Journal - 55

Récits

Pensé comme le troisième temps d’une exploration entamée dans le sillage de la pandémie de Covid-19 avec le Journal de Culture & Démocratie n°53 explorant notre rapport aux territoires physiques et immatériels, et poursuivie dans un dossier interrogeant nos relations aux temps individuels et collectifs dans une époque marquée par l’accélération et par une injonction d’adaptabilité permanente, ce numéro s’intéresse aux imaginaires. Ceux qui dominent, produisant des récits de gagnant·es et de perdant·es, d’adapté·es et d’inadapté·es, qui nourrissent la conviction d’une Histoire qui suit son cours sans alternatives possibles, et ceux qui, au contraire, permettent d’envisager un changement, de se projeter vers d’autres devenirs de nos sociétés. Comment penser  au-delà des territoires d’exclusion et d’assignations, au-delà des impératifs de performance, au-delà des murs vers lesquels nous sommes sommé·es de courir tête baissée, porté⋅es par une foi aveugle dans notre capacité de résilience ?

Dans leur essai Au commencement était… Une nouvelle histoire de l’humanité, David Graeber et David Wengrow parlent d’une « panne d’imagination », découlant de la volonté d’imposer le récit unique d’une évolution de l’humanité dont l’État capitaliste moderne serait l’aboutissement, la forme la plus « parfaite » d’organisation sociale expliquée et justifiée par tout ce qui l’a précédée. Suffit-il de mettre en lumière les « zones d’ombres » de nos grands récits structurants pour contrer cette « panne d’imagination » ? Que signifie développer un imaginaire ? Comment un imaginaire se diffuse-t-il ? Quelles formes de récit existent hors des modèles qui nous sont familiers ? Quels en sont les mécanismes, les acteurs et actrices, humains et non-humains ? Comment faire pour que ces récits résistent à l’absorption par les récits capitalistes et extractivistes dominants ? Quelles narrations sont susceptibles de nous aider à faire société, d’inspirer des actions individuelles et collectives, institutionnelles et citoyennes, qui rendent possible l’esquisse de nouveaux horizons ? Qui les produit et qui les écoute ? Nourrir les imaginaires est au cœur du travail du secteur culturel et de ses acteurs et actrices : quelles (nouvelles) pratiques cultiver, défendre ?

 


Cliquez sur les titres pour accéder aux articles