Emine Karali

La lettre d'information de Culture & Démocratie 6/09

Culture & Démocratie

10-09-2021

La lettre d'information de la semaine du 6 septembre 20201.

Chères et chers,

La rentrée n’efface pas les événements de l’été. Ce lundi 6 septembre 2021, une trentaine de personnes sans-papiers du collectif La Casita, tentent d’ouvrir une occupation d’hébergement temporaire à Molenbeek afin de lutter solidairement et collectivement pour un accès digne et légal aux conditions socio-économiques élémentaires pour les sans-papiers. Cette occupation s’inscrit dans la lignée des actions politiques de l’Union des Sans-Papiers Pour la Régularisation dont la grève de la faim fut le point culminant entre mai et juin dernier.

Marielle Macé écrivait un beau livre, Sidérer, considérer :

S’impose la nécessité de faire cas des vies qui effectivement se vivent dans tous ces lieux et qui, en tant que telles, ont quelque chose à dire, à nous dire de ce qu’elles sont et par exemple du monde urbain qui vient, et qui pourrait venir autrement. Mieux que des bords donc, délaissés et activement invisibilisés, des franges qui seraient déjà des preuves, la preuve qu’on pourrait faire autrement puisqu’on fait autrement.

Ne pas rester sidéré·es nous demande de voir autrement, d’aller voir. Cette semaine nous vous invitons à partir d’un entretien avec Yala Kissukidi de repenser la non coïncidence de toute forme de déplacement et d’exil :

L’expérience de la communauté absente permet de penser la systématicité des situations où les individus, vivant sur une frontière, pour le dire comme Gloria Anzaldúa, ou dont l’existence est saisie entre plusieurs lieux (l’Europe et l’Afrique, par exemple), sont sommés de s’identifier – tout en sachant que le verdict, au final, sera sans appel : ils ne coïncident jamais, ils n’appartiennent pas. À chaque fois que vous pensez appartenir à un espace, à une communauté, vous ne coïncidez pas. Vous êtes toujours sommé·e de répondre à une évaluation morale : celle qui juge que vous êtes un élément compatible avec la communauté, ou celle qui fait de vous un·e traitre·sse potentiel·le.

Aujourd’hui l’expérience de la communauté absente se voit d’autant plus décuplée que l’Europe-forteresse se barricade et produit ses propres bords activement invisibilisés comme le montrent les articles de Thibault Scohier sur le business des camps ou encore les récits de centres fermés, et de leur devenir carcéral, récoltés par Pauline Fonsny et Anaïs Carton. Hassan Yassin, poète exilé écrit pour nous cette mise-à-la-marge qui est, ne l’oublions jamais, une violence inscrite à même les corps.

Ô mon frère en exil
Que le manque de rêve tue
Tu perds ta force
Tu la laisses dormir sur les trottoirs de l’illusion

L’entretien avec Leopold Lambert nous rappelle l’inhospitalité de l’architecture, ses propres puissances de repoussement des corps, des architectures qui tiennent lieu aussi d’enfermement et comment dans ces enfermements se créent des brèches expressives comme le raconte Carole Alden, ex-détenue américaine qui a su tisser des liens de solidarités artistiques durant son incarcération.

Et finalement, à l’aune de la crise actuelle, nous nous sommes entretenus avec Christophe Mincke, spécialiste des questions carcérales, afin d’en savoir plus sur les continuums qui peuvent se mettre en place entre tracing numérique et monde carcéral.

C’est ce chemin sinueux entre porosité et lignes de fuites expressives et réelles que nous vous invitons à parcourir cette semaine.