- 
Côté images

Benjamin Monteil

Thibault Scohier, critique culturel, membre de Culture & Démocratie et rédacteur à la revue Politique

19-11-2021

Le paysage n’est plus un sujet en vogue. Alors qu’il a été, de la Renaissance au XIXe siècle, l’un des principaux thèmes de la peinture, réinventé toujours par les écoles qui se succédaient, on lui préfère de nos jours d’autres territoires, plus abstraits ou plus intérieurs. Le travail de Benjamin Monteil lui redonne sa centralité, explore son héritage, tout en lui appliquant un traitement tout à fait neuf et propre à l’époque.

Ainsi de ces paysages en ruine ou de ses futurs épuisés, vieillis, qui ont déjà décliné. Comment ne pas voir dans cette résurgence de la nature, à nouveau dominante, une sorte de prophétie ? Le futur deviné de l’anthropocène et de son impact sur les paysages ? L’être humain se fait fantôme, empreinte. Peut-être est-il dissimulé sous terre, derrière des murs épais ? Il ne trône en tout cas plus. Quand il est présent, le voilà esseulé ou encerclé, voilà ses œuvres urbaines empilées comme dans l’arrière-salle d’un musée… Même dans ses compositions les plus cartographiques, Benjamin Monteil laisse planer le doute : regarde- t-on une image de la réalité ou un reliquat ? Un artefact des temps anciens qui aurait été conservé et qui renseignerait le futur sur nos habitudes, nos déplacements, nos chemins de vie ?

Enfin, il faut être juste, le corps n’est pas tout à fait absent de ses gravures et illustrations. Mais lui aussi semble mis en péril, à deux doigts de basculer dans l’obscurité. Benjamin Monteil a un talent certain pour représenter le mouvement dans l’image unique : figure, épaule, bras, main, chaque partie de soi est mue par la détente ou la crispation. Le dessin parait vivant et fragile à la fois… c’est pour cela qu’il convoque immédiatement notre empathie. S’il craint de souffrir, nous aussi. Là encore, c’est un territoire menacé, en évolution constante, que représente l’artiste. On pourrait dire que ses portraits sont comme des architectures organiques et néanmoins soumises aux mêmes frictions que celles de ses paysages.

Ressort de cet ensemble, qui n’est qu’un fragment du travail de Benjamin Monteil – également intéressé par la BD ou les influences vidéoludiques (lire l’entretien) – une jolie tendance au syncrétisme et à l’exploration du présent à travers sa territorialité et sa corporalité. Sans oublier une maitrise, déjà considérable, de la gravure et d’une esthétique à la fois solaire et déclinante, naturelle et artificielle.

Toutes les images – pour la plupart des gravures à l’origine –, ont été modifiées numériquement pour répondre à une publication et dans un souci d’homogénéisation.

Image : © Benjamin Monteil

Articles Liés

Journal  53

Édito

La rédaction

PDF
Journal 53
Territoires
Édito

La rédaction

Niches et passages : de nouveaux territoires plus qu’humains

Joëlle Zask

Je bâtis à roches mon langage

Entretien avec Paula Almirón et Wouter De Raeve

Espace public : un territoire d'alliances à ouvrir

Entretien avec Ninon Mazeaud, artiste plasticienne

Ce qui est étranger et ce qui est soi

Entretien avec Benjamin Monteil

Appartenances : décoloniser la pensée

Questions à Ilke Adam, Gily Coene, Douna Bourabain, Bas van Heur, Lena Imeraj et Tuba Bircan

Le territoire de l'école à l'épreuve du confinement

Julie Dock-Gadisseur, Marie Poncin et Marjorie Van Den Heuvel

Les centres culturels à la rencontre de leurs territoires

Morgane Degrijse

Resserrer nos mondes : retrouver le territoire

Renaud-Selim Sanli

Territoires de liens : expériences en santé mentale

Entretien avec Aurélie Ehx et Laurent Bouchain

Artistes à l’hôpital : quel(s) territoire(s) en temps de pandémie ?

Entretien avec Fabienne Audureau, Catherine Vanandruel et Barbara Roman

Cachot

Latifa

Le territoire du rêve

Andreas Christou

You Are Here

Chedia Le Roij et Emmanuelle Nizou

NONTURISMO : détours inédits racontés par les habitant⋅es

Federico Bomba, directeur artistique à Sineglossa
Sofia Marasca, chercheuse à Sineglossa

La « culture festive » des marchand·es du mètre carré – L’envers du décor des occupations temporaires à vocation culturelle

Daniele Manno

Théâtre de la Parole : vers d'autres territoires

Magali Mineur, co-directrice du Théâtre de la Parole
avec le regard extérieur de Christine Andrien (co-directrice)

Pistage dans le cyberespace

Corentin

Days4ideas

Mylène Lauzo, Camille Louis et Emmanuelle Nizou

À grandes enjambées

Julie Chemin

Thibaut Georgin

Marie Godart

Sophie Verhoustraeten

Benjamin Monteil

Thibault Scohier