« [La Trame] accueille des personnes pour lesquelles l’accĂšs aux droits les plus Ă©lĂ©mentaires est entravĂ© ou refusĂ© : logement, activitĂ©, travail, santĂ©. La Trame propose un espace ou les individus peuvent poser leur valise, et prendre le temps d’une reconstruction physique, mentale, sociale et citoyenne », peut-on lire dans la charte de lâassociation, constituĂ© sur le modĂšle des Organismes dâAccueil Communautaire et dâActivitĂ© Solidaire (de mĂȘme que les communautĂ©s EmmaĂŒs). Elle a ouvert deux appartements Ă Die, dans les prĂ©-Alpes, qui accueille 6 personnes, quâelle accompagne et invite Ă prendre part Ă diffĂ©rents chantiers. Face Ă la fatigue militante et aux difficultĂ©s rencontrĂ©es pour pĂ©renniser un projet ne reposant que sur le bĂ©nĂ©volat, La Trame a fait le choix de « professionnaliser » lâaccueil. Benjamin Stahl, lui-mĂȘme employĂ© par lâassociation, nous expliquait en janvier dernier la genĂšse et le fonctionnement du projet.
Propos recueillis en janvier 2024 par HélÚne Hiessler pour Culture & Démocratie.
Quâest-ce que La Trame ? Y pratique-t-on lâaccueil inconditionnel ?
Nous accueillons les personnes sans conditions dâenregistrement, de titre de sĂ©jour. Au dĂ©but, certain·es dâentre nous [les bĂ©nĂ©voles] Ă©tions plutĂŽt militant·es sur la frontiĂšre italienne, dâautres faisaient de lâaccueil informel citoyen ici dans la vallĂ©e, et on a fait le constat quâil manquait des solutions pour toutes les personnes qui ne rentraient pas dans le cadre dâune demande dâasile ou dâune rĂ©gularisation. Et donc on a créé La Trame pour sâadresser, au dĂ©part, Ă toutes ces personnes qui ne sont pas prises en charge et qui sont souvent en errance, sans solution, pendant des annĂ©es et des annĂ©es. On a aussi montĂ© cette association dans lâidĂ©e de professionnaliser lâaccueil qui a reposĂ© pendant longtemps sur des personnes bĂ©nĂ©voles. Au fil du temps et de lâexpĂ©rience, on a vu plusieurs initiatives se fatiguer, tomber au bout de 2-3 ans. Ăa nous a poussé·es Ă crĂ©er La Trame et Ă chercher des fonds pour payer des salaires. Tout ne repose pas sur la solidaritĂ© citoyenne.
Aujourdâhui on ne parle plus dâaccueil inconditionnel, parce quâil nous semble que ça prĂȘte Ă confusion pour les personnes quâon accueille et notamment pour les institutions, qui pensent quâon peut accueillir toute personne pour tout motif. Or on nâa pas les compĂ©tences pour accueillir certains types de personnes, comme celles qui ont des addictions, des comportements violents, etc. Autres conditions : on sâadresse Ă des personnes qui nâont pas de ressources, qui nâont pas accĂšs Ă leurs droits, Ă lâhĂ©bergement⊠On dit aujourdâhui quâon est une association de « solidaritĂ© citoyenne », simplement.
Vous parliez de professionnaliser lâaccueil : vous avez donc des financements ?
Oui, on a trouvĂ© des financements, essentiellement privĂ©s parce que les financements institutionnels, il nây en a pas pour les publics quâon accueille. Nos fonds proviennent essentiellement de fondations bien connues dans le milieu de lâ « accueil inconditionnel », notamment le Fonds Riace, la Fondation AbbĂ© Pierre, et puis il y a aussi quelques petits financements de mairies locales, ou alors des dons de citoyen·nes.
Les personnes que vous accueillez sont en transit ou plutĂŽt des personnes qui cherchent Ă sâinstaller dans la rĂ©gion ?
Ce sont des personnes qui cherchent Ă sâinstaller en France, parfois depuis longtemps. On en accueille six en ce moment, prĂ©sentes en France depuis plus de cinq ans, et dont certaines sont demandeuses dâasile. Ce sont des personnes qui sont plutĂŽt en processus dâinstallation. Il ne sâagit pas dâaccueil dâurgence, et ce sont plutĂŽt des sĂ©jours longs. L’accueil s’appuie aussi sur un projet associatif. On fait de lâaccompagnement social, juridique en fonction des besoins des personnes, de lâhĂ©bergement, et on organise aussi des activitĂ©s. On sâest construit·es sur le modĂšle des communautĂ©s OACAS [Organisme dâAccueil Communautaire et dâActivitĂ© Solidaire], quâon connait bien surtout par le biais dâEmmaĂŒs.
On a aussi montĂ© cette association dans lâidĂ©e de professionnaliser lâaccueil qui a reposĂ© pendant longtemps sur des personnes bĂ©nĂ©voles. Au fil du temps et de lâexpĂ©rience, on a vu plusieurs initiatives se fatiguer, tomber au bout de 2-3 ans.
Vous cohabitez avec les personnes accueillies ?
Malheureusement non parce que le lieu nâest pas assez grand. On a deux appartements de ville Ă Die, qui accueillent chacun trois personnes, et un local associatif proche des appartements, mais pas de lieu collectif, du moins pas encore.
Est-ce quâil y a un genre particuliĂšrement reprĂ©sentĂ© parmi les personnes accueillies ?
Pour le moment, ce sont surtout des hommes. Ce sont généralement des hommes qui se présentent à nous.
Comment ces personnes atterrissent-elles Ă La Trame ?
Certaines des personnes accueillies actuellement Ă©taient dĂ©jĂ dans la vallĂ©e, c’est dâailleurs un peu comme ça que ça a commencĂ©. Sinon, ça passe par les rĂ©seaux associatifs avec lesquels on est en lien (les rĂ©seaux EmmaĂŒs, le rĂ©seau des Lieux Ă vivre (sud-est) et le rĂ©seau Toiles (rĂ©seau de maisons accueillantes)). Les gens se prĂ©sentent chez nous ou dans dâautres associations qui nâont pas de place et qui diffusent les demandes. Les deux derniĂšres personnes accueillies venaient du Refuge solidaire Ă Briançon, et comme lĂ -bas câest plutĂŽt de lâaccueil dâurgence, au bout dâune semaine elles ne savaient pas oĂč aller. On a Ă©tĂ© mis·es en lien et elles sont venues chez nous.
Au niveau du fonctionnement, qui participe Ă la gestion du lieu ? Y a-t-il un rĂšglement ? ĂlaborĂ© par qui ?
Il y a un rĂšglement intĂ©rieur qui dĂ©finit les grandes lignes, et qui a Ă©tĂ© Ă©laborĂ© par le Conseil dâadministration en sâinspirant de celui dâautres associations dâaccueil comme Voies libres ou EmmaĂŒs Grenoble. Le Conseil dâadministration est composĂ© de personnes militantes issues de diffĂ©rents parcours associatifs. Ă cĂŽtĂ© de ça, il y a beaucoup dâautres rĂšgles qui sont, elles, dĂ©finies ensemble, comme le rĂšglement des appartements, qui a Ă©tĂ© fait avec les personnes accueillies. Dedans il y a par exemple la tempĂ©rature du chauffage, dĂ©cidĂ©e et validĂ©e par tout le monde aprĂšs avoir Ă©tudiĂ© ensemble les couts du chauffage, la dĂ©cision de mixitĂ© aussi, qui a Ă©tĂ© prise suite Ă un atelier avec les personnes accueillies et les administrateur·ices. Il y a aussi le rĂšglement pour le fonctionnement des activitĂ©s, dĂ©cidĂ© en collectif. Lâassociation et la vie du lieu sâorganisent en commissions : la commission cuisine, la commission hĂ©bergement, la commission financements, etc. Les cohabitant·es, quâon appelle « les compagnons », sont invité·es Ă prendre part Ă ces diffĂ©rents groupes, mais en pratique ils et elles ont peu de vellĂ©itĂ©s dây participer, surtout par manque de disponibilitĂ© mentale. Il·elles nous disent nâavoir que les papiers dans la tĂȘte et se sentent incapables de faire autre chose. Si une commission prend une dĂ©cision quâil·elles trouvent injuste, il·elles nous le feront entendre et on rĂ©flĂ©chira ensemble Ă comment corriger le tir, mais câest vrai que lâinitiative vient souvent de nous.
Aujourdâhui on ne parle plus dâaccueil inconditionnel, parce quâil nous semble que ça prĂȘte Ă confusion pour les personnes quâon accueille et notamment pour les institutions, qui pensent quâon peut accueillir toute personne pour tout motif. Or on nâa pas les compĂ©tences pour accueillir certains types de personnes, comme celles qui ont des addictions, des comportements violents, etc.
Est-ce quâil arrive souvent quâil y ait contestation dâune dĂ©cision ?
Oui, assez, surtout au dĂ©but, sans doute parce quâon Ă©tait en construction et que beaucoup de situations quâon nâavait pas anticipĂ©es se sont prĂ©sentĂ©es. Par rapport Ă lâorganisation des activitĂ©s par exemple, Ă leur frĂ©quence, on a finalement optĂ© pour des journĂ©es fixes qui facilitaient les choses. Toutes choses qui ont amĂ©liorĂ© le fonctionnement collectif. Mais il est arrivĂ© aussi quâon doive exclure une personne qui refusait de participer au projet et se comportait mal avec les femmes.
Comment se passe le quotidien de La Trame ? Quel type dâactivitĂ©s sont-elles organisĂ©es ?
On organise une sĂ©rie dâactivitĂ©s, Ă la fois pour proposer une occupation aux personnes accueillies qui nâont pas le droit de travailler et se retrouvent souvent dans une situation dâattente parfois pendant des annĂ©es, et aussi pour financer les besoins de lâassociation en termes dâhĂ©bergement (alimentation, vĂȘtements, etc.) et dâaccompagnement â on propose aussi aux personnes un accompagnement juridique et social. Ce sont surtout des activitĂ©s de restauration â on organise par exemple un service traiteur pour des repas dâĂ©lu·es, des mariages â et dâentretiens dâespaces verts, jardins, etc. Mais il nây a pas que des activitĂ©s en extĂ©rieur. Par exemple on a organisĂ© plusieurs repas pour parler de la loi asile et immigration. Il y a des ateliers cuisine sur place â par exemple de confection de galettes des rois qui ont ensuite Ă©tĂ© vendues â, des soirĂ©es avec les donateur·ices et les bĂ©nĂ©voles, des soirĂ©es foot pendant la Coupe dâAfrique des Nations, des participations aux manifsâŠ
Est-ce que La Trame entretient des liens avec dâautres structures ou lieux semblables ?
Oui beaucoup, avec des associations gĂ©ographiquement proches, comme Voies libres, Passerelle, le RĂ©seau des Lieux Ă vivre dans le sud-est, qui regroupe 14 communautĂ©s, le rĂ©seau Toiles. On a des rendez-vous trimestriels. Ensuite on est en lien avec la Cimade sur les questions juridiques, et puis toutes les institutions locales comme la permanence dâaccĂšs aux soins (PAS), lâaccueil de jour, le CCAS,⊠La semaine derniĂšre on a organisĂ© un petit-dĂ©jeuner en invitant tous les partenaires actifs dans le social ou dans lâaccueil dans la vallĂ©e pour prĂ©senter lâassociation, se poser des questions, etc.
Il·elles nous disent nâavoir que les papiers dans la tĂȘte et se sentent incapables de faire autre chose. Si une commission prend une dĂ©cision quâil·elles trouvent injuste, il·elles nous le feront entendre et on rĂ©flĂ©chira ensemble Ă comment corriger le tir, mais câest vrai que lâinitiative vient souvent de nous.
Est-ce que vous communiquez autour du lieu pour le rendre connu, accessible auprĂšs de personnes qui en auraient besoin ?
On y travaille, malgrĂ© le fait quâon a plus de demandes que de places. On est en train de rĂ©aliser une vidĂ©o de prĂ©sentation, dont on espĂšre quâelle facilitera la comprĂ©hension de ce quâon fait, avec des commentaires traduits en plusieurs langues. Ăa va nous permettre de pouvoir prĂ©senter ça aux personnes avec lesquelles on a du mal Ă se comprendre Ă cause de la langue. Câest plutĂŽt Ă destination des personnes accueillies. Autrement vers les autres associations, on a une lettre dâinfo, et puis ces liens avec les partenaires.
Quelle est la durée du séjour des personnes accueillies ?
Tout dĂ©pend des personnes. Certaines souhaitent partir d’elles-mĂȘmes, et quand câest le cas câest quâelles savent oĂč aller. Dans le cas de la personne quâon a dĂ» exclure : on a attendu dâavoir trouvĂ© un hĂ©bergement pour elle â on ne met personne Ă la rue. Certaines personnes sâen vont parce que leur situation sâest amĂ©liorĂ©e. On a par exemple dĂ©cidĂ© quâune personne qui travaille depuis 6 mois, et qui a la possibilitĂ© financiĂšre dâĂȘtre autonome sera aidĂ©e Ă trouver un hĂ©bergement autonome. Ce ne sera pas forcĂ©ment un hĂ©bergement indĂ©pendant â si la personne nâa pas de papiers ça reste problĂ©matique â mais ce ne sera plus un hĂ©bergement de La Trame. Ce sera peut-ĂȘtre un hĂ©bergement en colocation, ou un hĂ©bergement citoyen auquel la personne pourra participer dĂšs lors quâelle a des ressources financiĂšres. Elle sera toujours suivie par La Trame pour lâaccompagnement, mais plus pour lâhĂ©bergement. Il arrive aussi qu’une personne parte en formation, en CAP par exemple â câest alors le mĂȘme scĂ©nario : elle a un revenu et peut donc trouver un hĂ©bergement autonome.
Y a-t-il des traces de ce qui se passe à La Trame ? Si oui, comment la vie du lieu et ses expériences sont-elles documentées ?
Il y a des traces quâon laisse un peu involontairement, Ă travers notre lettre dâinfos et les factures quâon adresse Ă nos prestataires, mais câest vrai quâon nâa pas une dĂ©marche consciente de documenter ce qui se passe. Ou sinon Ă travers nos liens avec les diffĂ©rents partenaires, avec qui on Ă©change aussi sur les difficultĂ©s rencontrĂ©es, et aussi les choses qui marchent. Du fait quâon soit une association, il y a forcĂ©ment des traces sous forme de PV, de bilan moral et autres rapports dâactivitĂ©s. Et puis les demandes de financements sont aussi des traces, mais disons que tout ça nâest pas compilĂ©, centralisĂ©.
La spĂ©cificitĂ©, câest de se situer sur une ligne de crĂȘte entre lâinstitutionnalisation (du fait quâon a des salarié·es, quâon cherche des financements, quâon soit encadré·es par un rĂšglement intĂ©rieur, etc.), et lâaspect militant et finalement hors-la-loi sur pas mal de points.
Les personnes qui passent par La Trame Ă©prouvent-elles elles-mĂȘmes le besoin de faire trace, de raconter, de parler de leur expĂ©rience ?
Câest plutĂŽt rare. Elles ont plutĂŽt besoin au contraire de maintenir une intimitĂ© vis-Ă -vis de nous â en tout cas de moi, qui suis salariĂ© et qui ai donc un investissement particulier dans lâassociation â , dâavoir un prĂ© carrĂ©, une vie en dehors de lâassociation. Il y a plutĂŽt une certaine distance. Avec les bĂ©nĂ©voles, il y a une relation diffĂ©rente, avec peut-ĂȘtre moins dâenjeux et ça permet que des histoires soient racontĂ©es plus facilement.
Connaissez-vous des lieux qui ont une pratique de documentation, dâarchivage ?
Je pense au rĂ©seau français A4, Association dâAccueil en Agriculture et en Artisanat, qui a une dĂ©marche dans ce sens. Et oui, je trouve ça fondamental. Le partage dâexpĂ©rience, câest bien tout le sens aussi des rĂ©seaux dont on fait partie.
Les dĂ©rĂšglements climatiques ont un impact direct sur les rĂ©alitĂ©s migratoires, impact qui ne fera quâaugmenter, et il est donc indispensable dâenvisager un autre partage de la planĂšte et de ses ressources, dâen repenser lâhabitabilitĂ© de façon plus juste/Ă©quitable. Quelle place/rĂŽle pour des lieux comme La Trame dans ce contexte ?
Ce que je ressens, câest que la solidaritĂ© quâon essaie de faire vivre touche beaucoup de gens, autour de nous, dans la vallĂ©e, dans les rĂ©seaux, etc. Ce quâon aimerait au fond câest que La Trame nâait pas besoin dâexister. Ce quâon fait, câest lâĂtat qui devrait le faire, et ce sont les dĂ©faillances de lâĂtat de droit qui font naitre des associations comme la nĂŽtre. Notre posture par rapport Ă lâavenir, câest quâil faudrait quâon disparaisse le plus vite possible. Le fait quâon existe produit de la volontĂ© chez certain·es de participer Ă lâeffort, Ă cette forme de solidaritĂ© citoyenne. Beaucoup de personnes viennent nous voir parce quâelles souhaitent donner quelque chose ou sâinvestir dâune maniĂšre ou dâune autre. Ăa donne lâopportunitĂ© Ă celles et ceux qui ont envie dâagir de le faire par ce biais. Il y a Ă©videmment beaucoup dâautres initiatives de solidaritĂ© citoyenne autour de nous, mais localement, ce sont aussi des structures plus institutionnelles comme le Secours populaire, les Restos du CĆur, qui ont encore une autre dynamique et ont peut-ĂȘtre une posture un peu moins militante que la nĂŽtre.
Le fait quâon existe produit de la volontĂ© chez certain·es de participer Ă lâeffort, Ă cette forme de solidaritĂ© citoyenne.
Justement, quelle est la spécificité de La Trame dans ce paysage ?
La spĂ©cificitĂ©, câest de se situer sur une ligne de crĂȘte entre lâinstitutionnalisation (du fait quâon a des salarié·es, quâon cherche des financements, quâon soit encadré·es par un rĂšglement intĂ©rieur, etc.), et lâaspect militant et finalement hors-la-loi sur pas mal de points. On fait bien plus que de lâaccueil humanitaire dâurgence, on a dâautres actions quâon nâa pas envie de rendre visibles et qui pourraient ĂȘtre rĂ©prĂ©hensibles du fait que ça relĂšve de « lâaide au sĂ©jour irrĂ©gulier ». Câest aussi pour ça quâon ne peut pas toujours laisser de traces. On est entre une asso 100 % militante et une structure dâaccueil plus institutionnelle. Cet Ă©quilibre nâest pas toujours Ă©vident Ă tenir.
Depuis plusieurs annĂ©es, une certaine fatigue sâinstalle dans les milieux militant·es qui dĂ©sespĂšrent de voir un vrai changement des politiques dâaccueil. Comment cette rĂ©alitĂ© est-elle vĂ©cue au sein de La Trame ?
Oui, en France, clairement, la situation a beaucoup empirĂ©, notamment avec la loi « immigration » [du 26 janvier 2024]. Il y a une vraie colĂšre, un sentiment de rĂ©volte, mais ce qui nous fait tenir, câest la mĂȘme chose que ce qui fait tenir les exilé·es : câest lâespoir. Sinon, je ne vois pas ce qui nous pousserait encore Ă mener ce genre dâactions puisque toutes celles quâon tente de mener sont entravĂ©es. Il y a une certaine amertume vis-Ă -vis des pouvoirs publics, Ă force de voir le rouleau compresseur de lâĂtat faire fi des ĂȘtres humains. Câest dâune violence extrĂȘme, et câest vrai quâil faut tenir bon pour ne pas ĂȘtre dĂ©moralisé·es. Pour les personnes qui militent, si dans leur vie ça ne va pas, ou quâelles sont en prĂ©caritĂ© ou dans des conditions difficiles, il est difficile de sâengager dans cette lutte.

