L’aide humanitaire à Gaza, un piège mortel pour les habitants (chronique)

Ziad Medoukh est professeur de français et chercheur en sciences du langage à l’université Al-Aqsa de Gaza. Université prise pour cible et détruite comme l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur de l’enclave palestinienne par les forces israéliennes. Poète et écrivain engagé, Ziad Medoukh a fait le choix de rester à Gaza. Culture & Démocratie publiera régulièrement ses chroniques et ses poèmes écrits avec force et justesse depuis Gaza City.

08-07-2025

À Gaza, la faim est instrumentalisée comme une arme. Depuis le 27 mai, l’occupant organise une aide alimentaire minimale, militarisée et humiliante, sous-traitée à une entreprise américaine. Les civil·es affamé·es sont attiré·es dans des centres de distribution sous surveillance armée, piège mortel. Le nord de la bande reste totalement isolé. Loin d’un soutien humanitaire, ce système entretient le chaos et piétine toute dignité humaine.

Gaza City, juillet 2025.

Depuis le 27 mai 2025 suite à des pressions américaines, l’occupation a poursuivi l’introduction de l’aide alimentaire, mais une aide alimentaire très limitée, par la création de deux centres de distribution gratuite de produits alimentaires (principalement de la farine) entre Khan Younès et Rafah et au centre de la bande de Gaza.
Par contre, l’aide n’arrive pas à la ville de Gaza et au nord. Les centres de distribution de l’aide sont gérés par une société américaine mais sous contrôle de l’occupant. Les habitants du sud sont obligées de se réveiller à 2h du matin pour arriver aux centres de distribution qui ouvrent à 8h. Ils restent ouverts jusqu’à midi et lorsque les habitants affamés arrivent, ils sont accueillis par des chars, des drones et des soldats israéliens qui tirent sur eux. Depuis le 27 mai, 630 sont morts et 4250 ont été blessés.
Pour mémoire, depuis le 2 mars dernier, tous les passages sont fermés, le blocus est renforcé, aucun camion ne passe dans l’enclave palestinienne. Donc la majorité de ceux qui se rendent dans ces centres sont des personnes affamées qui ne trouvent rien parce que les produits sont très très chers : un kilo de farine coute jusqu’à 60€, un kilo de riz jusqu’à 40€, un kilo de sucre jusqu’à 90€.
Voilà donc comment fonctionne cette société américaine au service de l’occupation qui attire les jeunes gens et les habitants dans ce qui constitue un piège mortel.
En plus des habitants il y a des commerçants et des hommes en armes qui viennent acheter les denrées alimentaires distribués gratuitement. Ainsi les habitants qui parviennent à recevoir de l’aide alimentaire gratuite sont souvent obligés de les vendre à bas prix à des commerçants qui spéculent.
Un sac de farine peut être acheté à 100€ puis revendu à 500€ par des commerçants dans le nord de la bande de Gaza. Certaines personnes âgées, des enfants et des femmes se voient retirer les vivres reçus sous la menace d’armes blanches ou d’armes à feu.
Avant cette trêve, il y avait plusieurs centres de distribution qui fonctionnaient très bien en toute équité, gérés par l’UNRWA, le programme d’aide alimentaire international, et plusieurs organisations humanitaires internationales. Les personnes concernées étaient prévenues des arrivages pas SMS et recevaient les vivres sur présentation de leur pièce d’identité. Mais les forces d’occupation qui veulent le chaos ont mis sens dessus dessous ce système parfaitement fonctionnel.
Pour le nord de la bande Gaza et pour la ville de Gaza où vivent 1,4 million de Palestiniens et de Palestiniennes, les produits alimentaires sont introuvables et extrêmement chers. Il y a des commerçants qui récupèrent cette aide pour aller la vendre au nord, et des habitants affamés qui attaquent les camions d’aide alimentaire avant leur arrivée dans les dépôts et les magasins des organisations internationales.
Ces camions ne sont pas protégés car les Palestiniens ne disposent pas des moyens qui permettraient d’assurer la sécurité des convois. Ce sont en général les commerçants qui profitent de cette situation chaotique et les habitants qui en font les frais.

 

Lire les autres publications de Ziad Medoukh

« Gaza dévastée, mais debout » (poème), dans Agora, 2025.

« Gaza, de l’enclave au continent », dans Journal de Culture & Démocratie ,« Chez soi », Hors-série, 2020.