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Numérique

Illustration de Kikie Crêvecoeur
À l’heure où le numérique est omniprésent et où les politiques culturelles le présentent comme une solution aux problématiques de l’accès et de la participation, nous tentons de développer une approche critique du numérique qui permette d’en cerner les possibilités sans toutefois en occulter les dangers.
70 Résultats
Maximiser l’exactitude, minimiser l’erreur
Pierre Hemptinne
Une des caractéristiques principales du cerveau humain est sa fonction prédictive. Quasi compulsive, liée aux contextes de survie. Brassant les milliards d’informations et de données qu’il prospecte ou qui le traversent en dépit de sa volonté. Cherchant à comprendre qui il est, où il est, où il va, avec qui, comment. Cherchant à se situer et à se projeter dans ce qui vient. Pour ce faire, « il assimile des patterns avec facilité et rapidité, et extrapole intuitivement ces impressions pour les appliquer à l’événement suivant. L’esprit humain voit partout des récits, quelques fois même là où il n’y en a pas, et remplit les trous pour leur donner sens et cohérence. [D]ans sa construction d’une représentation mentale, il s’efforce de maximiser l’exactitude et de minimiser l’erreur. » (Leor Zmigrodn) Cette activité prédictive, au départ individuelle, nourrit les dynamiques réflexives collectives des dispositifs par lesquels les individus se forment en interaction avec d’autres et en lien avec les institution sociales.
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Emmanuelle Quertain
Les images qui introduisent ce dossier sont quelques-unes des 465 aquarelles qui constituent l’œuvre My Address de l’artiste belge Emmanuelle Quertain. Dans cette pièce monumentale, elle propose un geste pictural qui traduit l’ensemble des datas – non écrites – qu’elle a consommées sur une période de cinq mois sur son ordinateur. Ces aquarelles – qu’elle nomme datas painting – recouvrent les murs des lieux où elles s’exposent dans l’idée de rappeler la notion de quantité et que les spectateur·ices aient la sensation – comme en ligne – d’être immergé·es dans cet ensemble. Libre à chacun·e de les lire toutes, comme un film, en les suivant les unes après les autres ou, de façon plus onirique, de laisser une image arriver, puis une autre, avec l’impression toutefois qu’on ne pourra pas tout voir.
Face à la surabondance d’images auxquelles nous sommes chaque jour confronté·es, cette œuvre questionne notre capacité d’attention, de concentration et de discernement. À une époque de surconsommation d’images et de dissolution permanente, qu’est-on encore capable de distinguer ? À l’heure où les algorithmes associent pour nous les contenus qu’ils nous proposent, quelle est notre réelle part de décision ? Plus qu’un autoportrait numérique de l’artiste, My Address se veut plus globalement un portrait des médias dans leur ensemble, mêlant indistinctement des images de drones, d’incendie et de canadairs, de figures de musique pop féministe, ou encore le portait du footballeur Benjamin Mendy.
Cet ultra-morcellement associé à la rapidité du geste pictural est une façon pour Emmanuelle Quertain de portraiturer notre époque tout en s’interrogeant sur sa posture d’artiste : « En tant que peintre, si je ne choisis plus ce que je regarde, est-ce que je suis encore capable d’avoir un point de vue ? Et est-ce que chercher à en avoir un a du sens, dans un monde où les gens ne s’inquiètent pas de savoir s’ils sont dans un espace fermé ou dans un espace ouvert ? »
Le travail d’Emmanuelle Quertain questionne aussi les rapports sociaux de notre temps. À l’heure où l’intime est exposé en continu, la peinture est pour l’artiste à la fois une forme d’exhibition par excellence mais aussi une manière de se cacher. En disant « regardez ici », Emmanuelle Quertain choisit ce qu’elle montre ou ce qu’elle ne montre pas. L’architecture participe de la monstration tout comme l’époque définit notre capacité à voir, à participer à un espace public ou à un espace de société.
Ainsi, plus largement l’œuvre pointe la tendance à l’actuelle objectivisation des individus, dont l’attention n’est qu’une ressource parmi d’autres, et nous propose de conscientiser la manière dont on devient objet derrière un écran, notamment en nous interrogeant sur notre relation à notre propre langage. Le travail d’Emmanuelle Quertain nous invite ainsi à retrouver notre condition de sujet ainsi que notre capacité à faire société. Lire l’entretien avec Emmanuelle Quertain
Lire la suite ❌ Soirée-débat 6/11 au DK | Production et consommation de l’énergie : des alternatives citoyennes et collectives
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Culture & Démocratie et Inter-Environnement Bruxelles vous convient le jeudi 6/11 au DK à une soirée-débat consacrée aux enjeux d’une production collective de l’énergie et de sa consommation en réseau. Tandis que la technique confine les solutions dans les mains des « experts » et dans la sphère marchande privée, des alternatives, ancrées dans la réalité des habitant·es existent. Pour une appropriation des savoirs et une organisation collective à l’échelle d’un quartier.
Lire la suite Utopie du logiciel libre. Du bricolage informatique à la réinvention sociale, Sébastien Broca
H.H.
Sébastien Broca est sociologue au Centre d’études des techniques, des connaissances et des pratiques de la Sorbonne.
Dans Utopie du logiciel libre : du bricolage informatique à la réinvention sociale, il s’emploie à montrer comment le Libre « s’est progressivement étendu hors du domaine informatique et a ainsi acquis une vraie portée utopique ».
Lire la suite Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation. Le disparate comme condition d’individuation par la relation ? Antoinette Rouvroy et Thomas Berns
H.H.
Antoinette Rouvroy est docteure en sciences juridiques de l’Institut universitaire européen et chercheuse du FNRS au Centre de recherche en Information, droit et société (CRIDS) de l’université de Namur. Docteur en philosophie, Thomas Berns enseigne la philosophie politique et l’éthique à l’Université libre de Bruxelles dont il dirige le Centre de recherche en philosophie. Ensemble, ils travaillent sur les nouvelles formes de normativité comme le contrôle statistique ou ce qu’ils appellent la « gouvernementalité algorithmique », dont ils décrivent les principes et le fonctionnement dans cet article. Ils s’emploient ici à montrer comment la modélisation en apparence objective du social par la collecte et le traitement de données en quantité massive (les big data) affecte les comportements dans de multiples domaines comme la sécurité, la prévention, le marketing ou encore la gestion des ressources humaines et en vient à transformer insensiblement la relation à la norme des sociétés occidentales. Enfin, ils rappellent la nécessité du « disparate » pour tout projet de création de commun.
Lire la suite Le mirage numérique pour une politique des big data – Evgeny Morozov
B. M.
LE MIRAGE NUMÉRIQUE POUR UNE POLITIQUE DES BIG DATA
Lire la suite Superfloukse
Multimédia
Création sonore | Un documentaire de non-fiction proposé par Culture & Démocratie et conçu par Leslie Doumerc de Radio Panik, en collaboration avec Corentin du collectif Technopolice BXL et de Martino Morandi de Constant.
Lire la suite Numérisation à l’hôpital : un gain de temps ?
Guillermo Kozlowski
La numérisation à l’hôpital est souvent présentée comme une forme de progrès, alliant sécurité, efficacité et rapidité. Mais l’ordinateur peut-il réellement rivaliser avec un·e infirmier·e expérimenté·e ? Est-il possible – et souhaitable – de rationaliser la souffrance d’un malade ? Qui paie le prix de cette informatisation à tout crin ? Pour quel temps (vraiment) gagné ?
Lire la suite Pistage dans le cyberespace
Corentin
La généralisation de l’usage de la téléphonie mobile, du bornage par les antennes wi-fi et de la pratique de stockage dit « cloud » a fait émerger de nouvelles manières d’appréhender les déplacements dans l’espace public. De plus en plus répandues dans le contexte de la pandémie et d’une volonté affirmée de « gérer les foules », ces technologies participent aussi d’une surveillance généralisée des individus, souvent à des fins marchandes. En collectant massivement nos données privées dans certains espaces publics, ces dispositifs de surveillance − cartographiés par le collectif Technopolice − mettent à mal la protection de celles-ci. En outre, ils surdéterminent nos comportements, car si le pistage numérique aide à prédire les déplacements des foules, il permet aussi de les diriger sans qu’elles en aient conscience. En modifiant ainsi nos manières d’appréhender et d’habiter collectivement l’espace public, ces dispositifs ne présentent-ils pas un risque pour une approche véritablement émancipatrice de celui-ci ? Et si oui, comment en sortir ?
Lire la suite De l’enfermement au tracing numérique, évolution de la privation de liberté
Christophe Mincke
Renaud-Selim Sanli
Ces dernières années ont vu apparaître la volonté des pouvoirs publiques de rendre la prison de plus en plus « normale », d’en faire une institution par laquelle l’individu enfermé pourra répondre à des attentes sociales d’autonomie et de mobilité dans une vœux pieu de réinsertion. À cette fin, la prison se devra d’être la plus « ouverte » possible. Une tension extraordinaire s’articule au sein de la volonté d’abolir la distinction entre la prison et la société libre.
Lire la suite Le bon sens de la numérisation ou le « nassage » des possibles
Renaud-Selim Sanli
Après s’être déjà positionné quant à la nécessité de réfléchir cette évidence de la continuité dans l’éducation permanente dans la publication À l’essentiel !, Renaud-Selim Sanli revient dans cet article sur l’absence de politisation de l’intégration des technologies comme moyen de « répondre » à la crise en cours, à ses dangers et ses impasses.
Lire la suite Le numérique, héritier des vieux savants ? Clarisse Herrenschmidt
Vidéo
L’histoire des écritures commence, pour cette enquête, à Uruk en Mésopotamie du sud, au dernier tiers du IVe millénaire avant notre ère — mais aussi à Suse en Iran de l’Ouest et en Syrie. Là se produisirent la critique de la parole vive et sa captation graphique. De multiples écritures des langues s’ensuivirent, dont certaines sont les nôtres.
Lire la suite Technocritique et alternumérique avec Nicolas Alep et Jean-Luc Manisse
Vidéo
Y a-t-il un choix numérique ? « Pour retrouver de l’humain », faut-il nécessairement « débrancher les machines » ? Faut-il dés-informatiser le monde et jusqu’où ?
Lire la suite Etat critique, critique de l’Etat
Dans le cadre du cycle « Pour un numérique critique et humain », nous dialoguerons avec Clémence Seurat et le Collectif COYOTE sur nos expériences respectives marquées par la crise sanitaire : comment « pendant » chacun a envisagé « après », la question des outils et celle du rapport de forces.
Lire la suite L’humain dans les affres du numérique
Vidéo
Les espaces publics numériques (EPN) existent depuis 20 ans. Ils ont été lancés avec l’objectif d’initier à l’informatique. Les choses ont changé. Il s’agit maintenant d’inscrire un enfant à l’école, de payer ses factures, de répondre à une convocation d’Actiris…
09/05/2021
Lire la suite Enseignant·e, un futur numérisé ?
Vidéo
À l’heure du confinement, la continuité de l’enseignement a été assurée par le biais numérique, dans la suite "logique" d’un processus en cours depuis longtemps. Cette numérisation de l’enseignement, présentée comme une évidence technique, mérite d’être questionnée à l’aune de ses fantasmes et réalités.
Débat en ligne | 21 mai 2021.
Lire la suite Cycle « Pour un numérique humain et critique », saison 5
De décembre 2019 à juin 2020, au rythme d’un rendez-vous mensuel, nous nourrirons la question : Le milieu numérique est-il démocratique ?
Lire la suite Cycle « Pour un numérique humain et critique », saison 4
De décembre 2018 à juin 2019, au rythme d’un rendez-vous mensuel, nous avons abordé les impacts du numérique sur le travail : ubérisation galopante et auto-entrepreneurs du clic, capitalisme de plateforme, retrait des interfaces humaines dans les métiers sociaux, intervention sur la formation des connaissances et de la recherche scientifique, développement de la santé connectée…
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