Culture & Démocratie

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19/12/2016 n°85

La
lettre

Éditorial

Alep

Voici le temps / De la jungle la plus obscure / Même l’air bleu devint barreaux / Et impure la lumière du soleil / Voici la nuit / Dense de chacals / Lourde d’amertume / Voici le temps où les hommes renoncent

Sophia de Mello Breyner

À quelques jours de Noël et du nouvel an, voici quelques vœux.

Que le monde s’apaise, que la guerre cesse partout où elle sème douleurs et désespérances, que les responsables politiques y compris ceux qui émergent aujourd’hui à la faveur du désarroi et de l’exaspération légitime des peuples travaillent au bien commun – rien n’est moins sûr –, que les porteurs d’innovation et d’alternatives soient entendus, bref, que demain transcende aujourd’hui.

Souhaitons-nous ici une école différente, soucieuse plus qu’aujourd’hui de former des jeunes créatifs et autonomes, souhaitons-nous des créateurs prolifiques, poètes, peintres, photographes, cinéastes, musiciens de tous types, souhaitons-nous des lieux culturels pleins – ils le sont souvent – et des politiques culturelles favorisant la participation de tous à une offre aussi diverse que possible…

Souhaitons-nous de vivre ensemble des émotions et des plaisirs esthétiques et culturels, gages de liens et de rencontres.

Nous avons mal au monde et nous avons mal à la démocratie, traversée par de justes questions auxquelles jusqu’ici, les citoyens du monde apportent d’effrayantes réponses. Mais nous persistons et nous travaillons – l’aperçu de nos activités vous en persuadera – parce que nous croyons que tout est possible, toujours, y compris le renouveau et le changement.

Passez de belles fêtes de fin d’année et prenez des forces ! Nous aurons beaucoup de rendez-vous à vous proposer en 2017.

 Pour l’équipe de Culture & Démocratie,

Sabine de Ville
Présidente

La vie de l'association

2016 se termine...

2016 se termine. Déjà ? Enfin ! soupirent les permanents de Culture & Démocratie, qui peuvent désormais souffler un peu, conscients que leur repos est bien mérité. Ce dernier quadrimestre est passé à toute vitesse tant la petite équipe de l’association et ses membres les plus actifs ont été occupés par l’organisation d’événements, des collaborations, le bouclage de publications, des interventions… Rapide coup d’œil rétrospectif :

1. Le 7/09, Culture & Démocratie était aux côtés de Demos, du Service de lutte contre la pauvreté, la précarité et l'exclusion sociale et des associations partenaires qui présentaient le chapitre « Culture » du rapport qu’il rendent tous les deux ans aux gouvernements du Royaume. Lors de cette présentation, nous avons rappelé au représentant du ministre Borsu que le droit de participer à la vie culturelle ne pouvait être conditionné ou instrumentalisé à des fins d’activation. Paul Biot a suggéré qu’au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles, un texte – un décret, une déclaration – cadre l’ensemble du secteur de la Culture dans ses missions de lutte contre la pauvreté.

> http://www.luttepauvrete.be/publications/rapport8/2_culture.pdf

2. Le 10/09, Roland de Bodt, membre de la commission « Droits à la culture », intervenait à Créteil, dans le cadre du Forum de la Culture, lors d’une matinée d’échanges sur « Diversité culturelle et biens communs : comment faire ensemble aujourd’hui ».

http://www.ville-creteil.fr/le-forum-de-la-culture

3. Le 29/09, l’AG de Culture & Démocratie était conviée au Forum de Culture & Démocratie, moment important lors duquel les membres ont travaillé à préciser les fondamentaux de l’association afin de s’entendre – ou non – sur ce que, dans le nom de l’association, les termes « culture » et « démocratie » recouvrent comme territoires – réels ou symboliques – et d’évaluer ce que cela implique comme priorités pour le travail de l'association.

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L'agenda de Culture & Démocratie

L’imaginaire de l’intelligence – Milad Doueihi

2ème conférence du cycle « Pour un numérique humain et critique », saison 2
Le 17/01/2017 au PointCulture Bruxelles (145 rue Royale) de 10h30 à 12h30.
Entrée 5€

L’intelligence est le mythe fondateur de l’informatique et de nos jours elle semble nourrir tous les espoirs et toutes les utopies. Intelligence artificielle, intelligence collective, villes intelligentes, intelligence des données… tout semble intelligent… Mais quels sont les modèles qui ont façonné l’intelligence numérique ? 

 


Milad Doueihi
 a notamment publié : La grande conversion numérique, suivie de Rêveries d’un promeneur numérique (2007, 2011), Pour un humanisme numérique (2011), Qu’est-ce que le numérique? (2013). En 2017 paraîtront L’imaginaire de l’intelligence (Seuil), Entre Mer et Terre : Figures numériques des frontières (Berger-Levrault) et Un Sauvage chez les Geeks (Hermann).

 

Cycle organisé au PointCulture Bruxelles, en partenariat avec : PACCesepCentre LibrexGsaraAction Ciné Média JeunesConcertation des centres Culturels bruxellois, La Revue NouvelleArts & Publics

Appel à participation - L'art du mouvement perpétuel

Jusqu'au 10 février 2017 à 23h59

Artistes plasticiens en mouvement perpétuel, nous vous invitons à participer à une foire d’art abordable, cosmopolite actuelle et vivante dans un lieu exceptionnel !

Il s’agit de rassembler et faciliter les échanges entre un large public bruxellois et des artistes venant des quatre coins du monde, à travers un vecteur commun à tous, l’art.

L’art comme une révolte, une subversion étincelante qui pulvérise les frontières et brise les préjugés. L’art s’élevant à mille lieues de l’indifférence, de la peur de l’autre et de la différence.

Nous vous proposons d’investir le BRASS, un lieu résolument urbain afin d’exposer, raconter, vendre ou échanger vos œuvres plastiques (peinture, sculptures, dessins, photos, gravures etc.). Le décloisonnement s’initiant avant tout par la rencontre de l’autre, amenons les visiteurs à rencontrer et apprécier toute la richesse du monde qui accompagne les itinérances et tissons des liens de solidarité entre artistes !

Des artistes belges ou résidant depuis longue date en Belgique qui seraient motivés par une démarche de promotion de la liberté de circulation et de la déconstruction des préjugés sont également sollicités et bienvenus.

Outre l’exposition d’art en tant que telle, les lieux seront traversés par une ambiance dynamique ponctuée de concerts festifs et DJ Sets, créations d’œuvres participatives, ateliers de discussions, espace bar et restauration du monde, réalisation en direct d’un fanzine compilant les œuvres des artistes participants.

> Infos pratiques et conditions de participation sur le site de Bruxelles Laïque

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Organisé en partenariat avec : BRASS, Culture & Démocratie, Medex, Globe Aroma et Refugees Got Talent. Le comité artistique sera présidé par Toma Muteba Luntumbue, artiste, commissaire d’exposition.

Dernières nouvelles

Commission Culture et enseignement

Les travaux du Pacte d’Excellence se poursuivent et atteignent, sur un certain nombre de questions, leur point d’arrivée. Pour ce qui est de la question qui nous occupe, à savoir l’éducation ou la formation artistique et culturelle, le troisième avis déposé par le comité central du Pacte nous réjouit. L’avancée est réelle car l’avis disponible sur le site du Pacte d’excellence rencontre assez largement les préoccupations de tous ceux et celles qui voient dans l’éducation artistique et culturelle un complément indispensable de la formation obligatoire.

Certes, cela est énoncé sur papier. Le gouvernement arbitrera et il faudra vérifier si ces recommandations prennent ou non forme concrète, avec les ressources humaines et budgétaires adéquates.

Ailleurs, l’école fait aussi l’objet d’intenses réflexions. Le mouvement Tout Autre Chose a organisé le 20 novembre dernier une journée « Tout Autre École » rassemblant l’affluence des grands jours pour débattre toute la journée autour d’une vingtaine de thèmes et inventer au moins sur papier et en marge du Manifeste, une école différente.

La question de l’art et de la culture y fut traitée comme bien d’autres et sur ce point l’unanimité fut plutôt la règle : là où l’expérience artistique peut se déployer, l’expérience scolaire s’ouvre à des modalités de temps, d’espace et de collaborations nouvelles qui nourrissent autant l’institution et les enseignants que les enfants ou les jeunes. Enfin, les travaux et les recommandations de la coupole Alliance Culture-École (dispositif Bouger les Lignes) seront officiellement présentés le 23 janvier prochain à Bruxelles et donneront une idée des priorités partagées par les représentants du monde de l’éducation et ceux de la culture.

Les résultats de l’enquête PISA ne laissent pas d’alternative : l’école de la FWB doit bouger. Nous croyons pour notre part qu’elle gagnerait en efficacité pédagogique en intégrant la culture et les arts dans toute l’expérience scolaire et en développant, à partir de ces domaines, des savoirs, des compétences et des pratiques nouvelles.

Sabine de Ville

 

Retour sur le colloque « Soignants, artistes, usagers : faire lien pour faire sens »

L’asbl Hospichild était présente lors du colloque organisé par la commission Art et santé de Culture & Démocratie « Soignants, artistes, usagers : faire liens pour faire sens », le vendredi 18 novembre à l’Institut Libre Marie Haps. Voici la synthèse qu’en propose sa coordinatrice, Emmanuelle Van Besien.

©Vero Vandegh, Roisin (gravure)

 

De nombreux étudiants de l’Institut Marie Haps où avait lieu le colloque étaient présents dans la salle, attestant de l’intérêt du sujet pour ces futurs professionnels psychologues. De nombreux professionnels des horizons pédiatriques et associatifs ont également participé à la journée de sensibilisation autour de la pratique artistique en milieux de soins.

Le débat fut ouvert par la présidente de Culture & Démocratie, Sabine de Ville, suivie de Catherine Vanandruel, de la commission Art et santé. L’une et l’autre ont rappelé que la commission Art et santé, coordonnée par l’asbl Culture & Démocratie, rassemble des artistes et des soignants pour encourager le développement durable et professionnel des liens entre le secteur de la santé et le secteur culturel. 

Catherine Vanandruel a poursuivi en rappelant les différentes activités et productions de la commission Art et santé et introduit la journée en rappelant le rôle complémentaire des artistes qui interviennent dans les lieux de soin : « L’artiste assure alors un rôle de complémentarité, la bulle d’imaginaire, face à une médecine ultra puissante et factuelle à laquelle il vient (peut-être) rappeler la part de fragilité, d’imprévu et de maladresse propre à notre condition d’êtres humains. »

  > Écouter ici les introductions de Sabine de Ville et Catherine Vanandruel

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Numérique et modes de vie – Compte-rendu de la conférence de Mark Hunyadi du 09/12 au PointCulture Bruxelles

 

Le premier volet du cycle « Pour un numérique humain et critique » en 2016 a fait apparaître, entre autres, la difficulté d’imaginer une parade, une action culturelle spécifique, faute de mots pour définir « l’invisible qui nous neutralise », et le besoin d’une vision d’ensemble qui permette non seulement de mener des actions de terrain pertinentes mais aussi d’agir sur les mécanismes à l’œuvre dans l’action culturelle. Dans La tyrannie des modes de vie1, Mark Hunyadi (professeur de philosophie morale et politique à l’Université catholique de Louvain, directeur du centre de recherche Europé et membre de Louvain Bionics) apporte des éléments de réponse à ces questionnements.

Lors de sa conférence du 9/12 à PointCulture Bruxelles, il a commencé par citer la définition que donne Marx de la philosophie, « une critique sans concession de tout état existant », qui englobe le monde dans son ensemble : pour Mark Hunyadi, la critique, aujourd’hui, se mesure essentiellement à l’aune des libertés individuelles. Il donne l’exemple de la multiplication des comités d’éthiques : plus nombreux que jamais, de nouveaux comités se constituent à chaque nouvelle invention technologique et pour chaque sous-spécialité – le droit des patients, le respect de la vie privée, etc. Mais aucun ne s’interroge sur l’éthique fondamentale (est-ce bien là le monde que nous voulons ? Où l’on abandonne, par exemple, les plus vulnérables aux machines ?), conduisant au paradoxe d’un monde éthiquement détestable mais qui respecte parfaitement l’éthique individuelle.

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Retour sur The Final Clash – 7 mini-jeux vidéo pour déconstruire le choc des civilisations

Le vendredi 9 décembre dernier au PointCulture Bruxelles étaient présentés sept mini-jeux vidéo participatifs, basés sur la coopération et le dialogue des cultures, réalisés dans le cadre du projet Rives d'Europe.

Ces mini-jeux sont le résultat d’une quinzaine d’ateliers de réflexion sur le jeu vidéo, d’initiation à la programmation à partir de logiciels accessibles ainsi que d’une Game Jam de plusieurs jours ayant réuni participants et graphistes. Menés depuis août 2016, les ateliers ont réuni pendant quelque 80 heures, des participants curieux issus d’âges et d’horizons très différents. Pour mener à bien cet ambitieux projet, ils ont été encadrés par Pierre-Yves Hurel (ULg – Arts&Publics) et Maxime Verbesselt (Action Medias Jeunes) avec la collaboration de Roland de Bodt, chercheur et écrivain.

Après la rencontre, où participants et animateurs sont revenus sur le travail (technique et de réflexion) accompli au cours des derniers mois et où chaque participant a briévement présenté son jeu ; le public, nombreux et conquis, fut invité à tester ces 7 mini-jeux autour d'un verre.

> Vous pouvez vous aussi tester les 7 jeux vidéo ici : http://rivesdeurope.org/

La presse en parle

Pour aller plus loin sur cette question, découvrez (ou redécouvrez) l’ouvrage de Roland de Bodt, Neuf essentiels pour déconstruire le "choc des civilisations"

 

Crée en collaboration avec le projet Rives d’Europe, ce Neuf essentiels pour déconstruire le "choc des civilisations" contribue à rendre plus accessible aux citoyens, aux étudiants, aux pédagogues, aux artistes, aux animateurs, aux travailleurs sociaux, aux chercheurs, aux journalistes, aux mandataires politiques, aux administrateurs publics, aux agents des services de proximité, etc. et à tous ceux qui s’y intéresseront, un des plus importants débats culturels de notre XXIe siècle. Le débat qui revendique avec urgence, pour le dialogue démocratique et pour la culture de la paix, la reconnaissance de la place des cultures d’expression arabe et des cultures d’expression juive dans la formation culturelle de l’Europe.

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Comme en témoigne les multiples chantiers évoqués plus haut, l’association continue de déployer son activité dans ses champs privilégiés : enseignement, santé, prison, travail social et interculturalité. Le contexte actuel nous mettant sans cesse au défi, nous travaillons plus énergiquement encore à la régénération de l’ambition démocratique : débat, équité, liberté, liens et solidarités. 

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Publication

Neuf essentiels pour un numérique humain et critique

 

Culture & Démocratie réfléchit depuis plus de vingt ans à la question du droit de participer à la vie culturelle, une question centrale en termes d’enjeux démocratiques. Dans un contexte où le numérique est omniprésent, et où les politiques culturelles le présentent comme une solution de choix aux problématiques de l’accès et de la participation, il semblait important de développer une approche critique du numérique qui permette d’en cerner les possibilités en termes d’émancipation sans toutefois occulter les dangers que peuvent représenter ces nouvelles pratiques en termes de contrôle, de normalisation, d’uniformisation.

Après la mise en place, avec PointCulture et un groupe d’associations issues des secteurs culturel et social, d’un cycle de conférences sur cette question, Culture & Démocratie en fait le thème de ce cinquième « Neuf essentiels ». Au sommaire, 12 notices bibliographiques commentées d’ouvrages incontournables pour qui veut s’informer sur ce sujet, précédées d’une introduction en trois parties signée par Pierre Hemptinne, Emmanuel Vergès et Jérémy Grosman.

 

> Commander ou télécharger Neuf essentiels pour un numérique humain et critique

 

Pour aller plus loin sur cette thématique découvrez bientôt le numéro 8 de la Revue nouvelle et son dossier « Les big data épuisent-ils la culture ? », à paraître ce mois.

 

Coups de coeur

Soulèvements

 Exposition au Jeu de Paume – 1 place de la Concorde, 75008 Paris

 

Remarquable exposition à voir jusqu’au 15 janvier et qui présente des photographies, des vidéos et bien d’autres médiums pour explorer avec l’image, la figure du soulèvement.

Le Jeu de Paume a confié la totalité de ses espaces au philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman pour une grande exposition réunissant à la fois des œuvres anciennes et contemporaines.

L’institution précise dans sa présentation de la manifestation que « Soulèvements  est une exposition transdisciplinaire sur le thème des émotions collectives, des événements politiques en tant qu’ils supposent des mouvements de foules en lutte : il sera donc question de désordres sociaux, d’agitations politiques, d’insoumissions, d’insurrections, de révoltes, de révolutions, de vacarmes, d’émeutes, de bouleversements en tous genres.

C’est une interrogation sur la représentation des peuples, au sens double — esthétique et politique — du mot “représentation”. L’exposition se fonde sur un travail historique et théorique que Georges Didi-Huberman tente de mener depuis quelques années, notamment à travers une série d’ouvrages intitulés "L’oeil de l’histoire" et dont les derniers affrontent la question de l’“exposition des peuples” ainsi que de l’émotion en tant qu’elle serait à ne pas exclure d’une anthropologie politique. »

Ancrée dans la réalité contemporaine autant que dans l’histoire, l’exposition se clôt sur une vidéo qui évoque avec une économie de moyens et une puissance rare, ce qu’est l’exode pour ceux qui, aujourd’hui, frappent à nos portes.

Cette exposition articule magistralement la culture et la démocratie.

Sabine de Ville

 

Voir le site dédié à l'exposition : soulevements.jeudepaume.org

http://www.jeudepaume.org

Table ronde autour de la question « Dom » – les gitans du Moyen Orient

Rencontre organisée par l’asbl RED/Laboratoire pédagogique à l’Institut Sainte-Marie de Saint-Gilles le 7 décembre 2016.

 

À cette occasion, et au travers du dispositif pédagogique « La Petite École », l’asbl se faisait le porte-voix de la question de la scolarisation des enfants réfugiés.

« La Petite École » est un lieu d’accueil et de transition pour les enfants de migrants déscolarisés, porté au quotidien par deux enseignantes, Juliette Pirlet et Marie Pierrard. Accueillis 5 jours par semaine dans les locaux du centre socio-culturel Garcia Lorca, les enfants sont accompagnés dans leurs apprentissages au travers d’activités scolaires mais aussi artistiques, manuelles et récréatives. Au-delà de la volonté de leur apprendre le français, l’ambition de ce projet est surtout d’offrir cadre et assistance, apaisement et écoute à des enfants qui découvrent de nouveaux codes culturels, afin de les préparer en douceur à intégrer le cadre scolaire traditionnel. La démarche s’accompagne aussi d’un travail de coordination et de médiation de long terme, tant avec les acteurs du système scolaire qu’avec les parents, pour que les enfants poursuivent au mieux leur parcours une fois inscrits à l’école.

Pour en savoir plus sur « La Petite École » et suivre pas à pas les progrès des enfants :

> http://redlabopedagogique.tumblr.com/

« La Petite École » a pour vocation de s’ouvrir à tous. Mais, révélatrice d’enjeux sociétaux, elle n’est actuellement fréquentée que par des enfants d’origine Dom. La tenue de la table ronde du 7 décembre dernier nous a offert la possibilité de revenir sur ces communautés dont on ne parle pas et que l’on connaît peu.

Qui sont les Doms, gitans du Moyen Orient réfugiés en Europe ? D’où viennent-ils ? Quelles problématiques leur présence en Europe soulève-t-elle ? Comment les accueillir, quels processus d’intégration leur offrir ? Bruno Hérin, linguiste et professeur à l’INALCO de Paris, Kemal Vurlan Tarlan, photographe et artiste en Turquie, Koen Geerts, travailleur social dans le cadre des activités menées par l’asbl « Le Foyer » à Molenbeek, ont tenté de répondre à ces interrogations. En nous présentant leurs recherches, les diverses modalités de leurs pratiques et de leur présence sur le terrain, ils nous ont permis de mieux appréhender ces communautés trop souvent discriminées et mises à l’écart.

Nous souhaitions ici saluer l’ensemble de ces démarches, et leur apporter notre soutien. Un soutien qui va aux enseignant(e)s du RED/Laboratoire pédagogique et plus particulièrement aux enseignantes de « La Petite École » qui permettent, par l’enseignement et la culture, de valoriser des enfants aux parcours de vie déjà si marqués. Un soutien aux artistes, aux acteurs des milieux culturels et universitaires qui, par leurs pratiques et leurs recherches, sensibilisent et font sortir de l’ombre des situations que l’on ne peut tolérer dans une société démocratique. Un soutien aux travailleurs sociaux, qui permettent la communication, la collaboration et la compréhension, qui créent du lien au quotidien, et nous donnent de l’espoir.

Julie Vanderdonckt

Pour en savoir plus sur les intervenants et leur travail 

> Bruno Hérin : http://www.inalco.fr/enseignant-chercheur/bruno-herin

> Kemal Vural Tarlan : http://www.kemalvuraltarlan.com/

> Koen Geerts : http://www.foyer.be/?lang=fr&nouv

Un exemple à suivre

 

En France mais, à ma connaissance, pas en Belgique, des jeunes peuvent faire des stages, voire un service civil sur des chantiers de restauration du patrimoine. D’après les témoignages des jeunes, le travail d’équipe sur le chantier et les approches théoriques et pratiques ont facilité leur insertion dans le pays, l’apprentissage de la langue, le monde du travail et certains y ont trouvé leur vocation, en comprenant le rôle du patrimoine, témoin du passé culturel, social, architectural, les métiers de la construction y compris les métiers d’art. 

Anne de San

Infos et témoignages 

Les bonnes pages

Le théâtre de Jean Genet – Olivier Neveux

Editions Ides et Calendes, 2016, 120 pages
In « Au pays de l'ombre et du monstre », p.97.

« Par temps de crise, l'art, entend-on, se doit d'être constructif, de s'ordonner à quelques éthique et esthétique du "vivre-ensemble" : qu'il s'acharne à dissoudre les conflits plutôt qu'à les exacerber, à édifier plutôt qu'à détruire, à donner des nouvelles du monde plutôt qu'à le refuser, à chanter la fraternité plutôt qu'à tracer les motifs de son impossibilité, à décrire le réel plutôt qu'à en scruter les abîmes. Qu'il exhibe des monstres, complaisamment s'il le faut, mais que soit évidente leur condamnation. Qu'il fasse modèle ou dérision de nos détestations. Et s'il s'échauffe, parfois, à quelques discours rances et réactionnaires : qu'il continue ! Pourvu que ce soient là des œuvres "politiquement incorrectes", c'est à dire illusoirement transgressives et correctement ajustées aux intérêts politiques et idéologiques de la domination... Et s'il est question, au contraire, de l'ignominieux racisme, que l'on laisse les belles consciences en manifester, véhémentes, leur dégoût.

De tout cela, et des démagogies diverses qui peuvent en résulter, l'œuvre de Genet se tient à grande distance. Elle ne construit pas la société, elle souhaite sa perte ; elle n'émancipe pas les opprimés, elle s'adresse aux oppresseurs pour leur laisser un goût de cadavre en bouche ; elle ne dit rien de l'ordonnancement de la réalité puisque cela peut se dire ailleurs ; elle ne fait pas parler les pauvres, les noirs et les "domestiques" autrement qu'à son goût ; elle ne libère pas les spectateurs de leur position de spectateur, elle n'est ni immersive ni participative ; elle ne documente rien, ne rivalise pas avec les discours dominants ; elle dédaigne les vivants pour les morts ; elle est ambiguë, louche ; elle est méchante, injuste. Elle aime le somptueux, l'abondance, le spectaculaire. Elle est "délicate", soyeuse, lyrique, baroque. »

Carnet de note d’un prof à l’école

Passage à l’acte

Acte 1 

Nous patientons dans une large pièce où quelques fauteuils élimés assistent, hiératiques, aux exclamations de surprise de mes élèves qui s’enthousiasment de pouvoir fumer à l’intérieur. Ça tombe plutôt bien, il fait froid ce soir.

J’en profite pour participer à l’élan général en remarquant incidemment qu’il y a aussi un bar. Un théâtre n’est pas un espace monofonctionnel mais un lieu de rencontre, de convivialité et parfois même, de brassage social (soyons fou).

Une sonnerie retentit. Nous passons devant l’ouvreuse pour découvrir de chaque côté de la salle deux immenses tables de banquet vêtues de nappes blanches qui se toisent. La scène vide est barrée par un grand rideau noir. Karine s’interroge : « Où doit-on s’asseoir ? »

Deux actrices plantées à même la salle nous dévisagent. Elles invitent les spectateurs à s’asseoir sur des rangées de chaises qui dessinent deux lignes parallèles entre les murs latéraux et les deux tables.

« C’est quoi ça ! » s’exclame un peu trop fort Myriam découvrant le verre de vin blanc qui l’attend à sa place. Il y en a un pour chacun de nous. Leila, musulmane, me demande : « C’est quand même pas de l’alcool ? » Ce qui fait réagir Gisèle : « On peut le boire ? » « Le bar s’est invité dans le spectacle », me fait remarquer fort à propos Karine…

Toutes sont déséquilibrées par ce dispositif et je suppute des difficultés à venir. C’est beaucoup pour des élèves qui découvrent ou qui reviennent au théâtre. En brisant le 4ème mur, le metteur en scène renforce un peu plus le sentiment de mes élèves de ne pas être à leur place. Myriam et Gisèle rient nerveusement, se demandant « c’est quoi ce truc » avec des moues dubitatives tandis que Karine s’enferme déjà dans la contemplation de son téléphone portable.

 

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L'agenda de nos membres

Rencontre

POP’S-Bozarism

Le 19 janvier de 18h à 21h à Bozar dans l’exposition A Feverish Era in Japanese Art.

L’exposition A Feverish Era in Japanese Art nous plonge dans le Japon des années 1950-1960, traumatisé par la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui cherche à oublier les destructions de la bombe. Les artistes explorent de nouvelles formes, textures, matières et expressions. En 1958 dans ce Japon en pleine effervescence, Michel Tapié – critique d’art français – découvre « Gutaï », un mouvement qui expérimente les frontières de l’art avec des artistes tels que Murakami, Shiraga, Horio ou Yoshihara ; tous recherchent la liberté, en étant les premiers à faire des performances.

Bozar ouvre ses portes à l’ISM (Institut Sainte-Marie – 5 rue Émile Féron, 1060 Bruxelles) et à ses élèves de 7ème professionnelle pour une soirée interactive où performances, happening, sérigraphie en live et autres surprises vous attendent.

Les élèves accompagnés de trois artistes bruxellois, Parole, Luis Pôlet et Obêtre vous accueillent pour vous offrir leur regard sur l’exposition A Feverish Era.

Il s’agit pour eux de « comprendre, expliquer, déchiffrer, élucider, saisir, commenter et donner du sens, traduire, devenir et pénétrer l’existant en l’agissant »1. Comment habiter et s’approprier une époque et une culture lointaines ? Comment s’en nourrir et la « ré-enacter » en quelque sorte en rejouant et en offrant une vision créative et contemporaine ? Comment, le temps d’une soirée, décliner et démultiplier une exposition afin de réactiver des gestes et de s’emparer des œuvres en compagnie des spectateurs ?

L’ISM et Bozar vous proposent d’accompagner les élèves, les artistes et les professeurs « en se ressaisissant de la résonnance du passé dans le présent pour advenir »2.

 Sébastien Marandon

 

Les 7èmes professionnelles de L’institut Sainte-Marie rue É. Féron 1060 BXL et leurs professeurs options publicité (Marie Philippe), sérigraphie (Marie Pierre Andrin et Sophia M’Ghari) et décoration d’intérieur (Dominique Mangeot).

Les artistes : Parole, Obêtre et Luis Pôlet.

#tumblr : bozarism016nextgenerationplease 

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1 Aurore Després, Gestes en éclats, Presse du réel, 2016

2 Ibid.

 

Manifeste

Un Manifeste contre la déshumanisation du travail social

 

Le travailleur social exerce-t-il encore un travail réellement « social », ou est-il devenu l’agent d’une politique de contrôle? Le Manifeste du travail social s’insurge contre cette dérive.

Face aux pressions croissantes des pouvoirs publics pour, notamment, limiter l’usage du secret professionnel, le Comité de Vigilance en Travail Social (CVTS) a décidé de mobiliser ses membres et d’autres partenaires, pour rédiger un Manifeste de défense du travail social. Ce document, fruit d’un travail collectif, est désormais public. Il réaffirme haut et fort les valeurs intrinsèques qui fondent l’action des travailleurs sociaux. Ces valeurs sont aujourd’hui laminées par des politiques sociales qui visent à réduire l’accès égalitaire aux droits sociaux. Les travailleurs sociaux ne peuvent pas être des agents d’exécution ou de contrôle de politiques sociales régressives. Au contraire : leur rôle est de garantir l’équité de traitement et l’accompagnement, dans le respect et la dignité, des exclus d’un système de plus en plus implacable.

Un socle déontologique et un appel citoyen

Ce Manifeste réaffirme le socle déontologique sur lequel les travailleurs sociaux peuvent s’appuyer pour alimenter et soutenir leur résistance, leur engagement et leur éthique. Il vise également à rompre leur isolement et à favoriser une forte mobilisation, seul rempart aux dérives et pressions normatives que subit le travail social. Cet écrit répond à l’une des missions de base du CVTS : « Créer un espace de mobilisation transversal pour tous les travailleurs sociaux, quel que soit leur secteur de travail et leur profession. »

Nous espérons que ce Manifeste donnera l’occasion à ceux qui s’en saisiront de réfléchir, de débattre, d’agir dans une volonté commune, et de lutter contre les inégalités et la déshumanisation de notre société. Au-delà de la défense d’un cadre « professionnel », ce Manifeste est également un appel citoyen.

Un appel à signatures est lancé par le CVTS pour soutenir ce texte et lui donner la légitimité du nombre.

> Télécharger le Manifeste au format PDF

 

Contact et informations

Julie Kesteloot – Tél. : 0477/30 53 78

http://www.comitedevigilance.be

 

 

Appel

Artistes de l’exil

En octobre 2016, une équipe d’écrivains, photographes, illustrateurs et animateurs du Medex (Musée éphémère de l’exil) a visité le camp de Katsikas, au Nord-Ouest de la Grèce.

L’équipe a établi un premier contact avec les résidents du camp, et mené toute une série d’activités et d’ateliers avec la collaboration des bénévoles indépendants qui opèrent là-bas. L’expérience fut tellement satisfaisante qu’ils souhaitent retourner au camp, mais cette fois pour une période d’un mois – du 4 janvier au 4 février 2017 – afin d’avoir le temps de mener un grand nombre d’activités et, surtout d’établir des liens plus profonds avec les résidents du camp.

Le résultat final de ce projet sera :

-  La publication des œuvres réalisées avec les résidents du camp de Katsikas ;

- Une série de conférences, expositions et événements sur le thème de la migration, de l’intégration et de l’art qui auront lieu à Bruxelles et Paris.

Pour financer ce voyage et l’achat de matériel nécessaire le Medex lance une campagne de crowdfounding.

> Pour soutenir le projet c’est par ici : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/artistes-de-l-exil

 

 

 

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Tél. : 02/502 12 15

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Merci à Anne de San, Sabine de Ville, Sébastien Marandon, Emmanuelle Van Besien, Baptiste De Reymaeker, Hélène Hiessler, Béatrice Minh et Julie Vanderdonckt, pour la rédaction et la préparation de cette Lettre d'information.

Illustration : ©Warvin dont les œuvres accompagnent le Journal de Culture & Démocratie n°43, « Ce que sèment les Capitales européennes de la Culture », à paraître au mois de janvier 2017.