Penser les droits culturels

01-10-2021

Penser les droits culturels le 16 novembre et le 13 décembre

La culture est et restera un vain mot sans une  expression plurielle, c’est-à-dire sans la possibilité politique d’exister culturellement en dehors des canons de domination. Seulement, cette expression plurielle ne se fait pas telle quelle, elle passe par des opérateur⋅ices, des médiations et médiateur⋅ices, que ce soit des associations de quartiers, des théâtres ou des centres culturels comme le montre le travail de la Plateforme d’observation des droits culturels. Bref, elle passe par des lieux, accessibles ou non, déjà-là ou à créer, mais aussi par un arsenal de dispositifs artistiques, théoriques ou juridiques !

Avec la crise du Covid un effet de loupe s’est produit sur l’ensemble du corps social et donc, de la place de la culture qui a vu ses institutions se fermer. On pouvait alors se questionner sur la place qu’elles détiennent ou non dans nos vies, leurs accès et les lignes de ségrégations qu’elles pouvaient tracer malgré tout. Si soudainement la culture, considérée comme non-marchande et donc non rentable, se voyait qualifiée d’inessentielle, il restait néanmoins une activité culturelle et une expression culturelle possibles auprès des parties les plus privilégiées et les mieux équipées numériquement de la société, du côté de l’offre comme de la demande.

En effet, si la possibilité d’une existence multiculturelle est inscrite dans le droit, on parle de droits culturels depuis la Déclaration de Fribourg de 2007, et ce notamment comme composante essentielle des droits humains, il faut encore que ce caractère formel ait une effectivité réelle en termes d’accès, de pluralité et d’exercice.

C’est dans cette contradiction entre reconnaissance internationale et mise en application concrète en temps de crise par les puissances publiques nationales que s’interroge le centre culturel La Vénerie. Quel est le rôle réellement politique d’un lieu culturel, d’un ancrage précis, quant aux droits culturels de la population ? En partant des concerts, pourtant interdits, de Quentin Dujardin, le constat pour La Vénerie est assez clair : « Le postulat de base de la pratique des droits culturels est d’avoir, en tout temps, un espace de délibérations et d’expression sur nos vies. Le débat ouvert en interne était l’expression pure et simple de mise en pratique des droits culturels. Et c’était vivant ! »

Rejoignant l’idée des droits culturels comme un acte de dignité et de « dignification », le metteur en scène Jean-Pierre Chrétien-Goni considère les droits culturels comme des tentatives, des incertitudes à mettre en œuvre. Inspiré par la pensée de Fernand Deligny, il nous propose une lecture de ces tentatives comme autant d’exercices de dignité : « Une tentative n’est pas une institution, c’est un petit ensemble, un petit réseau très souple qui se trame dans la réalité comme elle est, dans les circonstances comme elles sont… Une tentative c’est une démarche, ce n’est pas l’application de principes… Une tentative est un espace d’initiative. » (Œuvres, p. 705)

Rejoignant l’idée commune que les droits culturels partent de situations concrètes, Morgane Degrijse nous livre un important article qui renverse la perspective : qui sont les travailleur·ses qui permettent l’accès à la culture ? Ont-il·elles les moyens de leur propre émancipation culturelle dans des conditions parfois précaires ? Mais aussi, sont-il·elles uniquement des pourvoyeur·ses de culture, ou bien pour qu’il y ait cultures il faut développer leur rôle d’usager·e afin de rendre possible de réelles constructions culturelles collectives ?

Si les droits culturels s’approchent depuis des lieux, c’est que l’approche se fait « sans distances », c’est le pari de Paul Biot, formateur pour une nouvelle approche des droits culturels qui a dû expérimenter cette formation sur le mode du… distanciel et qui nous livre ses retours.

Les questions qui se posent, et pour lesquelles nous aimerions tenter d’avoir des débuts de pistes de réflexions pratiques sont :

Mais que sont ces droits concrètement ? Pourquoi et comment les faire vivre et les traduire dans nos pratiques quotidiennes ? Comment les partager et faire réseau ensemble ? Des questions essentielles en ces temps de fatigue démocratique, comme le souligne Luc Carton. Il en va presque de notre « peau » pour parler comme Patrice Meyer-Bisch, membre du Groupe de Fribourg et défenseuse des droits culturels. La culture d’une personne est ce qui lui permet de vivre dignement dans l’ensemble social en se constituant comme personne.

Rendez-vous le 16 novembre à Namur et le 13 décembre à Bruxelles pour creuser ces pistes ensemble !

Autre date : Le 7 octobre nous vous proposons de rencontrer le philosophe gabonais Joseph Tonda autour de son article écrit sur le chez-soi dans notre dernier Hors-série du Journal de Culture & Démocratie. Nous en profiterons pour tirer les fils développés par ailleurs dans son nouvel ouvrage :Afrodystopie, vivre dans le rêve d’autrui. 

De 14h à 16h à la Librairie Météores, 207 rue Blaes, 1000 Bruxelles le jeudi 7 octobre.