Compléments et précisions suite à l’article de Pierre Hemptinne « Faire collection en médiathèque : un patrimoine immatériel », publié le 5 février 2026.

24-03-2026

En quelque 70 ans, ce sont plus de 200 personnes qui ont travaillé à la construction de la collection de la Médiathèque, à nulle autre comparable. Construction d’une collection, certes, mais aussi d’une véritable institution culturelle, un lien à multiples facettes entre des publics et des œuvres.

Quant à l’histoire syndicale de la Médiathèque : la toute première délégation fut créée à la fin des années 1970. Je suis malheureusement le seul survivant de ce premier quatuor. Ensemble nous avons mené un combat très dur, parfois proche du pugilat, contre une direction rigide et un président de l’ASBL particulièrement réactionnaire. Il fallait sortir d’une époque où l’on avait remplacé le bénévolat des débuts par des salaires dignes d’un sacerdoce. Cette délégation s’est donc concentrée sur la reconnaissance d’un métier. Si celui de bibliothécaire était bien reconnu, celui de médiathécaire était alors inexistant. Le chantier était énorme et nous avons créé un règlement de travail, un conseil d’entreprise, un comité de sécurité et d’hygiène (essentiel pour une institution répartie entre plusieurs villes et divers services roulants) et un barème pour la profession. Une petite révolution pour un secteur qui en avait bien besoin, mais surtout la reconnaissance d’un métier et de ses spécificités. Spécificités multiples dont la création de collection n’est pas la moindre mais dont les tâches d’accueil du public furent absolument essentielles et si bien développées par de nombreux·ses membres du personnel.

Oui, le sort des collections est essentiel et l’avenir pourrait être dramatique si celles-ci perdent les compétences qui les animaient. Car elles n’ont rien en commun, contrairement aux affirmations de madame la ministre Degryse, avec les collections des bibliothèques.

Et ce qui est complètement nié, littéralement balayé du revers de la main, c’est un métier, un ensemble de métiers s’articulant les uns aux autres pour faire vivre les liens entre des collections et des amateur·ices à la curiosité saine. Cette destruction de notre métier, et particulièrement de ceux qui sont encore aujourd’hui au service de la Médiathèque Nouvelle, est un scandale politique dont les conséquences risquent d’être graves.

C’est tout le secteur culturel qui est visé par ce genre de décision. Les combats menés dans les années 1970 sont à refaire parce que ceux qui nous gouvernent planifient d’autres destructions encore.

 

Étienne Bours,
membre du personnel de la Médiathèque d’octobre 1975 à février 2008

 

Lire ici l’article Faire collection, en médiathèque : un patrimoine immatériel, publié par Pierre Hemptinne sur l’Agora de Culture & Démocratie.