Ainsi vint le temps où ils décideraient tout pour nous. À coup d’amendes, d’appels à la responsabilité, de chantages affectifs, on apprendrait à obéir. On râlerait un peu mais pas trop parce qu’au fond, ça nous aura bien arrangé·es que des figures se dressent qui incarnent l’autorité. Et puis on saurait que c’est pour notre bien. Des sociologues forcément de gauche n’auraient pas manqué d’observer que ceux et surtout celles qui gardent le droit de sortir travailler le font pour nous permettre de continuer à vivre un peu. Alors on les applaudirait fort. On se sentirait une communauté de gens bien. On dénoncerait les autres. On reprendrait des chips. On trouverait qu’ils exagèrent à nous faire attendre comme ça les nouvelles mesures de la fin de semaine. Et on se demanderait quand même s’ils ne se fichent pas un peu de nous, avec les maintenant on peut ceci mais plus cela. Et même on les soupçonnerait de jouir, oui, de jouir, à nous balader de la sorte. Un expert concéderait que, un peu comme pour le gaz à effet de serre, c’est plus une question de quotas de transmission de virus à distribuer que la nature des activités qui préside aux choix. Du coup, on se demanderait oui mais alors pourquoi ceci et pas cela ? Qui choisit ? Et de quel droit ? La politique-panique, devant la première vague, admettons. Mais la deuxième, on ne dira pas qu’on ne l’avait pas vue venir alors quoi ? Pour la troisième on ne change rien ? Ou alors, on se rappellerait qu’on vit sur un territoire où il existe un dispositif formidable qui s’appelle l’éducation permanente. Un truc explicitement pensé pour nourrir des citoyen·nes et favoriser (c’est trop beau alors je cite) « leurs capacités d’analyse, de choix, d’action et d’évaluation ; les attitudes de responsabilité et de participation active à la vie sociale, économique, culturelle et politique ». Tout un réseau en fait, qu’on pourrait mettre à contribution pour une réappropriation collective de la lutte contre la chose (pour commencer). Décider ensemble ce qui relève de l’essentiel ou pas. Dans quelle société on veut vivre. Même qu’on pourrait appeler ça la démocratie par la culture. On ne ferait plus peser le poids des décisions seulement sur des individus qui se sentent obligés chaque semaine de nous bricoler des nouvelles injonctions pour montrer qu’ils font le job. On s’engueulerait, il faudrait arbitrer, inventer des procédures, se refaire un minimum de culture collective mais au moins on arrêterait de les laisser jouer les docteurs Knock et de nous traiter comme des vieux enfants masqués.
Lectures
Étienne de la Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1574.
« Décret relatif au développement de l’action d’éducation permanente dans le champ de la vie associative », Communauté française de Belgique, 2003.

