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Écologie : pourquoi se sent-on coupable ?
Matthieu Wieser
Face à l’urgence écologique, nous sommes pris·es dans une multitude d’injonctions et d’informations. D’un côté un flux d’informations toujours plus alarmantes sur l’état de nos écosystèmes, de l’autre le constat de l’insuffisance de nos modalités d’action, et quelque part entre les deux, « l’idée commune selon laquelle nous avons tou·tes, dans notre quotidien, une responsabilité à l’égard de ces catastrophes ». Ces tendances, observe Matthieu Wieser, concourent à générer, chez certaines personnes sensibles à l’écologie, « des doutes, une espèce de gêne, une sorte d’inconfort au monde », un certain sentiment de culpabilité. Ce type d’affect et les peurs qui l’entourent sont largement instrumentalisés par nombre de voix de la scène politique pour dénigrer une soi-disant « écologie punitive » − élément de langage qui, avec de nombreux autres, a récemment envahi l’espace socio-politique pour discréditer la prise en compte de l’écologie dans la société. Ce qui intéresse ici Matthieu Wieser, c’est la persistance d’un sentiment de culpabilité. De quoi est-il le nom ? Pour lui, ce sentiment est le témoin de nos manières d’appréhender la question écologique et le signe que l’écologie déborde le cadre de nos organisations politiques actuelles. « Le vivant n’entrera pas dans nos Parlements, sinon pour les faire imploser », écrit-il. Mais si ce sentiment de culpabilité « peut se lire comme la trace […] de notre inconfort à jouer les règles du jeu néolibéral ou représentatif », il témoigne en même temps de « la possibilité d’expérimenter d’autres façons de jouer qui sont d’autres manière d’exister ».
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Politiser l’inceste, c’est politiser l’enfance. Regard clinique et politique sur cette double nécessité
Samira Bourhaba
L’inceste n’est pas un drame isolé ni un dérapage individuel : il révèle la structure même d’une société adulto-centrée qui organise dépendance, silence et impunité. La psychologue clinicienne Samira Bourhaba montre comment la clinique éclaire le politique : penser l’inceste, c’est penser les rapports de pouvoir entre adultes et enfants, et reconnaitre que protéger, c’est d’abord transformer l’ordre social. À hauteur d’enfant.
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L’enfant, animal politique. Entre immobilité scolaire, asymétries relationnelles et pratiques de démocratie participative
Chiara Foa
L’école italienne, encore marquée par un modèle transmissif et hiérarchique, peine à reconnaitre l’enfant comme sujet politique. Entre immobilité imposée et asymétries persistantes, Chiara Foà explore les contradictions d’une éducation démocratique qui enseigne la participation sans toujours la permettre. À travers l’expérience du Conseil communal des jeunes de Turin, l’enseignante montre comment l’école peut devenir un véritable laboratoire de citoyenneté active.
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L’infans, l’enfant-roi et l’enfant-coéquipier. Autour d’une lecture de « Philosophie de l’enfance » de Gareth B. Matthews
Baptiste De Reymaeker
Comment repenser la relation entre adultes et enfants ? De la « matrice de toutes les dominations » décrite par Bernard Lahire au mythe contemporain de l’enfant-roi, Baptiste De Reymaeker interroge les représentations qui enferment l’enfance entre dépendance et toute-puissance. Tout autant critique de l’autorité verticale que de l’illusion d’une liberté totale, il invite, à la suite du philosophe Gareth B. Matthews, à une relation qui serait fondée sur la coopération et la responsabilité partagée.
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Une autorité qui pense sa propre abolition
Leia Duval-Valachs
Entre autorité et autonomie, rationalité et émotion, les conseils d’élèves apparaissent comme des laboratoires de socialisation politique. Les enfants y apprennent à débattre, à décider, à parler au nom du collectif. Mais de quelle voix parlent-il·elles vraiment ? Dans ses recherches, Leia Duval Valachs interroge ces dispositifs d’apprentissage : que nous révèlent-ils de notre conception de l’enfance, de la citoyenneté et des inégalités de classe et de genre qui les traversent ?
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🌐Perspectives décoloniales sur l’enfance et les childhood studies
Anandini Dar, Tatek Abebe
Il y a peu, le statut « mineur », naturalisé, de l’enfant rendait improbable l’émergence de childhood studies. Que nous apporte un champ d’enquêtes spécialement dédié à l’enfance, aux différentes interdépendances adulte-enfant à travers le monde ? Un décentrement bienvenu par rapport au concept d’enfant universel, occidental, formaté dans les rouages de la reproduction capitaliste/patriarcale. Les comparaisons entre les multiples conceptions de l’enfance dynamisent une critique des systèmes dominants, renouent avec l’idée de réels échanges entre générations, où l’enfant prend soin de l’adulte autant que l’inverse. Ces études interdisciplinaires indiquent surtout que, face à la crise climatique, aux ruptures avec les autres formes du vivant, il est indispensable de penser le futur avec les enfants. Repenser l’attention aux générations qui viennent est inimaginable sans impliquer l’agentivité des enfants. Qui produisent d’ailleurs sans le savoir d’informelles et indispensables adult studies…
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Les droits de l’enfant en Belgique : des acquis menacés
Solayman Laqdim
Solayman Laqdim défend les droits des enfants et des jeunes de moins de 18 ans en Fédération Wallonie-Bruxelles. Au quotidien, il est force de proposition pour inscrire l’intérêt supérieur de l’enfant à l’agenda politique. Ses meilleurs atouts ? Les jeunes, sujets de droit au cœur de la solution. Il souhaite que le travail d’éducation aux droits de l’enfant se fasse dès le plus jeune âge.
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Habiter attentivement les mondes
Tim Ingold, Jan Masschelein
L’enfance peut-elle, modestement, nous permettre de nous orienter dans le monde qui vient et faire trembler-troubler nos catégories dominantes ? Nous avons posé la question à Tim Ingold et Jan Masschelein, qui depuis leurs champs respectifs de l’anthropologie sociale et de la philosophie de l’éducation, ont accepté de se prêter à l’exercice d’un dialogue croisé. À travers neuf mots clés – attention, enfance, expérience, liberté, génération, présent/présence, relation/rencontre, respons-(h)abilité, vulnérabilité – ils évoquent comment ces notions, ensemble, peuvent figurer des pistes pour affronter les crises présentes et à venir.
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Lutter contre la disparition. Fierté culturelle et nationalisme minoritaire dans le rap turc allemand
Renaud-Selim Sanli
À la suite de son article « L’arabesk, un déracinement oriental », Renaud-Selim Sanli, suit les traces de cette musique turque jusqu’en Allemagne, auprès des travailleurs immigrés arrivés de Turquie dans les années 1960. Au cours des années 1990, avec l’émergence d’une nouvelle mondialisation, les Turcs d’Allemagne s’emparent du rap comme outil de contestation et de revendication culturelle. L’arabesk y joue, là encoren, un rôle de liant communautaire, mais ses déplacements produisent aussi d’autres formes d’identités et de récits des origines, fantasmées ou non. Le rap turc allemand devient un vecteur de reconstruction identitaire dans une Allemagne en proie à un regain nationaliste excluant, alors même que la diaspora turque considère ce pays comme le sien. La musique devient le lieu d’une construction tant d’un autre chez-soi que d’une fierté culturelle du pays d’où l’on vient. Renaud-Selim Sanli montre comment, dans ce contexte tendu, des tendances majoritaires comme la globalisation américaine ou le nationalisme turc peuvent devenir des outils de luttes minoritaires pour s’opposer aux désirs d’homogénéisation et d’effacement des identités non-hégémoniques.
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L’arabesk, un déracinement oriental
Renaud-Selim Sanli
L’arabesk, musique de variété turque aux influences variées, a connu comme nombre d’autres musiques dites populaires, une trajectoire mouvementée. Celle-ci raconte « une histoire affective et politique du pays », des radiocassettes de bus de campagne à l’Eurovision puis aux soirées de la jet-set turque dans les années 2000, et se poursuit en Europe avec les migrations de travail. Cette trajectoire est le témoignage d’une pratique culturelle d’origine populaire d’abord méprisée et disqualifiée par les élites de la Turquie de Kemal Atatürk, puis récupérée et appropriée dans de nouveaux contextes politiques où sa dimension contestataire s’en trouve diminuée ou détournée. L’histoire de l’arabesk nous rappelle que les cultures populaires sont « une question politique de premier rang, qui touche à la structure d’ensemble de la société », comme l’écrivait Jan Baetens dans nos pagesn il y a quelques années – une question qui ne cesse de s’illustrer aujourd’hui avec la folklorisation des musiques traditionnelles et leur commercialisation.
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