Culture & Démocratie

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27/06/2017 n°88

La
lettre

Éditorial

Les opérateurs culturels ont présenté leur saison 2017-2018. Beaucoup de ceux et celles qui se sont exprimés ont fait écho au contexte difficile, aux tensions, aux peurs et aux régressions actuelles.

En défendant leur projet artistique, quelle qu’en soit l’ampleur, ils ont affirmé avec une intensité nouvelle leur volonté, ancrée dans l’histoire pour beaucoup, plus récente pour d’autres, de questionner activement leur contribution au lien social. Ils ont dit ou redit leur volonté d'inscrire leur travail dans l'environnement proche, en relation avec leurs publics « voisins » sans oublier de s’ouvrir à tous ceux et toutes celles qui, de plus loin, viennent vers eux. 

Les responsables culturels et artistiques ont présenté leurs lieux comme des agoras dans lesquelles rencontres artistiques et humaines, projets participatifs et expériences esthétiques de toute nature doivent rassembler plus largement encore, dans des émotions, des plaisirs et des questionnements partagés. 

Ouverture et mixité, participation et relation, expérience et débat ont été les maîtres mots de ces moments. Une réponse tonique, forte et indispensable, des acteurs culturels aux inquiétudes du temps.

Bel été !

Sabine de Ville

Présidente de Culture & Démocratie

La vie de l’association

Dernières nouvelles

Compte rendu de la réunion de la commission Culture et enseignement

Par Sabine de Ville – Présidente de Culture & Démocratie

La commission Culture et enseignement qui réunit enseignants, artistes, opérateurs et médiateurs culturels s’est réunie pour examiner les suites des deux dispositifs, le Pacte d’Excellence et Bouger les Lignes. Si elle se réjouit de ce que l’éducation culturelle et artistique est désormais reconnue comme un incontournable de la formation obligatoire, elle s’interroge cependant sur les moyens humains et budgétaires qui seront affectés à ce domaine nouveau. Parce qu’il n’y aura pas de formation culturelle et artistique digne de ce nom sans épauler les enseignants avec des formations adéquates, sans y affecter des intervenants professionnels – artistes, créateurs, opérateurs culturels – et sans aménager le temps et l’espace structurels de l’école pour accueillir ces nouvelles formes d’apprentissage.

À défaut, la situation actuelle perdurera, soit une floraison de projets portés par les directions ou les enseignants sensibles aux effets cognitifs et personnels de l’expérience esthétique, le maintien des dispositifs existants sous enveloppes fermées et à l’arrivée, le sentiment pour beaucoup d’enseignants que l’on aura beaucoup dit et fort peu fait.

Pourtant, les moments de monstration qui clôturent la plupart de ces dispositifs témoignent de la force du processus de création. De petites formes souvent, fragiles parfois mais qui, portées par des professionnels, font émerger des images, des sons, des mots remarquables.  Les membres de la commission attestent de ce que enfants ou jeunes manifestent en corps et en mots l’importance de l’expérience vécue et de la liberté conquise. Difficile de penser que ces acquis ne nourrissent pas le reste de leur expérience scolaire.

Il y a là toutes les raisons de s’atteler à rendre ces expériences de résidences d’artistes accessibles à tous. La ministre de l’Education annonce des renforts prioritaires en matière de « remédiation ». Nous regrettons ce non déplacement de la norme scolaire qui évacue la nécessité de trouver, ensemble et en classe, le bon rythme pour tous.  Et nous affirmons haut et fort que la première forme de remédiation, c’est l’expérience de création parce qu’elle déploie d’autres formes d’intelligence à utiliser partout, y compris dans les domaines où l’on est plus fragile.

Sabine de Ville

Compte rendu de la Journée de « remue-méninges et de constructions d’alternatives non-marchandes » du 24 mai

Par Anne Pollet – Chargée de projet pour Culture & Démocratie

cycle-numerique-2.jpgDans la foulée du cycle de conférences « Pour un numérique humain et critique », une journée d'ateliers était organisée le mercredi 24 mai dans les locaux de PointCulture Bruxelles. 

Cette journée avait pour objectif de découvrir quels outils, logiciels et autres solutions numériques indépendantes utiliser, face à la force de la recommandation algorithmique de la Silicon Valley.

Que peut le secteur culturel et social en matière de recommandation culturelle pour le numérique ?

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Cerveau augmenté, homme diminué – Compte rendu de la conférence de Miguel Benasayag du 19 juin au PointCulture Bruxelles dans le cadre du cycle « Pour un numérique humain et critique »

Par Anne-Lise Cydzik et Aurélien Berthier – Présence et Action Culturelles (PAC)

miguel-benasayag.jpgCe lundi 19 juin, Miguel Benasayag était à PointCulture pour discuter de son livre Cerveau augmenté, homme diminué. Psychanalyste et philosophe, le chercheur présente son travail comme un travail sur l’hybridation entre le monde digital et le monde du vivant.

Une révolution inquiétante. La 3e grande rupture est en cours pour l’espèce humaine (entendu que les deux précédentes sont (1) d’être devenue une espèce parlante et (2) l’apparition de l’écriture), transformation qui a matériellement modifié l’être humain. La 3e grande rupture en cours est la révolution digitale. Si ces ruptures ont inversé le pourcentage de connaissances directes et de connaissances indirectes, l’expérience indirecte (estimée à 80-90%) est aujourd’hui tellement dominante qu’elle en devient inquiétante et risque de nous amener vers une simplification du cerveau en déléguant trop au digital.

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Publications

Rapport d'activités 2016

logo_vignetteFB%282%29.jpg« Vous trouverez ici le rapport d’activité 2016 de Culture & Démocratie. Il atteste de ce qui a été réalisé dans le cadre de la convention qui lie l’association à la Fédération Wallonie-Bruxelles et recense aussi tout ce qui fut fait au-delà de ces obligations réglementaires.

Comme l’année dernière, l’association réalise ses objectifs de réflexion critique et de partage de celle-ci. Le Journal a effectué une mue qui l’ancre davantage dans la réalité du terrain. Cela modifie, de manière conséquente, le mode de travail et production écrite de l’association. Les rencontres qui accompagnent la sortie de chaque numéro inscrivent ce travail dans la logique d’une réflexion citoyenne partagée.

Culture & Démocratie déploie son activité dans ses champs privilégiés, enseignement, santé, prison, travail social, droits culturels et interculturalité, autant de territoires où penser les politiques, l’articulation qu’elles opèrent ou non entre la culture et la démocratie. Elle ajoute à cela un travail continu de critique interne qui se réalise lors de son Forum annuel et lui permet de mesurer avec ses membres, la pertinence – ou non – de ses orientations.

L’association a trouvé un équilibre qui lui permet de travailler dans une cohérence accrue et avec des objectifs clairs en termes d’activités et de publics. Comme en 2015 et plus encore en 2016, le contexte politique, économique et social nous a mis au défi de travailler avec lucidité et engagement, les axes d’une ambition démocratique menacée comme jamais dans ses fondements : débat contradictoire, équité, liberté, liens et solidarités.

Nous vous souhaitons bonne lecture de ce rapport. »

Sabine de Ville

Présidente de Culture & Démocratie

> Télécharger le rapport d'activités 2016

À paraître

Le Journal de Culture & Démocratie n°45 

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Le dossier de ce Journal n°45 revient sur les enjeux travaillés par la nouvelle commission Culture et territoires de Culture & Démocratie, avec une focale sur les friches. Ce numéro « quitte les espaces normés, précisément affectés, pour des lieux qui entre mémoire et futur, fixation et nomadisme, pérennité et instants, abandon et patrimonialisation, organisent autrement la relation au territoire, au travail et à la vie en commun. C’est d’une promenade qu’il s’agit ici, ralliant des lieux improbables à l’histoire pourtant longue parfois, situés à Bruxelles, en Wallonie, en France, aux Pays-Bas et en Italie.

Parcourez ces territoires et ces lieux. Chacun d’eux illustre à sa manière les enjeux que recouvrent ces lieux d’imagination, de mémoire et de tension entre utopies nouvelles et rationalité économique et politique. Laboratoires, espaces de liberté et nouvelle modalité du commun, les friches nous disent à leur manière, au-delà des impasses urbaines, ce que pourrait être la société de demain. »

Les textes de ce dossier sont accompagnés des photos de l'artiste Michel Clerbois. 

Mais aussi ...

Le Cahier 07 de Culture & Démocratie

Prévu pour cet automne, ce numéro reprendra les actes du colloque « De quoi les Capitales européennes de la Culture sont-elles le nom ? » que nous avions organisé à Mons en avril dernier.

> Pour relire le Cahier 06 – « Artistes au travail. On bouscule les idées reçues »

Archipels #2

L’équipe parisienne de L’insatiable et celle bruxelloise de Culture & Démocratie se réuniront une nouvelle fois autour de la publication du deuxième numéro de Archipels. Au rythme d’analyses, d’entretiens, de témoignages et d’images fortes, Archipels #1 – « Tourmentes et migrations » nous interroge sur la manière dont les artistes et les opérateurs culturels s’emparent de la question migratoire. Ce second numéro s’insèrera dans la lignée des thématiques abordées l’année dernière…

> Pour relire Archipels #1 – « Tourmentes et migrations »

Un Neuf Essentiels sur les communs

La sortie de ce sixième « Neufs essentiels » poursuivra le mouvement déjà insufflé par la rencontre organisée par le centre culturel La Vénerie, en partenariat avec Culture & Démocratie, en avril 2016 : « La Culture, un bien commun à construire ensemble ». À travers plusieurs notices bibliographiques commentées d’ouvrages sur le sujet, précédées d’une introduction signée par Irène Favero, cette production collective entendra questionner les notions de culture et de commun.

> Pour relire le dernier Neufs essentiels – « Pour un numérique humain et critique  »

Analyse

Fenêtre ouverte

Par Sabine de Ville – Présidente de Culture & Démocratie

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Dans sa dernière publication, Le Courrier du Musée L et de ses amis n°42, le Musée universitaire de Louvain réaffirme l’importance de la culture, comme « puissance de changement vital à tous et à la société ». 

C’est dans ce cadre que Sabine de Ville, en tant que Présidente, est revenue sur ce qui fait la force de Culture & Démocratie, ses fondements idéologiques et ses caractéristiques structurelles, mais surtout sur la façon dont elle s’insère au sein des enjeux contemporains. 

« Notre système démocratique peine à endiguer les excès – et leurs effets – d’un capitalisme dont il est à bien des égards complice : quantification, marchandisation de tout et explosion des inégalités. Il peine tout autant à endiguer l’affaiblissement de la puissance publique et la poussée alarmante des radicalismes et des extrémismes. Le monde culturel a beaucoup changé lui aussi. La mondialisation, la marchandisation de la culture et sa numérisation ont fait muter les pratiques culturelles. Pour le meilleur et pour le pire. Si les fondateurs évoquaient la culture dans le sens de l’offre culturelle et artistique, nous l’envisageons désormais dans l’acception anthropologique plus large qu’en propose la Déclaration de Mexico : "la culture comme expérience personnelle et collective, comme enracinement et ouverture, comme relation à soi et au monde, comme processus continu d’action et de transformation de soi et du monde". Cette conception inscrit la question culturelle dans tous les champs de la société et Culture & Démocratie inscrit sa réflexion et ses actions dans cette logique. En examinant l’état culturel de la société, nous examinons l’ensemble des fonctionnements et des dysfonctionnements préoccupants de la démocratie contemporaine. 

[…]

Contre la peur, contre l’effacement de la pensée, contre le tout sécuritaire, contre les dérives économistes et contre toutes les exclusions, nous parions, sans candeur, sur la puissance politique de l’expérience culturelle et artistique dans tous les lieux où elle peut se déployer y compris les moins attendus. Elle ne réglera pas ce que le politique ne règle pas mais dans tous les plis de la société, elle peut nourrir notre humanité et notre puissance créative pour nous tenir sous le ciel assombri, singuliers mais ensemble, du côté du changement, de l’ouverture et du lien. »

Sabine de Ville

> Télécharger Le Courrier du Musée L et de ses amis n°42 et retrouver l’article complet

Coups de cœur

« Tremor. Es ist immer krieg » – Un (très beau) film (inquiétant) d’Annick Leroy

Par Nadine Plateau – Membre de la commission Culture et enseignement de Culture & Démocratie

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Un long plan fixe d’une falaise en bord de mer, filmée en contre-plongée, dont s’échappe à plusieurs endroits quelque chose qui ressemble à de la fumée ou des fumerolles dans un bruit de crépitements et d’explosions. Encore et encore, trouant le paysage immobile, ces éruptions accompagnées de détonations. Telle est la séquence inaugurale du film qui nous saisit littéralement, nous arrache de notre fauteuil pour nous emmener, mais où ? Nous sommes happé-e-s dans l’univers d'Annick Leroy sans comprendre d'abord, puis en recomposant petit à petit les pièces d’un puzzle qui n’existe pas puisque c’est notre lecture qui lui donne réalité. Tout est là, dans ce premier plan : la violence et la sauvagerie de la nature captées dans un cadrage qui fait vaciller nos certitudes. Mais où donc a-t-elle planté sa caméra pour nous donner ce sentiment de vertige? En déséquilibre sur une pierre, dira-t-elle après la projection. Parfois même, elle posera sa caméra carrément à l’envers, nous faisant expérimenter la perte du centre de gravité et errer dans la splendeur noir et blanc des images. 

Au départ, il y a la rencontre d’Annick Leroy avec « la beauté rude et sauvage de l’Islande, ses lieux désertés parfois même dévastés, ses sons étranges et puissants »[1]. « Tremor » dit le titre, c’est-à-dire « d’une part les vibrations imperceptibles qui signalent l’imminence d’une éruption volcanique et d’autre part les tremblements involontaires du corps humain ». L’expérience subjective de la violence de la nature est au cœur même du film que la réalisatrice construit par associations, le nourrissant de ses rencontres poétiques, politiques, familiales. Nous entendons des voix connues (Pasolini, Ingeborg Bachman, Freud), d'autres inconnues (celle de sa mère) s’exprimant dans diverses langues qui toutes nous parlent de violence, de guerre, d'enfermement, de domination…

Le film a quelque chose d’inquiétant, de « unheimlich » comme on dit en allemand. Déjà la caméra instable nous perturbe mais c’est aussi que les repères classiques disparaissent comme dans les rêves effrayants que racontent Ingeborg Bachman et sa mère. Comme aussi lorsqu’Annick Leroy filme l'interprète d’une pièce au piano de Scelsi : nous ne voyons ni un pianiste assis devant son instrument, ni des mains glissant sur les notes mais un corps qui nous cache le clavier.

Allez voir ce film magnifique, il nous ébranle profondément et nous rappelle que toujours quelque part il y a la guerre, il y a la violence.

Nadine Plateau

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[1] Annick Leroy et Julie Morel, texte de présentation «Tremor- es ist immer krieg», bochure, Kunstfestivaldesarts, p.5

Les frontières et fantômes du corps social

Par Pierre Hemptinne – Directeur de la médiation culturelle à PointCulture, administrateur de Culture & Démocratie

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De fortes convergences se tissent entre les quatre finalistes du Prix Marcel Duchamp 2016, montrés au H18 à Ixelles après le Centre Pompidou. On pourrait croire qu’ils se sont concertés ou ont répondu à un appel thématique. Il n’en est rien. Il faut y voir la préoccupation d’artistes qui captent, dans leurs esthétiques, les secousses du monde. Ils s’attaquent frontalement aux symptômes d’une société qui renonce aux vertus hospitalières et rejette sans scrupules et massivement les fragiles, les perdants du système, les pauvres, les migrants. Comment mobiliser les sensibilités pour ouvrir d’autres mondes ?

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Les bonnes pages

« Cerveau augmenté, homme diminué » – Miguel Benasayag

Extrait du livre de Miguel Benasayag, Cerveau augmenté, homme diminué, Ed. La découverte, 2016, pp. 67-69.

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« Dans les années 2000, quand j’exerçais à Reims dans un service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, j’ai vécu à ce propos un épisode qui m’a marqué. Une mère qui me consultait pour son fils préadolescent m’a confié qu’il passait huit heures par jour sur ses jeux vidéo et que, les fins de semaine, cela pouvait aller jusqu’à seize heures. Elle lui disait pour tenter de l’en dissuader : "Ce n’est pas possible ! Pense qu’un jour, tu auras une famille et que tu devras apprendre à regarder la télévision avec ta femme." Comme si, pour prévenir les effets psychiques délétères qu’elle constatait d’une addiction frénétique aux écrans de son fils, elle lui en prescrivait une plus modérée…

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Carnet de notes d’un prof à l’école

Rencontre du troisième type

Sébastien Marandon – Professeur de français, membre de la commission Culture et enseignement de Culture & Démocratie.

Au début de l’année, une fois passée la porte de la classe, il existe 10 minutes – les dix premières minutes – où l’année choisit une direction, une sorte de concaténation vers l’inexorable.

Il y a ce sas en face à nous. À l’extérieur, nous pouvons être pétris de contradictions, d’angoisses, de solitude mais, une fois franchie cette frontière, quelque chose s’excède en nous, nous dépasse et nous soulève. Nous endossons les attentes, les peurs, les projections, les détestations et les espérances des élèves.

Ce patchwork imaginaire ne représente pas forcément une identité factice. Une alchimie opère. Les élèves façonnent en partie la classe mais plus profondément ils nous transforment. Ils augmentent notre puissance d’agir et notre joie ou nous empoisonnent lentement. Je me souviens de mes premiers cours en France au Lycée du Chambon sur Lignon. Il y a eu les jours de doute, de tristesse et de déséquilibre où il me fallait quand même passer la porte de ma classe, traverser l’écume de mes identités. Une fois entré, posté face à eux, jouant à tenir une place que je savais n’être pas encore la mienne, il se passait toujours la même transmutation : une force m’envahissait, leurs convictions que j’avais ma place ici, avec eux, à côté d’eux. En acceptant à chaque fois de m’y tenir, à cette place impossible qu’on me prêtait, en tombant je m’élevais. Alors, pour une petite heure, les élèves sculptaient mon enveloppe avec ces sourires, ces questions, des silences et parfois un franc désordre et soudain, ils m’offraient un délicieux oubli.

La relation pédagogique exténue toujours la didactique. Elle la projette hors d’elle-même. Non pas direction mais improvisation, réaction. En fait, on interagit et dans l’interaction affleure, parfois explose ce qui nous ravit, c’est-à-dire le non calculable, le non prédictible, une grâce ? Sinon pourquoi persister à faire ce métier impossible ?

Sans cette épiphanie pédagogique, la classe se réduit, se recroqueville dans le programme et l’algorithme. L’ennui métaphysique des élèves qui, avec le divertissement, cherchent à sortir d’eux-mêmes, à recréer la cabane et le labyrinthe.

Cette dynamique des chocs, de mouvements browniens, est complexe parce qu’elle ébranle toute une tectonique de stratégies, de ruses, de mensonges industrieux, d’attentes, de supputations qui se heurtent, rebondissent, s’éparpillent dans la classe et fracturent nos inerties respectives.

Une classe, c’est d’abord un magma, une fission identitaire et émotionnelle qui, telle une spire, active tout un champ de sentiments et de ressentiments.  Il s’agit d’une expérience dangereuse, qu’on le veuille ou non, toujours risquée, puisque ce qui se joue et s’éprouve, constitue l’histoire de nos transformations. Les élèves nous plient par leurs régressions, nous courbent de leur gravité et nous étirent par leurs brusques accélérations.

Une fois franchi le seuil, point de retour, chaque rencontre annonce déjà demain et chaque demain se nourrit de hier : traverser et transmettre partagent cette frontière ou bordent cette mer dans laquelle, chaque année, je plonge pour me perdre afin de mieux m’y retrouver.

Sébastien Marandon

 

L'agenda de nos membres

Projet participatif

Move it Kanal (2015 - 2021)

move%20it%20kanal.pngAvec le projet Move It Kanal, Lasso (en collaboration avec ses partenaires – JES, d'Broej, Brussels Kunstenoverleg/Réseau des Arts à Bruxelles, L.E.S. Molenbeek et IHECS) veut stimuler la participation culturelle des jeunes (10-20 ans) dans la zone du canal. La Erasmushogeschool Brussel, par le biais de sa formation d'assistant(e) social(e), est également partenaire de recherche dans le projet.

 Le projet Move It Kanal cherche avant tout à créer un réseau durable et intersectoriel d'organisations et d'institutions travaillant avec ou pour les jeunes de la zone de rénovation urbaine du canal bruxellois : les maisons de jeunes, les établissements d'enseignement et les organismes culturelles. Ses initiateurs sont, depuis des années, actifs à Bruxelles et disposent donc déjà d'un vaste réseau d'organisations avec lesquelles ils collaborent ou s'entretiennent régulièrement. Ils se chargeront de la première implantation de Move It Kanal dans les différents secteurs visés en mettant à disposition leur expertise et ce réseau. Durant la phase de démarrage du projet, une recherche a été menée concernant les besoins en matière de participation culturelle chez les jeunes de la zone du canal ainsi que sur l'offre culturelle existante.

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Promenade musées

L'Objet Nature. Promenade Musées.

Parcours musées – Jusqu'au 31 décembre 2017

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En conclusion d’une saison consacrée à la thématique Nature Culture, PointCulture présente L’Objet Nature. Promenade Musées. Un parcours dans 15 musées de Wallonie, une exposition au PointCulture Bruxelles, et un livre pour vous guider au long de la promenade musées.

Après 8 mois d’ateliers, débats, expositions, projections, ateliers – de la taxidermie à la cuisine sauvage, de la crise climatique à la permaculture, de l’anthropocène à l’antispécisme – PointCulture a voulu apporter une réponse à la question : tout le monde sait qu’on va dans le mur, comment les changements de société ne sont-ils pas plus rapides et évidents ? Ainsi, nos politiques continuent tous à miser sur la croissance. Or on sait que la croissance ne fait qu’aggraver la crise écologique.

L’idée d’explorer le patrimoine muséal wallon, plein de ressources, est alors apparue. Un parcours dans quinze musées s’est construit, chacun mettant en avant un objet-œuvre-dispositif. Chaque visite nous permet alors d’approcher la diversité des musées en Wallonie. Qu’ils soient archéologiques, technologiques, sur la mémoire industrielle, les traditions rurales, l’art ancien ou l’art contemporain…

L’outil de médiation – un beau livre illustré, 96 pages, facile à transporter – a été écrit et réalisé par PointCulture. Nos rédacteurs-trices ont été à la rencontre des musées, leurs collections, leur personnel scientifique passionné, pour raconter une rencontre-découverte avec les objets mis en avant. Sur place, chaque musée propose par ailleurs du matériel pédagogique et un accompagnement de médiation de proximité.

C’est une action aussi pour défendre les « petits » musées de proximité. Même si dans les quinze, il y en a des moins petits : le Mac’s, le Préhistorium…

  • Parcours Musées : jusqu’au 31/12/17
  • Le livre : 5 euros dans tous les PointCulture, les musées…
  • L’expo à PointCulture Bruxelles : jusqu’au 08/09/17

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Expositions / Événements

« L’art d’accommoder les restes »

Du 23 juin au 23 juillet 2017

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Joachim Coucke, Adrien Tirtiaux et Thierry Verbeke ont été associés par l’ISELP dans la perspective d’élaborer trois interventions pérennes sur le site de RECY-K (Anderlecht), niche de micro-entreprises à vocation sociale, fondée et gérée par l’Agence de Bruxelles-Propreté, dans le but d’expérimenter et de développer l’économie circulaire. L’exposition L’art d’accommoder les restes s’inscrit dans cet état d'esprit. 
À côté de trois pièces maîtresses élaborées pour l’exposition, s’agenceront des propositions plus anciennes et plus modestes ayant en commun de remobiliser des ressources en friche, qu’elles soient matérielles, linguistiques ou graphiques.

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Cinéma libre ambulant

Jeudi 29 juin, à partir de 18h, Parc Comhaire, quartier du Laveu, à Liège

Cin%C3%A9ma%20libre%20et%20ambulant.jpgPar-delà s’associe à divers camarades (Des visionsCercle du Laveu et d'autres copains) pour accueillir le Cinéma Voyageur et nous offrir une expérience de cinéma libre et ambulant.

En posant ses bagages ici ou là, au gré de ses envies, le Cinéma Voyageur renoue avec le cinéma forain itinérant du début du 20e siècle et propose une programmation qui émerveille, gratte et chatouille. Les films documentaires projetés sont produits à la marge de l’industrie cinématographique et n’ont ni de diffusion télé en chaine nationale ni de distributeur en salle. Leurs auteurs défendent leur libre diffusion. Un choix qui invite à l’échange d’expériences, de points de vue, de questionnements, dans une atmosphère intimiste.

PAF : libre. Ceux qui le souhaitent sont invités à contribuer à une auberge espagnole. Amenez vos boissons, il y aura également un bar d’appoint sur place.

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Appel à souscription

« Panser la forêt »

Panser%20la%20for%C3%AAt.jpgLe 22 avril 2017, s’est tenu l’événement « Panser la Forêt », une co-création de Sarah Staub et Coraline Drossart pour Tournai-ville en poésie 2017 et les 20 ans de FaMaWiWi.  

Mise en scène : Bruno Charrier. Écriture : Laurent Bouchain. Scénographie : Chloé Schmutz, Sarah Staub et Coraline Drossart. Interprétation : Citlalli Ramirez. © Photo de Barbara Dits.

« Panser la forêt est une offrande à la nature, rendre visible l’évident, tracer les liens qui unissent l’humanité à la forêt. Réveiller l’état émotionnel, physique, sensoriel, qui permet de ressentir les dons de la Nature et qui nous rend apte à refléter vers elle, les inestimables bienfaits qu’elle nous procure. C’est le voyage qui est proposé par cette déambulation plastique nocturne, combinaison de déambulation théâtrale et d’installation sculpturale en argile et en chaux. Le visiteur est pleinement actif dans ses mouvements, ses pensées, son ressenti pour panser. »

 

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Publications

Théâtre Public N°224 « Présences du pouvoir » Avril 2017

Dossier coordonné par Olivier Neveux (Professeur d’histoire et d’esthétique du théâtre, Responsable de la Section « Arts » à l’ENS de Lyon).

Th%C3%A9%C3%A2tre%20pr%C3%A9sence%20du%2Ce numéro 224 interroge le théâtre contemporain à travers le prisme du pouvoir : les formes diverses qu’il prend, la façon dont il s’organise, dont il se subit, les non-dits et les dénis, ce qu’il arrive à produire mais aussi ce qu’il empêche… Ce dossier explore ainsi les rapports de pouvoir et de domination au cœur même des enjeux de création, de production, de représentation, de réception.

Pour cela, il se compose principalement d’invitations faites à celles et ceux qui pratiquent l’art du théâtre : les textes et les entretiens des artistes proposent autant d’entrées subjectives pour appréhender à partir d’expériences divergentes ou convergentes, la complexité et la diversité de cette question. Il n’est pas illogique, en conséquence, d’y retrouver au gré de la lecture quelques-unes des plus vives questions qui animent aujourd’hui la société : entre autres, celles du postcolonialisme, du sexisme, des classes sociales et des conflits qui s’en déduisent. Mais il y est aussi question de ce que le théâtre propose, invente comme résistances, comme critiques ou issues. Consacré aux pouvoirs qui organisent l’activité théâtrale, ce dossier peut ainsi se lire, simultanément, comme une réflexion sur les pouvoirs qui sont les siens.

> Plus d'infos 

« Paroles de détenues »

Recueil des paroles d'un groupe de femmes du Quartier Femmes de la Prison de Lantin.

couverture_paroles_detenues_hd.jpgDurant une dizaine de mois, un groupe de femmes du Quartier Femmes de la Prison de Lantin a travaillé sur le droit aux femmes à ne pas être stigmatisées, sur les féminismes, les étiquettes, les ressentis et constats posés par elles sur ces situations vécues ou subies dans le milieu carcéral. Le récit de ces FemmeS a été recueilli au moyen de différentes techniques dont les Paroles Actrices, le Théâtre-Images et le Théâtre de l’Opprimée, dans le cadre des Activités laïques.

À l’issue de cette récolte, ce recueil des thèmes abordés durant les séances de travail est né. Réalisé par les participantes, il regroupe des compositions graphiques narratives constituant le témoignage physique des réflexions menées durant cette aventure.

Elles y partagent leurs réalités, leurs conditions de FemmeS en prisonS. Prisonnière de son corps, de son sexe, de son genre, de son origine, de sa condition, chacune y porte la voix sur ce qui lui tient à cœur, sur ses Paroles / Détenues qu’elle souhaite vous partager. Certifié sans tabou, brut de décoffrage et sans artifices !

> Télécharger la publication

Les paroles ont été recueillies grâce à Valérie, Catherine, Gaëlle, Vanessa, Latifa, Anna, Nathalie, Sabrina & Danitza et aussi, Cindy & Catherine.

En partenariat avec Alternative Théâtre, Barricade asbl, F.A.M.D., Sara Graetz, Virginie Gérouville, Sophie Dutilleux et Dacil Martin Paillet (graphisme). Le projet est soutenu par Madame la Ministre Isabelle Simonis, le ministère pour les Droits des Femmes et toute son équipe via la plateforme pour les Droits des Femmes « Alter Egales ». 

Intermag « Crise politique ou crise paradigmatique ? » Juin 2017

Par Jean Blairon – « Rupture entre les partenaires de majorité. Quelle lecture possible ? »

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Intermag est un magazine d’intervention et d’éducation permanente diffusé par l’asbl Réalisation – Téléformation – Animation (RTA). Ce dernier numéro nous propose une analyse des événements politiques belges de ce mois de juin 2017. Jean Blairon adopte un angle de vue original par rapport à ce qui est habituellement présenté dans les sphères médiatiques mainstream. Il nous permet de prendre de la hauteur sur les enjeux du débat, en dépassant le simple cadre conjoncturel comme interprétation de la crise.

> Lire l'analyse

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Merci à Baptiste De Reymaeker, Pierre Hemptinne, Sébastien Marandon, Nadine Plateau, Anne Pollet, Julie Vanderdonckt, Georges Vercheval et Sabine de Ville pour la rédaction et la préparation de cette Lettre d'information. 

Image : « Château d’eau d’Hirson. 1994 - 1995 » – ©Michel Clerbois dont les œuvres accompagnent le Journal de Culture & Démocratie n°45 à paraître prochainement.