Les élèves de 3ème et de 4ème primaire de l’école communale autonome de Boncelles à Seraing ont réalisé les images de ce Journal avec leurs institeur·ices Chloé Boss et Rodrigue Willem, accompagné·es de leur référente culturelle du Conseil de l’enseignement des communes et des provinces, Christine Lambot. Nous sommes allé·es les rencontrer dans leur classe, où ils et elles nous ont parlé de leurs dessins et de leur vision de l’enfance.
Il y a d’abord cette série d’arbres, comme des enfants végétaux, arbres et racines qui ressemblent à des usines-cheminées à chlorophylle et à oxygène qui grandissent, tendent vers l’horizon et s’enracinent en même temps dans le sol. Ça pousse, ça peut « grandir jusqu’à 128 ans », et puis les « feuilles se détachent, deviennent autonomes et s’envolent pour faire leur propre vie ». Il y a encore ces soleils, l’enfance-été pleine de joie, de jeux, de vacances et d’eau, d’échanges et « d’eau de carbone ».
L’un d’elles·eux aime « courir en forêt mais lentement, sans sprinter ». L’enfance, une course lente ? Christine rebondit : « Les enfants disent de l’or ! » Chloé ajoute : « L’atelier était court, on a manqué de temps mais c’était très riche. La plupart des enfants n’ont pas eu le temps de finir leurs dessins. »
La discussion se poursuit : les enfants ont-ils moins de liberté que les adultes ? « J’aimerais passer le permis de conduire, sortir seule avec mes copines, aller où je veux et faire tout ce qui me plait. » Mais « même les adultes suivent des règles, ils ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent ». Les élèves évoquent le travail, la nécessité-liberté de l’argent. Et puis la liberté des enfants : « Jouer à la dinette, dessiner, s’amuser, imaginer. S’ennuyer aussi. Et les parents font tout pour nous ! » Mais immédiatement après : « S’ils font tout pour nous, on ne peut pas s’élever nous-mêmes ! » On oscille, on supporte les contradictions, la discussion balance un peu comme un arbre sous le vent des interrogations. Adultes et enfants partagent libertés et contraintes, caprices et règles.
Alors qu’est-ce que l’enfance ? Une certaine lenteur impatiente, un temps dédié à la découverte − arbre, soleil et racine − et quelque chose comme une puissance ? « Un enfant c’est 100 % d’énergie, et un adulte c’est 0% d’énergie ! » Peut-être que l’enfance réside dans cet « entrain », cette poussée joyeuse vers et simultanément cet enracinement dans la forêt sociale ? Ambiguïté lucide : « Si je grandis trop vite, je vais être mort. Je demanderai à Dieu de redescendre et de me transformer en chat ou en poisson. » Et cet autre écho qui dit que devenir adulte c’est se rapprocher de la perte de ses proches. Ils évoquent aussi la pauvreté, la vieillesse comme une perte des cheveux, des dents, un rétrécissement.
Puissance de découverte, d’imagination, d’émerveillement et de joie, et en même temps perte continuée comme l’automne : « On perd sa voix d’enfant ». Arbres, feuilles, soleils, tête graine qui perd ses dents, enfant tige, enfants racines, forêts prêtes à bondir, cheminées à oxygène, eaux rouges… On a envie de paraphraser Simon Leys : un enfant capable d’accorder un ange avec un cachalot doit avoir une vision assez sérieuse de l’univers.
La revue étant imprimée en bichromie (une seule couleur couleur en plus du noir), les images reprises dans le dossier (version papier et en ligne) y sont présentées dans la couleur du numéro – ici en nuances de rose. Vous pourrez découvrir l’intégralité des dessins dans leurs couleurs originales dans la galerie ci-dessous.
Les jeunes artistes ayant joliment coloré ce Journal sont : Adam, Adrian, Alessio, Antonella, Arthur, Aurore, Ayman, Elisa, Ella, Emily, Enorah, Enzo, Giulia, Ilyes, Iryna, Laure, Liliana, Lorena, Lorenzo, Louane, Malia, Malik, Martin, Matisse, Olive, Rose-Amelia et Sarah.































