Valeur et Monnaie
Michel Bauwens, théoricien de l’économie collaborative
En 2024, Culture & Démocratie a rejoint le réseau de la Zinne, la monnaie locale et citoyenne bruxelloise, afin de soutenir une économie alternative au modèle spéculatif capitalisten. Afin de nous éclairer sur le principe de l’économie collaborative, nous avons fait appel à Michel Bauwens, l’un de ses théoricien·nes belges. Cet article retrace l’évolution historique de la comptabilité en Europe pour mettre en lumière ses changements de régimes et de valeurs, du don/contre-don médiéval à la monnaie à intérêt et à l’extractivisme contemporains. Comment faire advenir aujourd’hui un nouveau changement de régime de valeurs ? Plusieurs pistes sont déjà expérimentées à travers les systèmes de comptabilité contributive, de flux ou thermodynamique et ce, à différents niveaux planétaires… Explication et présentation dans cet article !
Avant de parler de la monnaie et des monnaies complémentaires, nous devons parler de la valeur.
Pendant des milliers d’années, les groupes humains n’ont pas utilisé ce que nous appelons aujourd’hui la monnaie. Certaines sociétés tribales utilisaient des « jetons » (coquilles, etc.), mais qui n’étaient généralement pas utilisés comme des indicateurs d’un prix de marché, car les marchés existaient à peine. Le contexte était celui d’un système de valeurs principalement basé sur le don et le contre-don : les sociétés tribales n’étaient pas des sociétés « marchandes » !
Naissance de la monnaie
La monnaie est vraiment née avec l’État, et spécifiquement, en tant que moyen de payer les armées et de financer la logistique nécessaire à la guerre, ainsi que l’a soutenu l’anthropologue David Graebern. Une fois le modèle « civilisationnel » établi, disons plus ou moins il y a 5000 ans en Mésopotamie, et que nous avons créé une société complexe basée sur la division du travail, où les citoyen·nes de l’Empire n’étaient plus capables de produire eux·elles-mêmes tout ce dont ils et elles avaient besoin, les marchés ont été nécessaires pour fournir des produits et des services, surtout dans les villes. La monnaie est devenue une nécessité technique en tant qu’équivalent universel permettant à tous les produits et services d’être comparés selon une norme unique. Mais pendant longtemps, les systèmes monétaires étaient conçus avec un principe d’intérêt inversé, selon lequel la monnaie perdait de la valeur avec le temps.
La monnaie est vraiment née avec l’État, et spécifiquement, en tant que moyen de payer les armées et de financer la logistique nécessaire à la guerre, ainsi que l’a soutenu l’anthropologue David Graeber.
La « dépréciation » contre l’accumulation
Pensez à un temple en Mésopotamie responsable de la régulation du flux de riz qui déborde pendant la saison des récoltes, mais qui manque pendant les périodes plus sèches. Le temple stocke le riz au nom des agriculteur·ices ou des propriétaires terrien·nes, mais ce riz se détériore avec le temps. La logique de la monnaie reflétait ces conditions « matérielles » : elle perdait de la valeur avec le temps.
Par exemple, la Bractéate (Brakteat) était une monnaie qui circulait en Europe au Moyen Âge sous forme de pièces ou de médailles, et toutes les quelques années, les citoyen·nes étaient obligé·es de les échanger, ce qui entrainait une perte de valeur. Puisque la monnaie perdait de la valeur avec le temps, la thésaurisation – c’est-à-dire le fait d’accumuler de l’argent sans l’investir –, n’était pas bénéfique : il était préférable de l’investir dans des activités productives et des machines. Dans cette société de « castes », perçue comme une unité organique où chaque groupe social avait un rôle plus ou moins fixe, complémentaire aux autres, et un niveau de revenu socialement assigné, ce type de monnaie limitait l’inégalité.
La logique de dépréciation de la valeur de la monnaie reflète la réalité matérielle des sociétés à faible croissance ou statiques, dans lesquelles l’enrichissement de l’un·e ne pouvait conduire qu’à l’appauvrissement de l’autre – à moins que la valeur excédentaire ne provienne de l’extérieur (autrement dit d’une conquête). C’est pourquoi les sociétés anciennes régulaient plus strictement les niveaux de propriété et les statuts sociaux : elles garantissaient des niveaux de revenu selon le statut social et le rôle sociétal, régulant même les prix du marché pour assurer l’approvisionnement continu en nourriture de ses citoyen·nes. En Occident médiéval, ce système reposait sur la théorie du « juste prix ».
Émergence de la monnaie à intérêt en Europe
Dans Au cœur de la monnaien, Bernard Lietaer raconte comment la défaite de l’hérésie cathare au XIIIe siècle a conduit au remplacement de la monnaie décroissante par de la monnaie « royale » à intérêt, et comment cela a complètement changé la société occidentale.
Margrit Kennedy fait écho à ses idées : « Comme personne ne voulait garder cette monnaie, les gens se sont mis à investir plutôt dans des meubles, des maisons solidement construites, des œuvres d’art et tout ce qui promettait de conserver ou d’augmenter sa valeur. C’est à cette époque que certaines des plus belles œuvres d’art et d’architecture sacrées et profanes ont vu le jour. ‟Alors que la richesse monétaire ne pouvait pas s’accumuler, la richesse réelle a été créée.” Nous pensons encore à cette époque comme l’un des points culminants de l’histoire culturelle européenne. Les artisans travaillaient cinq jours par semaine, la ‟Saint Lundi” a été introduite, et le niveau de vie était élevé. De plus, il n’y avait que peu de conflits et de guerres entre les différents royaumes de pouvoir. Mais il était manifeste que les gens n’aimaient pas la monnaie, qui perdait régulièrement beaucoup de valeur. Vers la fin du XVe siècle, le ‟denier éternel” (eternal penny) a finalement été introduit, et avec lui sont venus l’intérêt et l’accumulation de richesses entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint de personnes, ainsi que les problèmes sociaux et économiques qui les accompagnentn. »
La monnaie n’est pas neutre, qu’elle peut être conçue pour divers usages, et donc pour bénéficier à certains groupes plus qu’à d’autres.
Une fois l’intérêt en place, vous avez besoin de plus d’argent pour rembourser vos dettes, et si vous ne pouvez pas vous développer économiquement, vous vous appauvrissez. Selon Lietaer, l’introduction de ce nouveau système monétaire a conduit à l’effondrement de la société médiévale et féodale au XIVe siècle, dissolvant le tissu social et ouvrant la voie à la peste et à d’autres perturbations qui finiraient par détruire l’ordre féodal.
Un tel changement radical montre deux choses : que la monnaie n’est pas neutre, qu’elle peut être conçue pour divers usages, et donc pour bénéficier à certains groupes plus qu’à d’autres. Cela pointe également vers des changements dans le « régime de valeur », ou comment la conception de ce qui est précieux change avec le temps et peut entraîner des transformations civilisationnelles fondamentales.
Des changements profonds dans le régime de valeur
Une fois que vous avez de la monnaie à intérêt, vous entrez dans une société qui doit croitre, dans laquelle celles et ceux qui ont de la main-d’œuvre mais pas d’argent doivent en emprunter et rembourser plus, ce qui conduit à un flux permanent d’argent des pauvres vers les riches. Il y a donc un lien étroit entre l’économie spécifique du capitalisme marchand, et la « forme » que prendra la monnaie.
Selon une étude citée par Magrit Kennedy en 1995n, tout ce que vous achetez aujourd’hui comprend environ 40 à 50 % de remboursement de dettes. En effet, chaque agent de la chaine d’approvisionnement emprunte de l’argent et doit le rembourser avec intérêts, ce qui se reflète ensuite dans le prix de tout produit et service.
Une fois que vous avez de la monnaie à intérêt, vous entrez dans une société qui doit croitre, dans laquelle celles et ceux qui ont de la main-d’œuvre mais pas d’argent doivent en emprunter et rembourser plus, ce qui conduit à un flux permanent d’argent des pauvres vers les riches.
Nous allons nous intéresser à quelques exemples de changements profonds dans le régime de valeurs.
Dans l’Empire romain déclinant, la classe dirigeante avait pour idéal de s’affranchir du travail matériel en le confiant à des esclaves. Par conséquent, le travail y avait une valeur négative. On dit d’ailleurs que le mot travail provient du mot tripalium, qui désigne le harnais utilisé pour forcer les animaux domestiques (comme les bœufs) à travailler. Une fois l’empire esclavagiste effondré et la Chrétienté devenue la religion hégémonique du Moyen Âge émergent, son slogan devient « Ora et labora » : travaillez et priez. Ainsi, dans le nouveau régime de valeurs, le travail y endosse soudain une valeur positive : il devient un moyen de changer le monde pour le mieux. Le travail des agriculteur·ices, des artisan·es et des moines aide le divin à créer un monde plus parfait, en suivant les impulsions adamique (créer de meilleurs êtres humains) et édénique (créer une meilleure société) inspirées par la Bible hébraïque et surtout le message du Nouveau Testament avec l’exemple de la vie communautaire des apôtres. L’idéal grec de l’amélioration personnelle à travers les vertus, disponible uniquement pour les élites non-travaillantes, est devenu un devoir pour tous, bien que les capacités éducatives ne soient pas également accessibles.
Avec ce changement radical de régime de valeurs, le système féodal était entièrement différent du système esclavagiste romain.
Chaque fois que le régime de valeurs change, la forme, le design et la fonction du système monétaire changent avec lui.
Quelque chose de similaire s’est produit avec l’émergence des villes marchandes, d’abord en Italie et en Flandre, lorsque la comptabilité en partie double a été inventée et que le marché a commencé sa longue marche vers l’hégémonie. Au XVIIe siècle, les économistes ont discuté de la nécessité d’abandonner le régime de valeurs basé sur la terre et de le remplacer par un régime de valeurs basé sur le travail, éventuellement complété par d’autres « facteurs de production ». Or chaque fois que le régime de valeurs change, la forme, le design et la fonction du système monétaire changent avec lui. Pensez à l’évolution du Gold Standard (étalon-or), à son abandon et à l’actuelle impression à haut risque de monnaie « fiduciaire » (celle, comme nos pièces et billets actuels, dont la valeur nominale – d’usage – est supérieure à sa valeur intrinsèque) par les gouvernements et les banques. Alors qu’au départ l’offre monétaire était directement liée à la disponibilité de l’or et de l’argent extraits, elle est devenue le produit de prêts du système bancaire, tel que régulé par les banques centrales. Et alors que le premier objectif de ce changement était de créer suffisamment d’argent pour permettre la croissance économique d’une économie industrielle, il est devenu le moyen de financer une économie hautement spéculative qui fait constamment des paris sur l’avenir.
Extractivisme et rareté : un régime de valeurs destructeur
Je suis convaincu que nous sommes aujourd’hui à l’aube d’un nouveau régime de valeurs et qu’une fois de plus, la refonte de nos systèmes monétaires est à l’ordre du jour. Mais une chose est absolument essentielle à propos du régime de valeurs institué au XVIIe siècle : la valeur y est désormais basée sur la capacité du travail à extraire des marchandises et le cout implicite du travail des autres facteurs de production. En d’autres termes : le prix est fonction de la rareté d’une marchandise (et cela inclut le travail lui-même ainsi que le cout des ressources naturelles). Autrement dit, pour créer de la valeur, vous devez être engagé·e dans une activité extractive et créatrice de rareté.
Cela signifie également l’exclusion des activités non extractives qui étaient auparavant intégrées dans le système de valeurs : pensez à toutes sortes de travaux de soins, en particulier ceux effectués par des femmes. Nous sommes maintenant dans une situation paradoxale où polluer l’océan ou les plages après une marée noire « ajoute » de la valeur à l’économie tandis que le bénévolat pour nettoyer les plages polluées « soustrait » de la valeur à l’économie.
Le prix est fonction de la rareté d’une marchandise (et cela inclut le travail lui-même ainsi que le cout des ressources naturelles). Autrement dit, pour créer de la valeur, vous devez être engagé·e dans une activité extractive et créatrice de rareté.
Alors, où cherchons-nous un nouveau changement de régime de valeurs ? Les communautés créatrices de valeur post-industrielles qui utilisent des réseaux numériques par le biais de la coopération trans-locale sont des candidates de premier choix, mais nous devons également regarder les communautés centrées sur la production délocalisée qui expérimentent des monnaies complémentaires et nous tenterons d’expliquer comment les deux sont liées.
La piste des monnaies complémentaires
L’examen de la comptabilité est ici essentiel car il nous montre ce que la société « compte » comme valeur. Le premier registre comptable a été trouvé à Sumer, et la capacité à compter les marchandises entrantes et sortantes a été à la base de la création des premiers « États ». D’une certaine manière, la comptabilité (c’est-à-dire la capacité à rendre compte des flux de biens) a donc rendu possible la création de l’État.
L’outil comptable « blockchain » change le système de valeurs, avec le passage d’une perspective narcissique sur ce qui « enrichit votre propre entreprise ou corporation » sans aucune vision de l’impact social ou écologique systémique, à un système comptable en 3D qui rend compte de la valeur dans un réseau ou un écosystème.
À partir du XIVe siècle, avec la comptabilité en partie double, nous avons créé le système comptable qui permettrait l’hégémonie du capitalisme. Aujourd’hui, cependant, nous avons créé un registre universel, c’est-à-dire un système comptable ouvert unique (l’outil comptable « blockchain »). Cela change le système de valeurs, avec le passage d’une perspective narcissique sur ce qui « enrichit votre propre entreprise ou corporation » sans aucune vision de l’impact social ou écologique systémique, à un système comptable en 3D qui rend compte de la valeur dans un réseau ou un écosystème. Soudainement, nous avons les moyens de visualiser l’impact écosystémique et les externalités. Sur ce registre planétaire où nous développons des indicateurs pour évaluer en permanence l’« état écologique » (ecological state), nous avons développé des monnaies programmables, c’est-à-dire des outils comptables conçus pour « voir les courants » (current-sees) qui peuvent être spécifiques à un domaine d’activité (tel que le projet FishCoin pour la pêche).
En même temps, nous développons de nouveaux types de comptabilité écosystémique examinés dans le rapport de la P2P Foundation « P2P Accounting for Planetary Survival » :
– Les systèmes de comptabilité contributive rendent compte des contributions qui ne sont pas prises en compte dans une économie de marchandises qui ignore les externalités.
– La comptabilité des flux, comme le système REA (Ressources Évènements Agents), permet à toute transaction d’avoir lieu dans un écosystème ouvert de coopération en réseau.
– La comptabilité thermodynamique permet de visualiser les flux de matière et d’énergie, y compris le travail humain et les contributions en dehors d’une vision purement financière.
Régime de marchandises vs régime de valeur contributive
Dans un régime de marchandises, seules les ressources extraites et rares ont de la valeur et créent du profit. Cela signifie que l’État peut alors taxer ce profit et éventuellement redistribuer le capital pour le bien-être et la restauration écologique. Mais notez : dans ce régime de valeurs, il est impossible de financer directement des activités régénératives.
Grâce à ce changement fondamental dans notre vision de ce qui constitue la valeur, à savoir ce qui soutient l’écosystème global, nous pouvons maintenant valoriser bon nombre des externalités.
Dans un régime de valeur contributive, par contre, il est maintenant possible de reconnaitre et de valoriser les contributions directement en tant que contributions, c’est-à-dire que la valeur devient « systémique » : comment une activité contribue-t-elle à la valeur globale du système en réseau ? Grâce à ce changement fondamental dans notre vision de ce qui constitue la valeur, à savoir ce qui soutient l’écosystème global, nous pouvons maintenant valoriser bon nombre des externalités. Au niveau le plus basique, nous pouvons distinguer entre positif et négatif, et entre externalités sociales et écologiques, avec des « contributions » faisant référence à des actions ayant un impact positif et un « impact » faisant référence à des conséquences négatives.
Pistes pour sortir d’un système de valeurs basé sur l’extraction
Sur la base de cette analyse, comment pourrions-nous envisager un système de valeurs intégré qui ne soit plus exclusivement basé sur les marchandises, c’est-à-dire basé sur l’extraction ? Encore une fois, nous pouvons nous inspirer de Bernard Lietaer qui a proposé un système de valeurs à quatre niveaux basé sur différents types de monnaies programmables :
– Le premier niveau est le niveau local où les monnaies complémentaires devraient être conçues pour protéger les flux de valeur. Remarquez que lorsque les gens déposent de l’argent à la banque, cet argent n’est pas investi localement mais dans des activités spéculatives éloignées, créant ainsi une perte de valeur pour la communauté locale. Dans un tel contexte, des banques et monnaies bio-régionales imbriquées peuvent être conçues pour maintenir davantage le flux local de création de valeur.
– Le deuxième niveau est le niveau spécifique au domaine, orienté vers des réalités économiques spécifiques pour lesquelles des monnaies programmables peuvent être créées. Par exemple des systèmes de crédit mutuel en ligne pour l’échange de travail, à des monnaies basées sur l’énergie telles que Solarcoin, enracinées dans la production réelle d’énergie, ou à des systèmes expérimentaux comme FishCoin. Ce type de monnaies thermo-dynamiquement conscientes peut être programmé, par exemple, avec un montant maximal de droits de pêche lié à la distribution de la monnaie aux détenteur·ses de droits.
– Le troisième niveau reste le régime des monnaies nationales (ou à inventer : bio-régionales) qui visent aux équilibres macroéconomiques dans toute économie régionale ou nationale (ou transnationale) donnée. Beaucoup de choses pourraient être modifiées à ce niveau également.
– Bernard Lietaer et Margrit Kennedy ont également proposé un quatrième niveau « transnational » via la proposition d’une monnaie mondiale, le Terra. Une telle monnaie pourrait être liée à un « panier de matières premières », incluant l’énergie, et représenter les « limites thermodynamiques » du système mondial.
C’est, je crois, une vision assez réaliste du prochain système de valeurs vers lequel nous pourrions évoluer. Bien sûr cela ne concerne que la valeur monétaire : toutes les activités humaines n’auront pas besoin d’être mesurées, valorisées et récompensées, mais ce serait le sujet d’un autre article sur le dépassement des régimes monétaires.
Différentialisme et universalisme
En ce qui concerne la valeur mesurable, nous devons examiner deux niveaux de changement :
– Le niveau du différentialisme local, régional et spécifique au domaine: c’est le contexte des économies de valeur auto-organisées, locales-géographiques ou virtuelles-spécialisées-translocales, qui peuvent évoluer vers une position de « souveraineté de la valeur ». Par ce terme, nous entendons le développement de monnaies locales et virtuelles conçues pour respecter de nouveaux régimes de valeurs spécifiques qui reconnaissent les contributions dans un contexte spécifique. Toute communauté open source, toute communauté locale peut décider de réserver une partie du flux de valeur pour financer et récompenser ce qu’elle considère comme une valeur contextuelle.
– Au niveau des flux de valeur translocales – l’échange de valeurs qui a lieu au sein d’écosystèmes ouverts non locaux – nous devons commencer à réfléchir à l’importance de la « valeur systémique », autrement dit à l’importance de valoriser et financer l’impact écologique et social à grande échelle dans le but de protéger l’écosystème naturel et les êtres non-humains dont nous dépendons, ainsi que l’équilibre social interne de la société humaine elle-même.
Cette proposition soutient à la fois le différentialisme – c’est-à-dire le droit d’être différent au niveau local pour y protéger les habitudes et cultures, y compris pour les communautés spécialisées translocales –, et « l’universalisme » – c’est-à-dire la capacité de prendre soin de l’ensemble de la planète à un niveau « cosmique ». C’est pourquoi nous proposons le concept de cosmo-localisme, dans lequel « ce qui est lourd est aussi local que possible » et ce qui est léger, c’est-à-dire les idées, le code, etc., est aussi global et partagé que possible. Le différentialisme est l’orientation de base de la localité, l’universalisme est approprié pour le soin commun de toute notre planète.
Cette proposition soutient à la fois le différentialisme – c’est-à-dire le droit d’être différent au niveau local pour y protéger les habitudes et cultures, y compris pour les communautés spécialisées translocales –, et « l’universalisme » – c’est-à-dire la capacité de prendre soin de l’ensemble de la planète à un niveau « cosmique ».
Tous ces éléments éclairent un changement sous-jacent dans le régime de valeurs qui est en cours actuellement, et non quelque chose à attendre dans un avenir lointain. Le régime de valeurs actuel est en train d’imploser et nous devons nous préparer à tous les niveaux cosmo-locaux de notre réalité économique, sociale et écologique pour nous adapter aux nouvelles réalités systémiques auxquelles nous sommes confronté·es dans une ère de « méta-crise » interconnectée et accélérante.
L’explication et le fonctionnement sont disponibles dans l’article « Nous avons rejoint le réseau de la Zinne : la monnaie locale et citoyenne bruxelloise ! »
David Graeber, Dette : 5000 ans d’histoire, trad. Françoise et Paul Chemla, Les liens qui libèrent, 2013.
Bernard Lietaer, Au cœur de la monnaie. Systèmes monétaires, inconscient collectif, archétypes et tabous, trad. Michel Ickx, éditions Yves Michel, 2011.
Margrit Kennedy, Interest and Inflation Free Money, Seva International, 1995, p. 90. [Traduction libre de l’auteur.]
Idem.
