Lina Kusaite est une illustratrice et éco-artiste. D’origine lituanienne, des études en stylisme l’amènent à séjourner dans divers pays européens, et elle décide finalement de s’installer à Bruxelles au tout début des années 2000, malgré les difficultés administratives importantes à une époque où la Lituanie n’est pas encore membre de l’UE.
En 2001, elle rejoint FoAM, une organisation culturelle qui développe des projets culturels mêlant arts, sciences, technologies et nature en lien avec la vie quotidiennen. Elle s’y investira pendant 10 ans avant de développer d’autres activités, cherchant toujours les moyens de connecter sa pratique artistique à une réflexion sur le vivant et les écosystèmes. Elle multiplie les projets d’illustration, apprend des méthodes de coaching en expression créative et lance, notamment, le projet Plant Kindgom, présenté dans la Lettre de Culture & Démocratie n°86n, qui consiste en une série d’ateliers éco-créatifs s’adressant à la fois aux enfants, à leurs parents et à leurs enseignants avec pour objectif de les sensibiliser à l’équilibre entre la flore locale, les écosystèmes et l’environnement urbain.
Les créations artistiques de Lina Kusaite sont le reflet de ce parcours aussi riche que varié. N’est réuni dans ce Journal qu’un petit aperçu de sa production. Elle dessine, le plus souvent, en couleurs, et en variant les types de papier. Elle puise son inspiration aussi bien dans la science-fiction que dans les contes de fée ou encore les films d’animation japonais du studio Ghiblin, toujours avec une dimension organique très forte : végétaux intrigants, animaux reproduits avec une précision scientifique, créatures hybrides, mi-femme mi-robot, parfois mi-arbre, humains avalés par les plantes… dans l’univers de Lina Kusaite, le végétal s’impose, la nature reprend ses droits.
L’illustratrice utilise aussi le collage, comme pour la série de créations réalisées pour la publication Détours de PointCulture à l’occasion de leur thématique annuelle Nature Culture. Dans ces images, une interrogation politique vient enrichir le propos. Sur le papier ligné d’un vieux cahier de comptabilité utilisé « comme métaphore de la pensée, de l’industrialisation et de la consommation », elle dessine des cubes blancs qui « représentent notre environnement urbain, des maisons dans lesquelles nous vivons aux aliments en boîte dans les rayons des supermarchésn », et de drôles de petits cercles reliés par des traits, diagrammes botaniques renvoyant au problème des monocultures et de l’état actuel de l’agriculture et de l’agro-industrie. En superposition, on voit une sorte d’antique ampoule à décanter où s’engouffre un assemblage dense de plantes et d’organes humains tirés de manuels d’anatomie, symbolisant « le passage de l’exploration à l’exploitation ». Les compositions mêlant végétal, animal et humain, forêts de formes vivantes et rosaces de squelettes, rappellent la fragilité de l’idée d’un humain comme créature singulière, séparée du reste de la nature. Par cette fusion des éléments Lina Kusaite a voulu montrer à quel point ils sont semblables, « et comment nous faisons partie d’un même organisme magique : l’univers ». « J’essaye de relativiser le concept de l’individualité, de séparation et de mise à distance avec la nature dont nous continuons à abuser en tant qu’êtres humains. »
Lina Kusaite a illustré de nombreux ouvrages et réalisé des visuels pour des jeux vidéo et différents autres supports. Elle a aussi exposé, seule ou en groupe, en Belgique mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas, en Lituanie et aux États-Unis. Parmi ses expositions les plus récentes : Japan Media Arts Festival (Dortmund), Otherworldly : Optical Delusions and Small Realities exhibition (MAD, New-York), PalmTop Theater Exhibition (Rotterdam puis Osnabrueck), Galerie d’Art du Centre culturel d’Utena en Lituanie, Tree and Leaf (Bruxelles).
www.cocooncharacters.com
www.behance.net/cocooncharacters
« Lina Kusaite et le projet Plant Kingdom », Lettre de Culture & Démocratie n°86, rubrique « Coups de cœur » : www.cultureetdemocratie.be/lettre/
Détours, janvier/mars 2017, PointCulture.
