« Les friches sont des terrains qui ont perdu leur fonction, leur vocation, qu’elle soit initiale ou non : friche urbaine, friche industrielle, friche commerciale, friche agricole. Laissées momentanément à l’abandon, ces surfaces peuvent fournir l’opportunité de repenser l’aménagement du territoire, tant en milieu rural qu’urbain. La situation n’a pas de caractère irréversible : la friche peut être réaffectée à une activité comparable ou être réaffectée à une autre activité (anciennes usines réhabilitées en ensembles résidentiels, de bureaux ; terrils en espaces de loisir, etc.). Il s’agit donc souvent d’un temps d’attente, d’une situation transitoire entre un usage et un autre.n »
Embarquement immédiat entre vieux murs, broussailles et chemins incertains, au cœur des villes. Les friches sont au centre du Journal de Culture & Démocratie n°45. Celui-ci quitte les espaces normés, précisément affectés, pour des lieux qui entre mémoire et futur, fixation et nomadisme, pérennité et instants, abandon et patrimonialisation, organisent autrement la relation au territoire, au travail et à la vie en commun. C’est d’une promenade qu’il s’agit ici, ralliant des lieux improbables à l’histoire, situés à Bruxelles, en Wallonie, en France, aux Pays-Bas et en Italie.
Chacun de ces lieux décline une histoire singulière mais selon des axes assez communs : occupation militante (d’abord) ou plus consensuelle (ensuite), invention de nouvelles manières de faire société et/ou de créer. La volonté de s’inscrire dans un ailleurs et dans un autrement s’exprime initialement de manière radicale, dans une vive contestation qui çà et là, fait place à des alliances – des compromis ? – complexes entre occupants, pouvoirs publics et propriétaires publics ou privés, chacun y cherchant et y trouvant à peu près son compte.
Les contributeurs racontent, au fil de récits particuliers ou d’analyses minutieuses, l’histoire et l’évolution des friches depuis les premières formes de squats politiques et/ou culturels et partant, celle des politiques urbaines, culturelles et sociales. Histoire marquée par les ambivalences car comme on le lira, quand les friches se donnent des contours innovants sur le plan économique et/ou culturel et artistique, elles contribuent y compris malgré elles à la progressive gentrification des zones urbaines dans lesquelles elles s’inscrivent ou à leur patrimonialisation.
Parcourez ces territoires et ces lieux. Chacun d’eux illustre à sa manière les enjeux que recouvrent ces lieux d’imagination, de mémoire et de tension entre utopies nouvelles et rationalité économique et politiquen. Laboratoires, espaces de liberté et nouvelle modalité du commun, les friches nous disent à leur manière, au-delà des impasses urbaines, ce que pourrait être la société de demain.
Bon voyage et bonne lecture !
Ces enjeux sont travaillés par une nouvelle commission Culture et territoires au sein de notre asbl. Celle-ci est ouverte à tous les membres intéressés.
