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Dossier

🌐 La Trame, une expĂ©rience de solidaritĂ© citoyenne

Entretien avec Benjamin Stahl (La Trame)

08-11-2024

« [La Trame] accueille des personnes pour lesquelles l’accĂšs aux droits les plus Ă©lĂ©mentaires est entravĂ© ou refusĂ© : logement, activitĂ©, travail, santĂ©. La Trame propose un espace ou les individus peuvent poser leur valise, et prendre le temps d’une reconstruction physique, mentale, sociale et citoyenne Â», peut-on lire dans la charte de l’association, constituĂ© sur le modĂšle des Organismes d’Accueil Communautaire et d’ActivitĂ© Solidaire (de mĂȘme que les communautĂ©s EmmaĂŒs). Elle a ouvert deux appartements Ă  Die, dans les prĂ©-Alpes, qui accueille 6 personnes, qu’elle accompagne et invite Ă  prendre part Ă  diffĂ©rents chantiers. Face Ă  la fatigue militante et aux difficultĂ©s rencontrĂ©es pour pĂ©renniser un projet ne reposant que sur le bĂ©nĂ©volat, La Trame a fait le choix de « professionnaliser Â» l’accueil. Benjamin Stahl, lui-mĂȘme employĂ© par l’association, nous expliquait en janvier dernier la genĂšse et le fonctionnement du projet.

Propos recueillis en janvier 2024 par HélÚne Hiessler pour Culture & Démocratie.

 

Qu’est-ce que La Trame ? Y pratique-t-on l’accueil inconditionnel ?
Nous accueillons les personnes sans conditions d’enregistrement, de titre de sĂ©jour. Au dĂ©but, certain·es d’entre nous [les bĂ©nĂ©voles] Ă©tions plutĂŽt militant·es sur la frontiĂšre italienne, d’autres faisaient de l’accueil informel citoyen ici dans la vallĂ©e, et on a fait le constat qu’il manquait des solutions pour toutes les personnes qui ne rentraient pas dans le cadre d’une demande d’asile ou d’une rĂ©gularisation. Et donc on a créé La Trame pour s’adresser, au dĂ©part, Ă  toutes ces personnes qui ne sont pas prises en charge et qui sont souvent en errance, sans solution, pendant des annĂ©es et des annĂ©es. On a aussi montĂ© cette association dans l’idĂ©e de professionnaliser l’accueil qui a reposĂ© pendant longtemps sur des personnes bĂ©nĂ©voles. Au fil du temps et de l’expĂ©rience, on a vu plusieurs initiatives se fatiguer, tomber au bout de 2-3 ans. Ça nous a poussé·es Ă  crĂ©er La Trame et Ă  chercher des fonds pour payer des salaires. Tout ne repose pas sur la solidaritĂ© citoyenne.

Aujourd’hui on ne parle plus d’accueil inconditionnel, parce qu’il nous semble que ça prĂȘte Ă  confusion pour les personnes qu’on accueille et notamment pour les institutions, qui pensent qu’on peut accueillir toute personne pour tout motif. Or on n’a pas les compĂ©tences pour accueillir certains types de personnes, comme celles qui ont des addictions, des comportements violents, etc. Autres conditions : on s’adresse Ă  des personnes qui n’ont pas de ressources, qui n’ont pas accĂšs Ă  leurs droits, Ă  l’hĂ©bergement
 On dit aujourd’hui qu’on est une association de « solidaritĂ© citoyenne Â», simplement.

Vous parliez de professionnaliser l’accueil : vous avez donc des financements ?
Oui, on a trouvĂ© des financements, essentiellement privĂ©s parce que les financements institutionnels, il n’y en a pas pour les publics qu’on accueille. Nos fonds proviennent essentiellement de fondations bien connues dans le milieu de l’ « accueil inconditionnel Â», notamment le Fonds Riace, la Fondation AbbĂ© Pierre, et puis il y a aussi quelques petits financements de mairies locales, ou alors des dons de citoyen·nes.

Les personnes que vous accueillez sont en transit ou plutĂŽt des personnes qui cherchent Ă  s’installer dans la rĂ©gion ?
Ce sont des personnes qui cherchent Ă  s’installer en France, parfois depuis longtemps. On en accueille six en ce moment, prĂ©sentes en France depuis plus de cinq ans, et dont certaines sont demandeuses d’asile. Ce sont des personnes qui sont plutĂŽt en processus d’installation. Il ne s’agit pas d’accueil d’urgence, et ce sont plutĂŽt des sĂ©jours longs. L’accueil s’appuie aussi sur un projet associatif. On fait de l’accompagnement social, juridique en fonction des besoins des personnes, de l’hĂ©bergement, et on organise aussi des activitĂ©s. On s’est construit·es sur le modĂšle des communautĂ©s OACAS [Organisme d’Accueil Communautaire et d’ActivitĂ© Solidaire], qu’on connait bien surtout par le biais d’EmmaĂŒs.

On a aussi montĂ© cette association dans l’idĂ©e de professionnaliser l’accueil qui a reposĂ© pendant longtemps sur des personnes bĂ©nĂ©voles. Au fil du temps et de l’expĂ©rience, on a vu plusieurs initiatives se fatiguer, tomber au bout de 2-3 ans.

Vous cohabitez avec les personnes accueillies ?
Malheureusement non parce que le lieu n’est pas assez grand. On a deux appartements de ville à Die, qui accueillent chacun trois personnes, et un local associatif proche des appartements, mais pas de lieu collectif, du moins pas encore.

Est-ce qu’il y a un genre particuliĂšrement reprĂ©sentĂ© parmi les personnes accueillies ?
Pour le moment, ce sont surtout des hommes. Ce sont généralement des hommes qui se présentent à nous.

Comment ces personnes atterrissent-elles Ă  La Trame ?
Certaines des personnes accueillies actuellement Ă©taient dĂ©jĂ  dans la vallĂ©e, c’est d’ailleurs un peu comme ça que ça a commencĂ©. Sinon, ça passe par les rĂ©seaux associatifs avec lesquels on est en lien (les rĂ©seaux EmmaĂŒs, le rĂ©seau des Lieux Ă  vivre (sud-est) et le rĂ©seau Toiles (rĂ©seau de maisons accueillantes)). Les gens se prĂ©sentent chez nous ou dans d’autres associations qui n’ont pas de place et qui diffusent les demandes. Les deux derniĂšres personnes accueillies venaient du Refuge solidaire Ă  Briançon, et comme lĂ -bas c’est plutĂŽt de l’accueil d’urgence, au bout d’une semaine elles ne savaient pas oĂč aller. On a Ă©tĂ© mis·es en lien et elles sont venues chez nous.

Au niveau du fonctionnement, qui participe Ă  la gestion du lieu ? Y a-t-il un rĂšglement ? ÉlaborĂ© par qui ?
Il y a un rĂšglement intĂ©rieur qui dĂ©finit les grandes lignes, et qui a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© par le Conseil d’administration en s’inspirant de celui d’autres associations d’accueil comme Voies libres ou EmmaĂŒs Grenoble. Le Conseil d’administration est composĂ© de personnes militantes issues de diffĂ©rents parcours associatifs. À cĂŽtĂ© de ça, il y a beaucoup d’autres rĂšgles qui sont, elles, dĂ©finies ensemble, comme le rĂšglement des appartements, qui a Ă©tĂ© fait avec les personnes accueillies. Dedans il y a par exemple la tempĂ©rature du chauffage, dĂ©cidĂ©e et validĂ©e par tout le monde aprĂšs avoir Ă©tudiĂ© ensemble les couts du chauffage, la dĂ©cision de mixitĂ© aussi, qui a Ă©tĂ© prise suite Ă  un atelier avec les personnes accueillies et les administrateur·ices. Il y a aussi le rĂšglement pour le fonctionnement des activitĂ©s, dĂ©cidĂ© en collectif. L’association et la vie du lieu s’organisent en commissions : la commission cuisine, la commission hĂ©bergement, la commission financements, etc. Les cohabitant·es, qu’on appelle « les compagnons Â», sont invité·es Ă  prendre part Ă  ces diffĂ©rents groupes, mais en pratique ils et elles ont peu de vellĂ©itĂ©s d’y participer, surtout par manque de disponibilitĂ© mentale. Il·elles nous disent n’avoir que les papiers dans la tĂȘte et se sentent incapables de faire autre chose. Si une commission prend une dĂ©cision qu’il·elles trouvent injuste, il·elles nous le feront entendre et on rĂ©flĂ©chira ensemble Ă  comment corriger le tir, mais c’est vrai que l’initiative vient souvent de nous.

Aujourd’hui on ne parle plus d’accueil inconditionnel, parce qu’il nous semble que ça prĂȘte Ă  confusion pour les personnes qu’on accueille et notamment pour les institutions, qui pensent qu’on peut accueillir toute personne pour tout motif. Or on n’a pas les compĂ©tences pour accueillir certains types de personnes, comme celles qui ont des addictions, des comportements violents, etc.

Est-ce qu’il arrive souvent qu’il y ait contestation d’une dĂ©cision ?
Oui, assez, surtout au dĂ©but, sans doute parce qu’on Ă©tait en construction et que beaucoup de situations qu’on n’avait pas anticipĂ©es se sont prĂ©sentĂ©es. Par rapport Ă  l’organisation des activitĂ©s par exemple, Ă  leur frĂ©quence, on a finalement optĂ© pour des journĂ©es fixes qui facilitaient les choses. Toutes choses qui ont amĂ©liorĂ© le fonctionnement collectif. Mais il est arrivĂ© aussi qu’on doive exclure une personne qui refusait de participer au projet et se comportait mal avec les femmes.

Comment se passe le quotidien de La Trame ? Quel type d’activitĂ©s sont-elles organisĂ©es ?
On organise une sĂ©rie d’activitĂ©s, Ă  la fois pour proposer une occupation aux personnes accueillies qui n’ont pas le droit de travailler et se retrouvent souvent dans une situation d’attente parfois pendant des annĂ©es, et aussi pour financer les besoins de l’association en termes d’hĂ©bergement (alimentation, vĂȘtements, etc.) et d’accompagnement − on propose aussi aux personnes un accompagnement juridique et social. Ce sont surtout des activitĂ©s de restauration − on organise par exemple un service traiteur pour des repas d’élu·es, des mariages − et d’entretiens d’espaces verts, jardins, etc. Mais il n’y a pas que des activitĂ©s en extĂ©rieur. Par exemple on a organisĂ© plusieurs repas pour parler de la loi asile et immigration. Il y a des ateliers cuisine sur place − par exemple de confection de galettes des rois qui ont ensuite Ă©tĂ© vendues −, des soirĂ©es avec les donateur·ices et les bĂ©nĂ©voles, des soirĂ©es foot pendant la Coupe d’Afrique des Nations, des participations aux manifs


Est-ce que La Trame entretient des liens avec d’autres structures ou lieux semblables ?
Oui beaucoup, avec des associations gĂ©ographiquement proches, comme Voies libres, Passerelle, le RĂ©seau des Lieux Ă  vivre dans le sud-est, qui regroupe 14 communautĂ©s, le rĂ©seau Toiles. On a des rendez-vous trimestriels. Ensuite on est en lien avec la Cimade sur les questions juridiques, et puis toutes les institutions locales comme la permanence d’accĂšs aux soins (PAS), l’accueil de jour, le CCAS,
 La semaine derniĂšre on a organisĂ© un petit-dĂ©jeuner en invitant tous les partenaires actifs dans le social ou dans l’accueil dans la vallĂ©e pour prĂ©senter l’association, se poser des questions, etc.

Il·elles nous disent n’avoir que les papiers dans la tĂȘte et se sentent incapables de faire autre chose. Si une commission prend une dĂ©cision qu’il·elles trouvent injuste, il·elles nous le feront entendre et on rĂ©flĂ©chira ensemble Ă  comment corriger le tir, mais c’est vrai que l’initiative vient souvent de nous.

Est-ce que vous communiquez autour du lieu pour le rendre connu, accessible auprĂšs de personnes qui en auraient besoin ?
On y travaille, malgrĂ© le fait qu’on a plus de demandes que de places. On est en train de rĂ©aliser une vidĂ©o de prĂ©sentation, dont on espĂšre qu’elle facilitera la comprĂ©hension de ce qu’on fait, avec des commentaires traduits en plusieurs langues. Ça va nous permettre de pouvoir prĂ©senter ça aux personnes avec lesquelles on a du mal Ă  se comprendre Ă  cause de la langue. C’est plutĂŽt Ă  destination des personnes accueillies. Autrement vers les autres associations, on a une lettre d’info, et puis ces liens avec les partenaires.

Quelle est la durĂ©e du sĂ©jour des personnes accueillies ?
Tout dĂ©pend des personnes. Certaines souhaitent partir d’elles-mĂȘmes, et quand c’est le cas c’est qu’elles savent oĂč aller. Dans le cas de la personne qu’on a dĂ» exclure : on a attendu d’avoir trouvĂ© un hĂ©bergement pour elle − on ne met personne Ă  la rue. Certaines personnes s’en vont parce que leur situation s’est amĂ©liorĂ©e. On a par exemple dĂ©cidĂ© qu’une personne qui travaille depuis 6 mois, et qui a la possibilitĂ© financiĂšre d’ĂȘtre autonome sera aidĂ©e Ă  trouver un hĂ©bergement autonome. Ce ne sera pas forcĂ©ment un hĂ©bergement indĂ©pendant − si la personne n’a pas de papiers ça reste problĂ©matique − mais ce ne sera plus un hĂ©bergement de La Trame. Ce sera peut-ĂȘtre un hĂ©bergement en colocation, ou un hĂ©bergement citoyen auquel la personne pourra participer dĂšs lors qu’elle a des ressources financiĂšres. Elle sera toujours suivie par La Trame pour l’accompagnement, mais plus pour l’hĂ©bergement. Il arrive aussi qu’une personne parte en formation, en CAP par exemple − c’est alors le mĂȘme scĂ©nario : elle a un revenu et peut donc trouver un hĂ©bergement autonome.

Y a-t-il des traces de ce qui se passe Ă  La Trame ? Si oui, comment la vie du lieu et ses expĂ©riences sont-elles documentĂ©es ?
Il y a des traces qu’on laisse un peu involontairement, Ă  travers notre lettre d’infos et les factures qu’on adresse Ă  nos prestataires, mais c’est vrai qu’on n’a pas une dĂ©marche consciente de documenter ce qui se passe. Ou sinon Ă  travers nos liens avec les diffĂ©rents partenaires, avec qui on Ă©change aussi sur les difficultĂ©s rencontrĂ©es, et aussi les choses qui marchent. Du fait qu’on soit une association, il y a forcĂ©ment des traces sous forme de PV, de bilan moral et autres rapports d’activitĂ©s. Et puis les demandes de financements sont aussi des traces, mais disons que tout ça n’est pas compilĂ©, centralisĂ©.

La spĂ©cificitĂ©, c’est de se situer sur une ligne de crĂȘte entre l’institutionnalisation (du fait qu’on a des salarié·es, qu’on cherche des financements, qu’on soit encadré·es par un rĂšglement intĂ©rieur, etc.), et l’aspect militant et finalement hors-la-loi sur pas mal de points.

Les personnes qui passent par La Trame Ă©prouvent-elles elles-mĂȘmes le besoin de faire trace, de raconter, de parler de leur expĂ©rience ?
C’est plutĂŽt rare. Elles ont plutĂŽt besoin au contraire de maintenir une intimitĂ© vis-Ă -vis de nous − en tout cas de moi, qui suis salariĂ© et qui ai donc un investissement particulier dans l’association − , d’avoir un prĂ© carrĂ©, une vie en dehors de l’association. Il y a plutĂŽt une certaine distance. Avec les bĂ©nĂ©voles, il y a une relation diffĂ©rente, avec peut-ĂȘtre moins d’enjeux et ça permet que des histoires soient racontĂ©es plus facilement.

Connaissez-vous des lieux qui ont une pratique de documentation, d’archivage ?
Je pense au rĂ©seau français A4, Association d’Accueil en Agriculture et en Artisanat, qui a une dĂ©marche dans ce sens. Et oui, je trouve ça fondamental. Le partage d’expĂ©rience, c’est bien tout le sens aussi des rĂ©seaux dont on fait partie.

Les dĂ©rĂšglements climatiques ont un impact direct sur les rĂ©alitĂ©s migratoires, impact qui ne fera qu’augmenter, et il est donc indispensable d’envisager un autre partage de la planĂšte et de ses ressources, d’en repenser l’habitabilitĂ© de façon plus juste/Ă©quitable. Quelle place/rĂŽle pour des lieux comme La Trame dans ce contexte ?
Ce que je ressens, c’est que la solidaritĂ© qu’on essaie de faire vivre touche beaucoup de gens, autour de nous, dans la vallĂ©e, dans les rĂ©seaux, etc. Ce qu’on aimerait au fond c’est que La Trame n’ait pas besoin d’exister. Ce qu’on fait, c’est l’État qui devrait le faire, et ce sont les dĂ©faillances de l’État de droit qui font naitre des associations comme la nĂŽtre. Notre posture par rapport Ă  l’avenir, c’est qu’il faudrait qu’on disparaisse le plus vite possible. Le fait qu’on existe produit de la volontĂ© chez certain·es de participer Ă  l’effort, Ă  cette forme de solidaritĂ© citoyenne. Beaucoup de personnes viennent nous voir parce qu’elles souhaitent donner quelque chose ou s’investir d’une maniĂšre ou d’une autre. Ça donne l’opportunitĂ© Ă  celles et ceux qui ont envie d’agir de le faire par ce biais. Il y a Ă©videmment beaucoup d’autres initiatives de solidaritĂ© citoyenne autour de nous, mais localement, ce sont aussi des structures plus institutionnelles comme le Secours populaire, les Restos du CƓur, qui ont encore une autre dynamique et ont peut-ĂȘtre une posture un peu moins militante que la nĂŽtre.

Le fait qu’on existe produit de la volontĂ© chez certain·es de participer Ă  l’effort, Ă  cette forme de solidaritĂ© citoyenne.

Justement, quelle est la spĂ©cificitĂ© de La Trame dans ce paysage ?
La spĂ©cificitĂ©, c’est de se situer sur une ligne de crĂȘte entre l’institutionnalisation (du fait qu’on a des salarié·es, qu’on cherche des financements, qu’on soit encadré·es par un rĂšglement intĂ©rieur, etc.), et l’aspect militant et finalement hors-la-loi sur pas mal de points. On fait bien plus que de l’accueil humanitaire d’urgence, on a d’autres actions qu’on n’a pas envie de rendre visibles et qui pourraient ĂȘtre rĂ©prĂ©hensibles du fait que ça relĂšve de « l’aide au sĂ©jour irrĂ©gulier Â». C’est aussi pour ça qu’on ne peut pas toujours laisser de traces. On est entre une asso 100 % militante et une structure d’accueil plus institutionnelle. Cet Ă©quilibre n’est pas toujours Ă©vident Ă  tenir.

Depuis plusieurs annĂ©es, une certaine fatigue s’installe dans les milieux militant·es qui dĂ©sespĂšrent de voir un vrai changement des politiques d’accueil. Comment cette rĂ©alitĂ© est-elle vĂ©cue au sein de La Trame ?
Oui, en France, clairement, la situation a beaucoup empirĂ©, notamment avec la loi « immigration Â» [du 26 janvier 2024]. Il y a une vraie colĂšre, un sentiment de rĂ©volte, mais ce qui nous fait tenir, c’est la mĂȘme chose que ce qui fait tenir les exilé·es : c’est l’espoir. Sinon, je ne vois pas ce qui nous pousserait encore Ă  mener ce genre d’actions puisque toutes celles qu’on tente de mener sont entravĂ©es. Il y a une certaine amertume vis-Ă -vis des pouvoirs publics, Ă  force de voir le rouleau compresseur de l’État faire fi des ĂȘtres humains. C’est d’une violence extrĂȘme, et c’est vrai qu’il faut tenir bon pour ne pas ĂȘtre dĂ©moralisé·es. Pour les personnes qui militent, si dans leur vie ça ne va pas, ou qu’elles sont en prĂ©caritĂ© ou dans des conditions difficiles, il est difficile de s’engager dans cette lutte.

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