératrice sans un endroit de replis sécurisant. Les parois du labyrinthe sont colorées selon le spectre des expériences, des émotions vécues, des saisons et des horizons intérieurs. Monochromes pariétaux. Une sorte d’intestin spatio-temporel et onirique à partir de quoi s’inventer, sortir explorer les alentours, rencontrer l’autre. Zone matricielle inclue elle-même dans la matrice patrimoniale de vieilles écuries.

Il n’y a d’équilibre qu’improbable, complexe, bricolé. Il n’y a d’équilibre que curieux, fragilités mises en commun, partie prenante des complexités écologies à protéger, par solidarité.

Les déséquilibres bricolés en machine équilibriste
Cela n’est pas sans effet miroir avec, au sommet de la tour, à l’issue du long escalier en colimaçon, l’écran-panorama et sa plongée dans les micro-rouages de l’installation poétique foutraque de Cristina Meijias. D’abord, des images dans la tête. Puis la main qui projette sur papier ce qui hante l’esprit, comme un répertoire de références, de choses, d’objets, d’outils qui, reliés organiquement, aident l’artiste à trouver son équilibre. Comme ce point d’ancrage des Culbuto. Ensuite, du dessin mimétique, du croquis technique, de la feuille en papier, elle effectue une interprétation mécanique, sculpturale. Balancier, ficelle, tiges, crochets, porte-à-faux, poids et contrepoids, nœud après nœud. Lentement, dans le paysage, une sorte de voilure hétérogène. Elle reproduit, à l’air libre, la machine mentale qui la porte. Sans aucune démonstration d’un « savoir » certifié. Mais déployant un art de la recherche, trajectoire de bouts d’essais en bouts d’essai, démontrant l’importance « d’apprendre à habiter nos incertitudes » comme « mission principale de la culture de nos curiosités »n. Il s’agit d’échapper à l’autorité d’une gouvernance algorithmique qui sait tout mieux que nous. On dirait que chaque bribe matérielle se connecte l’une à l’autre par synapse ; d’abord approximatif, que l’assemblage, peu à peu, contre toute attente, capte les flux vivants, qu’il tient. Autonome. Jusqu’à vibrer, palpiter, murmurer, flotter, seul, à sa manière, dans le vide. Il n’y a d’équilibre qu’improbable, complexe, bricolé. Il n’y a d’équilibre que curieux, fragilités mises en commun, partie prenante des complexités écologies à protéger, par solidarité.

Une apparition, une maison-clairière
En ces temps où les images d’actualités sont emplies de maisons en ruines – guerre, catastrophes climatiques –, au sortir d’une canicule où des millions de personnes ont fait l’expérience de logis devenus invivables, dans nos sociétés au sans-abrisme endémique, Rémy Hans édifie une maison-page-blanche parmi les arbres, sous les frondaisons. Comme un fantôme de la cabane de David Thoreau. La maison comme ce qui manque, fait défaut à des millions de personnes. Un hologramme, soudain : la maison mirage, la maison rivage inespéré. Le volume est clos, ni porte ni fenêtre. Resplendissant et immatériel, il donne l’impression que l’on peut « passer au travers », traverser les murs. Mais non. Ce qui est là n’a ni mur, ni toit, ni intérieur, ni extérieur. Tout est à réinventer, le dedans comme le dehors. Plus moyen d’habiter sans repenser l’habitabilité, de fonds en comble, pour tous et toutes, en évitant les biais anthropocentrés. Cette maison-page-blanche réagit, interagit avec tout ce qui l’environne. Les ombres, les lumières, mais aussi le « rien », font leur cinéma permanent sur ses surfaces blanches. Les graminées, les jeunes pousses d’érables – éprouvées par la sécheresse – se projettent délicatement et colonisent son plâtre nu. De fines écritures et architectures végétales. Comme des messages d’une autre galaxie s’imprimant là, contacts timides. Pas un envahissement, l’impulsion, germant du terreau proche, pour rêver une maison partagée, respirante. Un imaginaire à la fois dépouillé – c’est un début, une aube nouvelle – et proliférant, que l’on retrouve dans la lithogravure d’une fascinante maison-clairière. La juxtaposition de ce volume à inventer – ce qui pourrait venir – et du sous-bois sans fin éveille d’autre part une profonde nostalgie semblable à celle qui irradie de la tapisserie du XVIIème siècle, Scène forestière aux hérons, une certaine image de ce qui a été perdu.

Habiter le maillage cosmique
L’habitabilité ne se pense plus dans les limites strictes de la planète Terre. Celle-ci n’est qu’une infime partie d’un « univers avec une infinité de centres, des exoplanètes abritant peut-être des êtres vivants, des soleils errant, des systèmes planétaires zombies recréés après la mort de leurs soleils, et des cycles de naissances et de renaissance de l’univers. Des milliards de neutrinos qui vous traversent à chaque seconde sans interagir avec les atomes de votre corps ; un “vide virtuel” qui vibre et remet en cause la différence entre existence et non-existence ; une énigmatique énergie sombre qui imprègne toute existence. »n Benoit Jacquemin invite à méditer face à l’incommensurable de notre condition planétaire. À s’ouvrir aux dimensions cosmique de l’habitabilité. Il fait léviter dans le pavillon des Sept Étoiles, conçu jadis comme observatoire astronomique, un astre emplit du « vide virtuel », de l’énigmatique énergie invisible. Cet astre est lui-même parcouru de chaines d’atomes étincelants de feu (le forgeron, figure mythique des débuts de la civilisation). On dirait les éclats de soleil à la surface d’une eau vive. La configuration de ce qui s’enchaine semble douée de plasticité neuronale, pouvoir permuter, évoluer. C’est une cartographie des enchainements, attachements et détachements, reliant le géologique et le cosmologique, le terrestre et le céleste, le connu et l’inconnu. Une constellation de ce qui nous soutient dans l’univers, en correspondance avec les cosmologies dites indigènes, leur imaginaire créateur et guérisseur (semblable à celui de Michel Goyon). Une ligne d’erre – pour reprendre le concept de Fernand Delignyn – se trace entre la page blanche de Rémy Hans, les chainons cosmiques de Benoit Jacquemin, les utopies architecturales de Fred Biesmans, l’urbanisme minimaliste et poétique de John Van Oers dans la crypte de la tour.

Paysage, reprisage, pinceau et point de fuite
Au sein des deux pavillons, surplombant un vaste dédale de buis, incubent les tapisseries d’Élise Peroi. Elles semblent, en effet, continuer à se transformer, au fil du temps. Dans l’un, enfermée comme en une couveuse, une arche où se déploie le souvenir d’un paysage, genre « paradis perdu ». Dispositif qui externalise la manière dont les paysages familiers s’intègrent aux cellules de ceux et celles qui y vivent, en une mémoire végétale-humaine, partagée, des lieux de vie. Le processus est à l’arrêt et laisse un doute : est-elle en cours d’exécution, work in progress, juste sur pause, ou en train de s’effacer, comme est en train d’être détruit ce qui relie les êtres humains à la Terre ? En vis-à-vis, dans le pavillon chinois, où, entre les motifs peints, agiles, dispersés, vifs et bigarrés, le regard plonge dans les ténèbres d’une encre noire laquée, une trame, une relique est suspendue, comme on expose une radiographie au contre-jour. Fragment de nuit mystérieuse, parchemin d’une culture lointaine, inconnue, peut-être d’une autre galaxie, passée au rayon X, révélant ses mailles, veines, strates et floraisons nocturnes, suaire d’un crépuscule grouillant de fils à partir de quoi repriser les tissus saccagés du vivant.

Le reprisage care se décline en de multiples disciplines, lâches ou rigoureuses, comme celle de fixer l’horizon, un pinceau à la main, face à une toile, et se conjugue dans la restitution hyperréaliste de la circulation d’atmosphères changeantes, matérielles et immatérielles, limpides ou vaporeuses, où les carrelages dans leur perfection maniaque confinent à l’illusion d’optique troublante, où les circonvolutions brumeuses, colorées et fugitives ressemblent aux floraisons discrètes, imperceptibles, figées à la surface du marbre poli. Esthétique autiste, hermétisme glacé, autant de pellicules protectrices. Un monde à soi hypnotique idéalement exposé, confiné sur les vieilles pierres, les vieilles briques du sous-sol des écuries, et d’où, cataleptiques, des bouts de personnages, regardent au-delà, au-dehors, vers un point de fuite qui n’appartient qu’à eux, point de fuite transformé en point d’appui. Point de fuite méticuleusement, poétiquement cartographié par le pinceau de Matie Rosen.

Pour sortir des ornières du business as usual et des pièges identitaires, peut-être faut-il devenir alien ? Mais de façon expérimentale, à mi-chemin entre les sciences et les arts.

De l’ontologie galactique à la chapelle des estropié·es
Michel Goyon correspond probablement à cette interrogation d’Yves Citton : « Pour sortir des ornières du business as usual et des pièges identitaires, peut-être faut-il devenir alien ? Mais de façon expérimentale, à mi-chemin entre les sciences et les arts. n» Dans de prodigieuses sculptures de carton, évoquant la magie des livres pour enfants ouvrant des décors et des scènes en reliefs, il explore, entre art et science, les énergies, les interdépendances avec tout ce qui nous entoure, visible et invisible, la terre, le ciel, le cosmos, les entrailles planétaires, les civilisations passées, les mythes, les chimères, la mort, le néant, l’au-delà. Non pas une dérive anti-science, mais un imaginaire complémentaire, brassant les savoirs alternatifs d’autres continents. Transformant sa propre imagination en science extra-lucide d’une position singulière, éphémère, dans l’univers, répondant au besoin profond d’ontologie imagée. Où l’humain fusionne avec le galactique, notamment, par l’étude systématique, rigoureuse et délirante, de l’« évolution de cycles entropiques dans un milieu stable ». Comment vivre avec l’entropie, comment se la représenter, comment, grâce à ces représentations, l’infléchir ? Flamboyance hallucinée et envoûtante d’une géométrie alternative. Qui est tout autant biologique, alchimiste, physique, métaphysique. Ce qui n’est pas sans renvoyer aux imaginaires et pratiques « néguentropiques » chers à Bernard Stieglern.

Les pièces étranges de Sofie Muller, corporéités rongées par l’entropie, jusqu’à l’amputation, objets de divers exorcismes, rayonnent sur l’autel des magies réprouvées. Deux trois « pièces à conviction » torturées, bouleversantes, baignées du sacré désuet de la chapelle. Fragments corporels brisés, reliques d’hybridations contre-nature, prothèses-membres diaboliques. Elle érige une chapelle des estropié·es, des miracles organologiques. Souliers vernis, socquettes blanches fatiguées, jambes nerveuses éprouvées et short impeccable d’où jaillit un tronc calciné, sans tête. Pourtant, rien de cadavérique, cet être foudroyé semble juste en léthargie, prêt à se raconter. D’un bras gainé de cuir et solidement lacé, jaillit une main minéralisée, rongée de bactéries et d’infimes lichens, prête à reprendre du service. Dans une petite alcôve latérale, repose une merveille, un pied-racine, souche arcimboldesque prête à repartir. Le « tenir debout » n’a rien d’univoque ni de pur, il tire parti des fragilités, des blessures, des troubles, des métissages et transitions. Il engage une redistribution de « nos définitions du normal, de la valeur et de la validité, du pouvoir et de la capacité. D’où l’importance des curiosités sorcières crip – abréviation et retournement du stigmate associé au mot anglais cripple (“estropié”).n »

Transmission polymorphe des germes du Tout-Monde
Les ados de Sarcelles, filmé·es par Valérie Mréjen, impressionnent par leur maintien digne, leurs paroles avisées, réfléchies, tout autant que spontanées, tou·tes habitant·es d’un lieu pas des plus favorisés, tou·tes relié·es à des origines multiples – ce qui donne, à leurs paroles collectées, la force et l’évidence d’un Tout-Monde comme planche de salut. Il·elles font mentir les déclarations de certains intellectuels alléguant que la catastrophe qui vient est principalement due à la « nature mauvaise de l’humain »n. On entend ici au contraire la petite musique de ceux et celles qui maintiennent, coûte que coûte, mais sans effort, par une sorte de beauté originelle, la capacité à aller « vers le haut », à déjouer les pièges identitaires, les assignations à la délinquance, les frontières entre eux et nous. Ces paroles qui transmettent la flamme du « tenir debout » et dissémine une curiosité non formatée à ce qui vient, malgré la déconsidération subie par les banlieues, résonnent avec d’autres protocoles de transmission intergénérationnelle, fait d’impositions réciproques de mains, actes silencieux, langage gestuel filmé par Cristina Mejias. Ce sont les mains de l’artiste et de sa grand-mère, imbriquées en une seule machine graphomane et sismographe, posée sur la page blanche. Elles tracent des signes de trames, de chainage, de labyrinthes, d’équilibres précaires, alignent idéogrammes complexes et symboles astrophysiques. Une écriture alien qui exprime ce qui circule entre deux êtres (et tous les êtres absents qui les peuplent), les rapprochent, les rassemblent, les transforment mutuellement, tournés vers des devenirs imprévisibles, convoquant des « curiosités-sorcières ». Elles se parlent, se répondent, traduisent aussi les esprits qui leur parlent à l’oreille.

Renforcer le pouvoir du même, du semblable, diaboliser les autres, instaurer la guerre culturelle au cœur des politiques dominantes en lieu et place d’une culture de la solidarité de tous et toutes, à l’échelle de la planète et de l’univers – comme nous y invitent les défis de l’inhabitabilité et ses besoins de cosmologies indigènes et créatrices –, c’est bien favoriser les imaginaires incurieux de l’extrême-droite qui prolifèrent en toute impunité sur les plateformes du techno-fascisme.

Une biennale debout
L’édition 2026 de la Biennale d’Enghien réussit son pari de stimuler les curiosités pour l’altérité, pour des formes et des esthétiques pas prévisibles. De faire de ces ouvertures culturelles, dans le parc, des instants de fête et de propager ce sentiment enivrant, grâce à ces altérités, de tenir debout. Pourtant, avec des moyens revus à la baisse, subissant comme de multiples opérateurs culturels, le désinvestissement des pouvoirs publics pour les politiques culturelles non-marchandes, soutien des droits humains, des droits culturels, des principes démocratiques. Simultanément, les mêmes pouvoirs publics s’engagent de façon de plus en plus décomplexée contre les migrations, contre l’arrivée de l’autre, de l’étranger, et le rejet de tout ce qui est différent. Renforcer le pouvoir du même, du semblable, diaboliser les autres, instaurer la guerre culturelle au cœur des politiques dominantes en lieu et place d’une culture de la solidarité de tous et toutes, à l’échelle de la planète et de l’univers – comme nous y invitent les défis de l’inhabitabilité et ses besoins de cosmologies indigènes et créatrices –, c’est bien favoriser les imaginaires incurieux de l’extrême-droite qui prolifèrent en toute impunité sur les plateformes du techno-fascisme. Tenir debout ne sera bientôt plus suffisant, les troubles sociaux à venir ne manqueront pas d’imagination, comme l’illustre la curieuse scène de la tapisserie monumentale de Grayson Perry, La noblesse aux abois !

1

Cette « rencontre expérientielle » restitue un fil interprétatif, à partir de quoi, à titre personnel, je nourris ma subjectivité, pendant et après la visite ; ça ne prétend en rien exprimer les intentions des artistes et encore moins donner la « vérité » des œuvres. Ce fil interprétatif se nourrit néanmoins de ce que je capte des intentions, des textes présentant la Biennale, des « filiations » avec d’autres œuvres du même genre ; une interprétation individuelle est toujours déjà habitée d’autres interprétations et elle est toujours en attente d’en croiser d’autres.

2

Yves Citton, Cultiver la curiosité. À l’ère de la délégation algorithmique, L’aube, 2026, p. 103.

3

 Ibid. , p. 45.

4

Ibid. , p. 88.

5

Ibid., p. 28.

6

Frédéric Neyrat, La condition planétaire, Les Liens qui libèrent, 2026, p. 34.

7

À propos des lignes d’erre de Fernand Deligny : https://www.multitudes.net/deligny-et-les-cartes-2/

8

Yves Citton, op.cit., p. 9.

10

Yves Citton, op.cit., p. 65.

11

Par exemple Nicholas Carr, s’appuyant sur les écrits de Walter Lippmann, dans Communiquer à tout prix. Une histoire (très) critique des réseaux sociaux, L’Échappée, 2026.