Journal - 60

Écologisation

Une série d’éléments de langage ont récemment envahi l’espace socio-politique pour discréditer la prise en compte de l’écologie dans la société. Cela, en alignant les discours, portés principalement par les partis politiques de droite, sur la dénonciation d’écologie punitive, fer de lance de l’extrême droite. Ces discours, dernier avatar du climato-scepticisme, ont pour fonction d’édulcorer la réalité de la catastrophe climatique en cours, de masquer l’impuissance politique de nos gouvernements face aux changements qui s’imposent. À rebours des savoirs et connaissances développés par nombre de chercheur·ses, ces politiques continuent de nourrir l’illusion que la technologie des êtres humains parviendra à repousser indéfiniment les limites écologiques et que le concept de « décroissance verte » est autre chose qu’une impasse.

Ce dogme de la croissance perpétuelle et d’un régime d’abondance sans limitation n’est évidemment pas tenable et accélère l’inhabitabilité de notre planète. Pourtant, ce régime qui n’est pas partagé par l’ensemble des êtres humains – loin de là –, reste l’apanage des plus riches d’entre nous, tout en étant incapable d’atteindre ses ambitions d’une modernité équitable pour l’ensemble des populations. Des millions de personnes, de par leur situation géographique ou financière, développent des pratiques de sobriété au quotidien (gestion de l’eau, de l’électricité, soin donné aux choses, actions anti-gaspillages,...). Mais celles-ci, surtout lorsqu’elles sont subies, ne sont que peu valorisées. Comment dès lors, enclencher un changement de paradigme indispensable et urgent tout en tenant compte du désir légitime de confort et d’émancipation des plus fragiles économiquement ? Comment réduire cette crise qui impacte toutes les sociétés tout en tenant compte des différences et différends irréductibles à l’intérieur même de chaque société ? Quels dispositifs nouveaux inventer ?

Les solutions ne sont pas connues, mais certaines méthodes peuvent conduire à les faire émerger. Par exemple, s’engager résolument dans un processus de démocratie directe et favoriser la participation de toutes et tous au débat et à la prise de décision. Mais aussi, baser nos réflexions sur un terreau de connaissances mises à l’épreuve, objectivées et constructives dépassant les positions électoralistes qui confisquent actuellement la question écologique. Cela implique, parallèlement, de documenter et partager largement ce qu’une sobriété choisie collectivement impliquerait dans la vie quotidienne de chacun et chacune en termes de qualité de vie. Un réel et profond travail de médiation culturelle est incontournable pour, d’une part, déconstruire les éléments de langage qui troublent le débat démocratique sur l’écologie et, d’autre part, construire une représentation collective et désirable de la sobriété.

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