Une trentaine de femmes sans papiers vivent et s’organisent pour défendre leurs droits fondamentaux à l’Occupation du Bonheur à Bruxelles. Dans ce lieu autogéré, la vie quotidienne est aussi un acte de résistance. Au milieu de cette lutte, quatre enfants grandissent entouré·es de solidarité, de soin et d’amour collectif. Ici, chaque geste, chaque décision, porte la force d’une communauté qui fait de la précarité un espace de dignité partagée.
À l’Occupation du Bonheur, nous vivons avec quatre enfants, âgé·es de 3 à 15 ans. Leur place est vraiment au centre de tout ce que nous faisons. Ce sont elles·eux qui nous donnent la force de continuer malgré les difficultés. Chaque décision, chaque effort collectif, c’est d’abord pour leur bien-être et leur avenir.
Au départ, vivre entre femmes avec nos enfants n’était pas un choix réfléchi, mais plutôt une situation qui s’est imposée. Avec le temps, on a découvert que cela nous donnait une force particulière. On se comprend, on se soutient, et cela crée un climat de confiance et de sécurité dont nos enfants ont vraiment besoin.
Les enfants aiment beaucoup la vie collective. Il·elles ont toujours des copains et copines avec qui jouer, des adultes qui les entourent et qui veillent sur elles·eux. Il·elles voient ce lieu comme une grande maison, pleine de vie.
Mais bien sûr, leur situation de sans papiers n’est pas simple. À l’école, il·elles ressentent ce manque chaque jour, un vide qui pèse sur leur enfance. Parfois il leur manque du matériel scolaire, et il·elles portent souvent les mêmes vêtements toute l’année malgré leurs efforts pour rester dignes.
Il·elles n’ont pas toujours de gouter comme les autres enfants, et leur alimentation reste insuffisante et peu variée, monotone et répétitive. Et à cause des difficultés et de la lenteur administratives liées au renouvellement des cartes médicales, il·elles n’ont parfois pas accès au soutien psychologique dont il·elles auraient besoin… au moment où il·elles en ont le plus besoin.
Pourtant, malgré tout, ces enfants avancent chaque jour avec courage, et l’occupation continue de se battre pour leur donner un peu de lumière, de force et d’espoir dans leur quotidien. Nous faisons de notre mieux pour les entourer, les encourager et leur donner malgré tout de la stabilité et de l’amour. Ici, nous formons une famille, même si nous n’avons pas tou·tes les mêmes liens de sang. Les enfants le ressentent aussi : il·elles se considèrent un peu comme des frères et sœurs. Cette grande famille leur donne beaucoup de chaleur, et c’est très précieux dans une vie marquée par l’incertitude.
Ici, les enfants appartiennent à tout le monde. Bien sûr, chaque maman reste la première responsable de son enfant, mais chacune de nous veille sur les autres. On se soutient, on se relaie, on participe toutes à leur éducation. Cette solidarité nous aide à compenser les manques liés à notre précarité. Même si nous avons peu, nous partageons beaucoup, les enfants sentent qu’il·elless ne sont jamais seul·es, et cela leur donne aussi un sens du collectif, de la communauté que d’autres enfants n’ont pas ou mettent peut-être plus de temps à acquérir.

