Vue d’exposition BXL UNIVERSEL II : multipli.city, Arbre à Palabres, Stephan Goldrajch, CENTRALE | hall, 2021
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Introductions

Passez le micro

Tania Nasielski, directrice artistique adjointe de La Centrale, co-curatrice de multipli.city

09-12-2022

 


Est-il besoin pour une ville-monde telle que Bruxelles d’un récit commun, d’un point de mire qui fertiliserait un imaginaire collectif ? Se peut-il que la singularité d’une ville aussi plurielle et cosmopolite que Bruxelles soit précisément de donner à voir et à entendre les récits polyphoniques qui la composent et qui créent, presque malgré eux, une synchronie momentanée qui se fait et se défait comme des nouesn, comme les nous qui se rencontrent et se construisent aux intersections d’héritages, de présents et d’à venir issus de géographies variables, d’écritures singulières, d’architectures polymorphes, d’espaces en frichen offrant de nouveaux possibles ?

Dans sa (co)construction organique, collective, participative, alliant œuvres d’artistes, organisations citoyennes et voix issues des publics, l’exposition-forum BXL UNIVERSEL II tente d’offrir, à partir de la plateforme d’un centre d’art, un espace-temps pour contribuer à penser ces possibles, à donner à voir et à entendre des modes multiples d’habiter le monde et la ville, et d’en être habité·e.

Initié par Carine Fol en 2016, pour les 10 ans de La CENTRALE, le premier volet de la trilogie BXL UNIVERSELn, BXL UNIVERSEL I : un portrait subjectif proposait une lecture décloisonnée de l’art, liant culture populaire, folklore, art outsider et art contemporain.
Dans le prolongement de cette approche décloisonnée, BXL UNIVERSEL II : multipli.city questionne en 2021 la ville cosmopolite, plurielle, et la relation entre art et action citoyenne. Le troisième volet, prévu pour les 20 ans de La CENTRALE en 2026, proposera avec BXL UNIVERSEL III : utopia city, une vision kaléidoscopique de la cité, envisagée comme le berceau en puissance d’un avenir utopiste.

À partir des œuvres proposées par les artistes Younes Baba-Ali, Vincen Beeckman, Aleksandra Chaushova, Effi & Amir, Hadassah Emmerich, Pélagie Gbaguidi, Stephan Goldrajch, Sabrina Montiel-Soto, Lázara Rosell Albear, Anna Raimondo, Oussama Tabti, et des contributions des organisations citoyennes partenaires BNA-BBOT, Culture & Démocratie, Globe Aroma, Kunstenpunt, Moussem, et Zinneke, le projet multipli.city aborde et questionne ce qui traverse la cité, ce qui s’y entend, ce, et ceux et celles, que l’on y voit et que l’on n’y voit pas : tissu urbain, interculturalité, multilinguisme, intersectionnalité, (co)création artistique, pouvoir, collectif, vivre-ensemble. Notamment.

« From A to B and back again », écrivait dans sa philosophie Andy Warhol en 1975. Or ne s’agit-il pas ici aussi d’allers-retours qui se font entre le centre et la périphérie, entre l’art et la vie, l’individu et le collectif, les pratiques artistiques et le terrain économico-social, l’œuvre créée (individuellement ou collectivement), exposée, et son archive, la création et sa médiation ?

Et si, via leurs œuvres, les artistes, à l’instar des poètes selon Christian Bobin, portaient aussi assistance à personnes en danger ? Dans « L’art peut-il sauver la villen ? », Eric Corijn propose ces questions : « Comment l’art à Bruxelles peut-il également parler de et avec Bruxelles ? Comment une BXL UNIVERSEL II, une multipli.city peut-elle et doit-elle être élaborée ? Quelle signification l’art peut-il et doit-il avoir dans la construction de la ville, dans l’apprentissage du vivre-ensemble ? Ce qui rend ici le dialogue si difficile pour l’artiste ou le penseur, c’est que cet “autre côté”, ce point de contact, se manifeste sous de nombreuses formes et dans de nombreux endroits. »

L’un de ces endroits s’est incarné, pour quelques mois (et ce pendant la crise sanitaire du Covid-19, ce qui a amené des contraintes et par conséquent des solutions pour créer l’hospitalité et la rencontre entre protagonistes, artistes, auteur·ices, publics, penseur·ses, étudiant·es, etc.) dans le centre d’art et autres lieux de la ville qui l’abrite. Les espaces investis ont accueilli et exposé les œuvres des artistes invité·es, mais aussi les créations collectives réalisées, via un travail de médiation, avec des associations, des écoles, des équipes de terrain œuvrant de concert avec artistes et publics.

Les publics de l’exposition avaient aussi, en l’espace du kleine salon, co-imaginé avec Eric Corijn et la compagnie Transquinquennal, un lieu où dialoguer avec les protagonistes du projet, chacun·e tour à tour présent·e dans cet espace-salon conçu pour y recevoir les visiteur·ses un·e par un·e (les restrictions sanitaires ne permettant pas de rassemblements) et d’ainsi prolonger l’expérience de la visite par une conversation.
Cet endroit offrait aussi aux visiteur·ses la possibilité de s’exprimer sur l’espace mural mis à disposition pour y dessiner, y écrire.

Cette publication est aussi l’un de ces endroits. Elle se fait l’écho et l’archive des questions soulevées, des débats menés, des émissions diffusées dans le contexte de ce projet d’exposition-forum.

Récits, écritures, architectures se croisent et dialoguent, traversés par les processus, les collaborations, les transformations et les perspectives partagées. Amorcée au sein de l’équipe du centre d’art et avec les artistes, la co-construction se prolonge avec les organisations citoyennes partenaires, les auteur·ices du cataloguen et les publics prenant part, ici à la création d’œuvres collectives, là aux débats sur la ville.

Artistes, philosophes, auteur·ices, musicien·nes, travailleur·ses participant de l’écosystème de l’art et de la culture, et « une multitude de publics et de contre-publics performatifs et temporairesn » portent leurs voix et partagent leurs regards sur la ville plurielle, avec en mémoire Bruxelles 2000 capitale européenne de la culture, et en point de mire, Bruxelles 2030, à nouveau candidate à ce titre.

Le mouvement amorcé dans mulitpli.city se poursuivra avec BXL UNIVERSEL III : utopia city. Il s’agira alors d’élargir le champ et d’agrandir la focale, tout en œuvrant à partager porte-voix et microphone, tant dans les marges et les interstices que dans ce que l’on appelle le centre. Comme le souligne Daniel Blanga Gubbay dans le débat « Clôture & perspectives : de multipli.city à utopia city », évoquant la question des voix invisibilisées, qui parle, et de quelle manière, au nom de qui ? « L’anthropologue Su’ad Abdul Khabeer écrit : « You don’t have to be a voice for the voiceless. Just pass the mic. » : Pas besoin d’être la voix pour ceux et celles qui n’en ont pas. Passez juste le micro.

1

Marielle Macé, Nos cabanes, Éditions Verdier, 2019.

2

Les friches sont évoquées notamment par Amir lors du débat « Imaginaires de la ville ».

3

BXL UNIVERSEL, trilogie initiée par Carine Fol, Directrice artistique de La CENTRALE.

4

Eric Corijn, « L’art peut-il sauver la ville ? », in BXL UNIVERSEL II : multipli.city, CFC Éditions, 2021.

5

BXL UNIVERSEL II : multipli.city, op.cit. Auteur·ices : Véronique Bergen, Florence Cheval, Eric Corijn, Dirk de Wit & Sofie Joye, Carine Fol, Rachida Lamrabet, Tania Nasielski.

6

Nancy Fraser citée par Lionel Ruffel in Brouhaha. Les mondes du contemporain. Verdier, 2016, évoqué par Florence Cheval dans « Conversation avec Carine Fol et Tania Nasielski », dans BXL UNIVERSEL II : multipli.city, op. cit.

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