« Le dessin et la pointe sèche me plaisent parce que ce sont des moyens d’expressions très directs. En travaillant, je cherche à saisir le temps qui m’échappe. Ma figuration n’est qu’une métaphore pour visualiser mon monde intérieur (colère, peur ou solitude). L’art populaire, l’art brut et les dessins d’enfants m’ont depuis toujours influencé par leur caractère spontané et parfois brutal, dépourvu de “chichis” et hors des conventions. »
Le trait de Petrus De Man est abrupt, le fusain, la pointe sèche et le pastel creusent le papier, sculptent un trait anguleux, dressent des architectures, des matrices dans lesquelles se tient un homme, petit, nu, debout ou replié, solitaire ou blotti contre l’autre quand l’autre est là. Figure énigmatique, silencieuse, tendre et maladroite, de guingois, courbée ou repliée sur elle-même, évoquant à la fois l’amour, la solitude, l’écrasement ou la perdition. Figure puissante aussi, dressée dans le contraste des noirs profonds et du blanc des papiers. Petrus De Man convoque le masculin, adulte ou enfant, adulte/enfant seul ou non. Ces figures humaines surgissent, inscrites dans des formes esquissées ou vigoureuses, portes, supports, cadres, cages, lits, puits, plafonds écrasants, autant d’espaces soit rassurants, soit menaçants. Ces figures semblent interroger celui ou celle qui les regarde, établissant une conversation muette dans laquelle se partage une interrogation sur le monde et sur l’humanité.
Petrus De Man convoque aussi le monde végétal et le monde animal. Les arbres, les fourmis et toutes sortes de bestioles familières, drôles et inquiétantes peuplent son univers. Ils disent la fantaisie et l’humour de son regard, plus vivement encore lorsque la couleur s’en mêle.
Or depuis quelques années, le travail de Petrus De Man fait une place grandissante à la couleur – pastel et aquarelle – et rend du monde une vision plus claire et plus enjouée. La mélancolie se teinte d’une gaieté nouvelle même si les végétaux qui se multiplient dessinent une nature débridée et par endroit mystérieuse ou inquiétante. Lumière certes, mais jamais très éloignée du sombre. Fragilité, tendresse, puissance et poésie se conjuguent dans ce travail sensible et profond.
Roger Pierre Turine écrivait à l’occasion d’une exposition de Petrus De Man à la galerie 2016, en 2013 : « Il appartient à chacun d’entrer dans les images de De Man avec ses propres histoires, d’y projeter ses inquiétudes et ses révoltes […] Rien n’est innocent dans cet art-là.n
Petrus De Man est né à Halle le 24 avril 1955. Après des études supérieures au Sint-Lukasinstituut, Gent, il s’est formé auprès de Luc Claus, dans l’atelier de gravure de Raf Coorevits et dans l’atelier de peinture de Dan Van Severen. Depuis 1990 il a beaucoup exposé, seul ou en groupe. Parmi ses expositions les plus récentes : expositions personnelles – Galerie 2016, Brussels (2013), Galerie XXL, Brussels (2011), Galerie du Château, Lausanne (2011), Bank Delen Antwerpen (2010), Galerie Polad-Hardouin, Paris (2009), Salon du dessin contemporain (2008), (Galerie P. Hallet et Galerie Polad-Hardouin), Paris, Galerie Pierre Hallet (Bruxelles, 2008), Salon du dessin contemporain (Galerie P. Hallet), Paris (2007), Galerie Béatrice Soulié, Paris (2006) ; expositions de groupe – BRAFA, Bank Delen, Bruxelles (2009), Institut Supérieur pour l’Étude du Langage Plastique, Bruxelles (2009), Bruxelles-Centre Wallonie-Bruxelles, Paris (2008), Foire d’Art Contemporain Strasbourg (2007), Lineart Gand (Galerie UP-ART Brussels, 2007), Galerie Polad-Hardouin Paris (2007), « Au-delà du corps » Aixe-sur-Vienne, France (2005), Ancienne maternité Sainte-Elizabeth, Uccle (2005), Elzenveld (avec Luc Claus), Anvers (2004).
Roger-Pierre Turine, La Libre Belgique, Cahier Arts, 20 août 2013
