« Les hommes et les femmes de passage laissent des traces.
Qui parfois s’effacent. »
Cristina Del Biaggio
Les images qui accompagnent ce Journal sont quelques-unes des traces des ateliers imaginés par les artistes et militantes Clac et Ninon Mazeaud, et organisés pour la première fois aux Terrasses solidaires et Chez Marcel, à Briançon, en octobre 2022. On y distingue trois séries différentes : des dessins et collages produits par les participants aux ateliers, des silhouettes en photo montage composées par Ninon Mazeaud et des photographies d’ateliers et de la nature environnante. Toutes mettent en avant ces personnes de passage et les lieux qui les accueillent.
Chaque atelier s’organise autour d’une idée : refuge ; lieu accueillant ; objets/lieux qui rassemblent. Dans les articles #ParOùOnPasse, le duo explique : « Le protocole [d’un atelier] est simple : on dessine ce lieu, on le raconte (si on en a envie et dans la langue qu’on souhaite), puis on prend une photographie de la personne avec son dessin. » On croisera donc au fil de ces pages plusieurs maisons imaginaires ou réelles – on reconnaitra parmi elles les Terrasses solidaires de Briançon ou le lieu Chez Marcel –, mais aussi un bateau, une caravane, un arbre ou une tasse de thé à partager. Pour Ninon Mazeaud « dessiner est un véritable langage universel qui permet de communiquer sans partager la même langue. Ça déclenche des émotions, parfois des larmes, souvent des rires. C’est une manière de se faire confiance : en fait tout le monde sait dessiner, on transmet des messages, on raconte des histoires. C’est aussi la possibilité de parler de sujets politiques difficiles avec d’autres images que celles véhiculées par les médiasn. » Ces ateliers offrent aux participants un moment de dialogue et de lien mais aussi un instant pour eux, intime dont ils manquent terriblement. Mettre ces images en avant est une façon de rendre hommage à toutes les personnes qui ont participé aux ateliers.
On croise également au fil des pages de ce Journal d’étranges silhouettes anonymes, sorte d’hommes forêt/route/roche. Dans ces compositions, Ninon Mazeaud reprend les photographies de fin d’ateliers où chacun pose avec son dessin. Elle en extrait les silhouettes et y insère des morceaux de photographies de la nature qui entoure le refuge. Pins, pics rocheux, montagnes, chemins forestiers, la nature y est belle et rude, magistrale et inhospitalière. Ces cols qui forment la frontière avec l’Italie peuvent s’avérer une terrible épreuve pour celles et ceux qui souhaitent la traverser, mais la montagne a aussi de tout temps été synonyme de refuge et l’esprit de solidarité de ses habitant·es une réalité. Ces silhouettes nous rappellent surtout que nous sommes empli·es des endroits que nous traversons et des personnes que l’on y rencontre.
Ils et elles laissent une empreinte en chacun·e de nous. Avec ces images, l’artiste dit aussi l’importance de prendre soin des traces que ces hommes et ces femmes de passage nous laissent tout en nous questionnant sur celles que nous mêmes leur laissons.
Voir l’article « Hospitalité contre hostilité », entretien avec Ninon Mazeaud, dans ce Journal.

